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COVID-19 : les pseudo-engelures seraient le signe d’une immunité très performante

Des engelures au pied.

Les engelures sont normalement associées à l'exposition au froid. Un syndrome cutané semblable apparaît chez certaines personnes qui combattent le SRAS-CoV-2.

Photo : Wikipedia

Radio-Canada

Les lésions cutanées bénignes associées à la COVID-19 seraient le résultat d’une réponse immunitaire innée très efficace contre le SRAS-CoV-2, estiment des scientifiques français.

Dès le début de la pandémie, les médecins de partout sur la planète ont reçu des patients qui présentaient des marques sur la peau ressemblant à des engelures.

Le nouveau symptôme cutané, parfois surnommé orteils COVID, était également observé aux doigts.

À l’époque, des chercheurs pensaient que ces lésions pouvaient être attribuables à une modification du style de vie en pandémie, puisque plusieurs patients rapportaient un déclin de leur niveau d'activité physique et indiquaient passer beaucoup plus de temps pieds nus ou en chaussettes.

D’autant plus qu’une étude publiée au printemps 2020 n’avait pas permis d’associer ce type d'éruptions au coronavirus, puisque les personnes qui en présentaient n’avaient aucune trace du virus dans le corps.

Des scientifiques français de l’Université Côte d'Azur ont alors lancé une étude pour établir s’il existait un lien entre ces lésions et une infection par le SRAS-CoV-2.

Le dermatologue Thierry Passeron et ses collègues ont étudié le dossier médical de 40 personnes reçues au CHU de Nice en avril 2020 et qui présentaient ce type de lésions.

Tous ces patients avaient été en contact avec une personne infectée par le SRAS-CoV-2 ou suspectée de l’avoir été dans les trois semaines précédant la consultation.

Le résultat de la recherche du virus au niveau nasopharyngé (PCR) était négatif pour l’ensemble de ces patients, et une sérologie positive n’a été retrouvée que chez un tiers d’entre eux, notent les auteurs dans un communiqué publié par l’université en marge de la publication des travaux dans le journal JAMA (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Il existe dans la littérature médicale des exemples de réactions cutanées généralisées, comme des urticaires, qui apparaissent après une infection virale respiratoire.

Toutefois, la survenue de réactions localisées de ce type (nouveau symptôme cutané) est inédite, affirme le Pr Thierry Passeron.

Si la causalité entre les lésions cutanées et le SRAS-CoV-2 n’est pas démontrée par cette étude, elle est malgré tout fortement suspectée, notamment parce que le nombre de patients présentant des engelures à cette époque de l’année dans notre région est particulièrement surprenant.

Thierry Passeron

De plus, nous avons observé des regroupements de cas : plusieurs personnes simultanément atteintes d’engelures dans quelques fratries ou familles, ajoute le Pr Passeron.

L’immunité innée montrée du doigt

Selon l’équipe française, les données biologiques et cliniques des patients (qui incluent leur âge plutôt jeune, la rareté de leurs symptômes associés à la COVID-19 ou la négativité des tests PCR et sérologiques) laissent à penser qu’ils ont développé une immunité innée particulièrement efficace.

L’immunité innée, c’est la première ligne de défense du corps. Elle empêche la pénétration des infections dans l’organisme grâce à deux barrières :

  • La première, anatomique, est composée de la peau, des muqueuses, mais aussi des sécrétions telles que la salive, les larmes et le suc gastrique.
  • La deuxième, cellulaire, est constituée de plusieurs types de cellules (macrophages, neutrophiles, monocytes, dendritiques) et de protéines (cytokines, interférons).

Les chercheurs ont observé que le syndrome cutané apparaissait dans certains troubles immunitaires génétiques […], des maladies où des médiateurs clés de l’immunité innée […] sont surexprimés.

Pour le confirmer hors de tout doute, le groupe de chercheurs a stimulé in vitro la production de ces médiateurs par des cellules de l’immunité innée (dendritiques) de patients pour ensuite les mesurer.

Trois groupes ont été comparés :

  • Un premier constitué de patients présentant le syndrome cutané (engelures);
  • Un second constitué de personnes ayant développé d’autres formes non graves de la COVID-19;
  • Un troisième constitué de patients hospitalisés en raison de la maladie.

Différents variants, différentes réactions

Les données parlent d'elles-mêmes. Les cellules des premiers présentent des taux d’expression bien plus élevés que celles des deux autres groupes.

Les taux mesurés dans les cellules des patients hospitalisés, avec des formes sévères de la COVID-19, sont même particulièrement bas, explique le dermatologue.

Si les formes graves de la COVID-19 semblent liées à un défaut de l’immunité adaptative, qui rend impossible une production suffisante de cellules et d’anticorps spécifiques du SRAS-CoV-2, les engelures pourraient se situer à l’autre extrémité du spectre, et constituer l’illustration d’une surréaction de l’immunité innée.

Thierry Passeron

Selon les chercheurs, cette diversité de réponses reposerait donc sur des variants génétiques associés à l’activité des médiateurs de l’immunité.

Pas d’inquiétude

Ceux qui souffrent du syndrome ne devraient pas s’inquiéter. Si elles sont douloureuses, ces atteintes ne sont pas graves et régressent sans séquelles sur quelques jours à quelques semaines, estime le Pr Passeron.

Elles signent un épisode infectieux à SRAS-CoV-2 qui est déjà terminé dans la majorité des cas. Les patients concernés ont éliminé le virus efficacement et rapidement après leur infection.

Thierry Passeron

Les chercheurs veulent maintenant mieux cerner la contagiosité des personnes qui présentent le syndrome cutané, ou encore leur capacité à être contaminées une seconde fois.

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