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Au moins cinq républicains voteront pour la mise en accusation de Donald Trump

La Chambre des représentants est allée de l'avant avec l'adoption d'une résolution non contraignante demandant au vice-président Mike Pence de recourir au 25e amendement pour écarter un président du pouvoir, même si comme prévu il avait, peu auparavant, indiqué qu'il ne le ferait pas.

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De profil, le président américain lève la main comme s'il saluait quelqu'un sans le regarder.

Le reportage de notre correspondant Jean-François Bélanger

Photo : afp via getty images / BRENDAN SMIALOWSKI

Dans la foulée de l'assaut du Capitole la semaine dernière, cinq représentants républicains ont indiqué mardi qu'ils voteront pour la mise en accusation du président Trump pour crimes et délits majeurs.

À la veille du vote de la Chambre des représentants sur la question, il est donc acquis que la résolution des démocrates, qui accuse le président d'incitation à l'insurrection, sera appuyée par des républicains. Ce scénario contraste avec la première procédure de destitution, lancée il y a plus d'un an dans un climat très partisan.

Au moins cinq républicains se joindront aux démocrates, dont Liz Cheney, troisième leader de la hiérarchie républicaine à la Chambre et fille de l'ancien vice-président Dick Cheney.

C'est une condamnation sans appel que signe dans le communiqué expliquant sa décision la représentante du Wyoming, qui s'est opposée au président à plusieurs reprises.

Le président des États-Unis a convoqué cette foule d'émeutiers, a rassemblé la foule d'émeutiers et a allumé la flamme de cette attaque. Tout ce qui a suivi était son œuvre. Rien de tout cela ne serait arrivé sans le président. Le président aurait pu intervenir immédiatement et avec force pour mettre fin à la violence. Il ne l'a pas fait.

Jamais un président des États-Unis n'a trahi de façon aussi importante sa fonction et son serment à la Constitution.

Liz Cheney, présidente de la conférence républicaine de la Chambre

Il n'y a aucun doute dans mon esprit que le président des États-Unis a violé son serment d'office et a incité à cette insurrection, a pour sa part déclaré dans un communiqué Adam Kinzinger, un des rares républicains à s'être montrés très critiques à l'endroit du président au cours des dernières années. Il a utilisé sa position dans l'exécutif pour attaquer [le pouvoir] législatif.

Si ces actions [...] ne méritent pas une mise en accusation, alors que faut-il pour qu'un délit soit passible d'une procédure de destitution, conclut-il.

Premier des trois élus à annoncer sa décision, John Katko a de son côté soutenu que le président avait encouragé cette insurrection par ses propos sur les réseaux sociaux après l'élection présidentielle et par son discours vindicatif de mercredi dernier.

Rappelant que Donald Trump avait promu délibérément des théories sans fondement selon lesquelles l'élection avait été volée, l'élu de New York l'a accusé d'avoir créé un environnement dangereux de désinformation, de privation du droit de vote et de division.

Son refus de condamner rapidement et avec force les actes de violence a mis d'innombrables vies en danger, soutient-il.

Au moins 535 représentants et sénateurs étaient alors réunis lors de la séance plénière tenue pour valider la victoire de Joe Biden, un chiffre auquel il faut entre autres ajouter les équipes des élus et de nombreux journalistes. L'invasion du Capitole, qui pourrait mener à des centaines d'inculpations, a fait cinq morts, dont un policier.

Permettre au président des États-Unis d'inciter à cette attaque sans que cela porte à conséquence est une menace directe pour l'avenir de notre démocratie.

John Katko, représentant de New York

Plus tard en soirée, deux autres élus du camp républicain, Fred Upton, du Michigan, et Jaime Herrera Beutler, de l'État de Washington, ont ajouté leur nom à la liste.

Selon le réseau, la Maison-Blanche s'attendrait à ce qu'une vingtaine de républicains fassent défection au président.

En décembre 2019, les 195 républicains présents lors du vote sur sa première mise en accusation étaient restés soudés au président Trump, accusé d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès, accusations desquelles il avait, sans surprise, ensuite été acquitté par le Sénat.

Un peu plus tôt dans la soirée, le New York Times a en outre rapporté que le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, juge les actes du président sortant passibles d'une mise en accusation.

Ainsi, le républicain le plus puissant du Congrès serait heureux de la procédure que les démocrates s'apprêtent à lancer, car il estime que cela permettrait au parti de se purger de Donald Trump, pour reprendre les termes du quotidien.

Si la Chambre vote pour la mise en accusation, ce serait la première fois de l'histoire qu'un président américain aurait fait l'objet de deux procédures de destitution.

Un tel dénouement laisse peu de doute, puisque 210 élus démocrates, soit la quasi-totalité du caucus, ont parrainé la résolution.

Résolution symbolique sur le 25e amendement

Ces développements sont survenus alors que la Chambre s'apprêtait à voter en soirée sur une résolution non contraignante plaidant pour le recours au 25e amendement de la Constitution, qui peut être invoqué par le Cabinet lorsqu'un président devient inapte à exercer ses fonctions.

