•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Analyse

Destitution, prise 2

La Chambre des représentants devrait accuser Donald Trump d’incitation à l’insurrection aujourd’hui. Mais le président ne sera pas nécessairement démis de ses fonctions avant la fin de son mandat.

Portrait de Donald Trump qui s'apprête à monter à bord d'Air Force One.

Donald Trump, le 12 janvier 2021

Photo : afp via getty images / Mandel Ngan

Une semaine après l’assaut contre le Capitole, l'issue du vote à la Chambre des représentants fait peu de doute.

Avec une majorité démocrate et quelques élus républicains (dont la numéro 3 du parti à la Chambre Liz Cheney) qui ont annoncé joindre leurs voix à celles de leurs collègues, Donald Trump devrait être mis en accusation d’ici la fin de la journée.

Mais le président ne sera pas démis de ses fonctions tant que le Sénat ne se sera pas prononcé sur son sort. Pour destituer le chef d’État, il faut l’appui des deux tiers des sénateurs. Une fois les nouveaux élus de la Georgie assermentés, les démocrates seront 50 et auront donc besoin que 17 sénateurs républicains se rallient à leur cause.

Déjà, cette dynamique politique représente un obstacle pour les démocrates. Lors du premier procès en destitution de Donald Trump l’année dernière, un seul sénateur, Mitt Romney de l’Utah, avait voté en faveur d’un des chefs d’accusation.

Cette fois, le New York Times évoque un changement majeur : le leader républicain Mitch McConnell aurait dit à des proches que le président a commis des gestes passibles de destitution. N’empêche, la dynamique à la Chambre haute demeure incertaine.

Puis, il y a le défi du calendrier. En ce moment, le Sénat ne siège pas. Le leader démocrate Chuck Schumer assure que, compte tenu des circonstances exceptionnelles, les sénateurs pourraient être rappelés à Washington, mais il est aussi possible que le consentement unanime des 100 sénateurs soit nécessaire pour ce faire.

Donc, une fois le président accusé, le Sénat pourrait ne prendre le dossier en délibéré qu’à partir du 19 janvier, soit la veille de l’assermentation de Joe Biden comme président des États-Unis.

Dans ce contexte, la question se pose. Pourquoi les démocrates ont-ils décidé de mettre cette procédure en oeuvre, même si elle risque de ne pas mettre fin au mandat de Donald Trump avant son départ de la Maison-Blanche le 20 janvier?

Des conséquences réelles pour Donald Trump

D’abord, les démocrates évoquent des dangers persistants liés à la sécurité nationale et ne veulent pas que les propos tenus par le président Trump devant ses partisans avant l’assaut contre le Capitole demeurent impunis.

Sans imputabilité, nous faisons en sorte que cela puisse se reproduire, disait plus tôt cette semaine la représentante new-yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez.

Critiquée par Donald Trump et ses partisans, sans surprise, l’option de la destitution semble tout de même susciter un plus grand appétit qu’auparavant au sein de la classe politique et de la population américaine.

Selon un sondage ABC-Ipsos, 56 % des Américains sont favorables à ce que le président soit démis de ses fonctions, contre 43 % qui s’y opposent. Jamais l’idée n’avait obtenu un tel appui pendant le premier procès en destitution contre Donald Trump l’année dernière.

Si elle se confirmait au Sénat, une destitution aurait de réelles conséquences pour Donald Trump.

D’abord, il perdrait les avantages financiers généralement attribués à un ancien chef d’État américain. Puis, les sénateurs pourraient décider d’empêcher le président destitué d’occuper tout rôle politique au niveau fédéral à l’avenir.

Par ailleurs, peu importe l’issue, la procédure forcera les élus républicains à la Chambre et au Sénat à se prononcer publiquement sur le comportement du président Trump en lien avec les événements tragiques de la semaine dernière.

Une procédure qui risque de marquer le début de l’administration Biden

Mais l’opération n’est pas sans risque.

Le sénateur démocrate de Virginie-Occidentale Joe Manchin, qui brise parfois les rangs avec son parti, a parlé d’une décision mal avisée, qui à son avis risque de créer de la division alors que Joe Biden voudra tenter d’unifier le pays.

D’autres démocrates craignent surtout que cette procédure, qui monopolise l’attention du Sénat six jours sur sept, ne nuise aux premiers pas de l’administration Biden, qui voudra confirmer les membres du cabinet et adopter certains projets de loi.

Soucieux de ne pas jeter de l’ombre sur l’arrivée du nouveau président, certains élus proposent donc d’attendre une centaine de jours avant de remettre les accusations au Sénat et de déclencher officiellement le procès.

Joe Biden, de son côté, a évoqué l’idée que les sénateurs puissent diviser leur temps entre la procédure de destitution et leurs priorités législatives.

Les avenues sont donc nombreuses, mais, quelle que soit la voie empruntée, le sort de Donald Trump risque d’obstruer l’entrée en piste de Joe Biden.

Face à tous les scénarios possibles, une certitude demeure : si la Chambre l’accuse bel et bien aujourd’hui, Donald Trump deviendra, à une semaine de la fin de son unique mandat, le seul président à avoir été mis en accusation à deux reprises dans le cadre d’une procédure de destitution.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !