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S'il n'y a pas de place, comment choisir quel patient ira aux soins intensifs?

Du personnel médical autour d'un lit.

S'il n'y a pas de place aux soins intensifs en raison de la COVID-19, des comités évalueront les chances de survie des patients pour faire des choix.

Photo : La Presse canadienne / Mikaela MacKenzie

Radio-Canada

De plus en plus de personnes doivent être admises aux soins intensifs dans les hôpitaux québécois en raison de la COVID-19. La situation est telle que les autorités médicales envisagent de manquer de place et commencent à penser qu’elles devront peut-être faire un choix entre les patients. Un protocole complexe a été mis en place pour éviter les dérapages.

Lundi en conférence de presse, la sous-ministre adjointe à la Santé, la Dre Lucie Opatrny, a fait part des probabilités de plus en plus grandes que l’on doive utiliser ce protocole, appelé le Protocole national de priorisation pour l’accès aux soins intensifs adultes en contexte extrême de pandémie.

C’est un exercice qu’on croyait vraiment purement hypothétique il n’y a que quelques mois, et malheureusement, la possibilité d’avoir un moment donné recours à ce protocole-là est de plus en plus une possibilité, a-t-elle déclaré.

Des points pour les chances de survie

Élaboré en mars dernier, le protocole est en fait une échelle complexe d’évaluation clinique avec un système de pointage, qui vise à évaluer les chances de survie d’un patient.

Le protocole doit aussi tenir compte de la durée probable du séjour du patient aux soins intensifs et des conséquences du traitement sur sa vie ultérieure.

C’est un comité mis en place dans chaque hôpital pour les besoins de la cause, dont ne feront pas partie les médecins traitant les malades, qui devra évaluer les patients si besoin est.

Ce sont les patients ayant le plus de chance de survie qui seront priorisés.

Dans un premier temps par exemple, si notre chance de mortalité prévue est au-delà de 80 %, on n’aura plus accès aux soins intensifs, a souligné à Tout un matin Vardit Ravitsky, professeure de bioéthique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Après les critères médicaux, les critères éthiques

Les critères sur lesquels se basera le comité seront donc médicaux. Mais dans les cas extrêmement rares, note Mme Ravitsky, où deux patients comptabiliseraient le même nombre de points sur l’échelle de la survie, avec les mêmes chances de survie et le même état clinique, des critères éthiques plus controversés entreront en jeu.

D’abord le critère de l’âge. On va prioriser les patients qui sont plus jeunes. Ce n’est pas seulement lié à la question de survie, car cette question-là était déjà évaluée, c’est lié à une idée plus sociale ou éthique qui veut qu’il faut donner une chance à une personne qui n’a pas encore eu la chance de vivre une vie complète, explique Vardit Ravitsky.

Ce n’est pas accepté partout dans le monde, c’est controversé, mais ça existe dans le protocole québécois, poursuit-elle.

Le protocole avait aussi d’abord été élaboré pour prioriser les personnes ne possédant pas de déficience cognitive, un critère qui a été abandonné dans la version révisée de l’automne en raison de critiques faites après une consultation.

Les familles des enfants qui souffrent de la trisomie 21 avaient très peur que l’inclusion d’un critère lié à la déficience cognitive puisse biaiser d’une manière indirecte le point de vue des équipes et donner l’impression que la qualité de vie de leurs enfants est moindre […] comme pour les personnes extrêmement âgées qui souffrent de démence, précise Mme Ravitsky.

Par ailleurs, aucun critère social comme le niveau d’éducation ou la pauvreté n’est pris en compte dans cette évaluation.

Et si après avoir passé à travers tout ce processus, par une coïncidence extrême, deux patients se retrouvaient exactement à avoir les mêmes caractéristiques, ce serait alors au hasard de déterminer lequel des deux pourrait être soigné de façon convenable.

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