Vers 23 h 30, la résolution a été adoptée à 223 voix contre 205, un seul élu ne votant pas selon les lignes partisanes. Adam Kinzinger s'est ainsi rangé derrière les démocrates.

La portée de la motion n'est que symbolique, puisque Mike Pence, dans un geste largement attendu, a d'ailleurs annoncé en soirée peu avant le vote son refus d'invoquer le 25e amendement dans une lettre envoyée à la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi.

Ces derniers avaient spécifié qu'ils lanceraient formellement mercredi la mise en accusation du président Trump pour son rôle dans l'émeute si le vice-président rejetait leur plaidoyer en ce sens.

Le 25e amendement ne doit pas être une punition qui sanctionne un comportement que nous n'aimons pas, mais doit découler d'une décision médicale, a écrit le numéro deux du Cabinet Trump, rappelant les propos tenus par la présidente de la Chambre il y a quelques mois.

En vertu de notre Constitution, le 25e amendement n'est pas conçu pour punir ou usurper [le pouvoir]. Invoquer le 25e amendement constituerait un terrible précédent.

Mike Pence, vice-président des États-Unis

Citant la Bible, il a également prié les membres du Congrès d'éviter de poser des gestes qui diviseraient davantage le pays.

Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous les cieux [...], un temps pour guérir [...] et un temps pour construire, écrit-il, faisant écho aux paroles prononcées par le président Joe Biden après sa victoire.

Lors de l'irruption violente des émeutiers au Capitole, certains des partisans du président étaient entrés dans l’édifice en scandant : Pendons Mike Pence!, le cherchant activement.

Avant leur irruption au Congrès, Donald Trump s'était tourné vers Twitter pour critiquer le plus loyal des membres de son Cabinet, lui reprochant d'avoir validé la victoire de Joe Biden comme l'exigeait pourtant la Constitution.

L'homme a un t-shirt avec un logo en forme de Q.

Un homme arborant un t-shirt QAnon était un des premiers à avoir pénétré au Capitole.

Photo : Getty Images / Win McNamee

Mike Pence n'a pas eu le courage de faire ce qui aurait dû être fait pour protéger notre pays et notre Constitution, avait-il lancé.

Au cours du discours virulent que le président sortant a prononcé devant ses partisans peu avant les événements tragiques, il les avait conviés à converger vers le Capitole. Vous ne reprendrez jamais notre pays avec faiblesse, leur avait-il dit.

Le camp démocrate et plusieurs républicains n'ont pas pardonné au président d'avoir, selon eux, mis leur vie en péril.

Se refusant d'aller aussi loin qu'une mise en accusation, une poignée de républicains a présenté mardi soir une motion de censure à l'endroit du président, invoquant des raisons qui motiveraient pourtant une procédure de destitution.

Six républicains, qui ne sont pas des têtes d'affiche de la formation, lui reprochent ainsi d'avoir tenté de renverser illégalement l'élection, violé son serment d'office et agi de façon incompatible avec la règle de droit. Fred Upton en faisait partie.

De son côté, le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, un des plus fidèles alliés du président, a consulté des collègues pour évaluer s'il devait lui demander de démissionner à la suite de l'assaut du Capitole la semaine dernière, d'après le New York Times.

Des élus républicains ont publiquement plaidé pour sa démission, une perspective à laquelle il a fermé la porte.

Lors du vote de mercredi dernier, 139 représentants républicains, soit environ les deux tiers du caucus républicain à la Chambre, ont refusé de valider l'élection de Joe Biden. Huit sénateurs républicains avaient fait de même.

Trump, toujours dans une attitude de défi

Resté discret depuis mercredi dernier, le président sortant a, à deux reprises mardi, rejeté toute responsabilité dans l'assaut du Capitole et pourfendu les démarches des démocrates, se gardant d'exprimer tout regret pour ses propos.

Les gens ont pensé que ce que j'ai dit était tout à fait approprié, a assuré le président sortant avant de s'envoler pour le Texas, une affirmation faisant écho à l'appel [téléphonique] parfait dont il se targuait dans le dossier ukrainien et qui lui avait valu une première mise en accusation par la Chambre des représentants il y a un peu plus d'un an.

Le 25e amendement ne présente aucun risque pour moi, mais cela reviendra hanter l'administration de Joe Biden, a-t-il ensuite affirmé à Alamo, près de la frontière mexicaine, où il s'est rendu pour vanter la construction du mur.

Il a aussi dénoncé la mise en accusation qui le menace.

[La procédure de destitution] provoque une colère, une division et une douleur énormes, bien plus grandes que ce que la plupart des gens ne pourront jamais comprendre, ce qui est très dangereux pour les États-Unis, surtout en cette période très délicate.

Donald Trump, président sortant des États-Unis

Le canular que constitue la mise en accusation est la suite de la plus grande et de la plus vicieuse chasse aux sorcières de l'histoire de notre pays, a-t-il lancé, un refrain qu'il avait martelé tout au long de l'enquête sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016, puis du procès en destitution.

Contredisant ses propos, mais allant aussi à l'encontre de la rhétorique utilisée pendant quatre ans, il a du même souffle avancé qu'il était maintenant temps pour notre nation de guérir, et que le temps était venu pour la paix et le calme.

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