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Les deux doses d'un vaccin devraient être administrées à six semaines d'intervalle

Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine.

Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, est la présidente du Comité consultatif national de l’immunisation.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les deuxièmes doses de vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech et Moderna devraient préférablement être administrées au maximum six semaines après la première, a conclu le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI).

C’est ce qu’a révélé la présidente de ce comité fédéral, la Dre Caroline Quach, lors d’une entrevue accordée mardi à l’émission Tout un matin, quelques heures avant la publication des recommandations du comité, destinées à l'Agence de la santé publique du Canada.

Cette décision pourrait inciter Québec et d’autres provinces à reconsidérer les approches adoptées jusqu’ici dans le cadre de leur campagne de vaccination.

Officiellement, Pfizer-BioNTech recommande de vacciner les gens avec deux doses données à trois semaines d’intervalle, tandis que Moderna suggère d’espacer les doses de quatre semaines.

Ce que le comité fédéral a recommandé, c’est […] d’utiliser idéalement les doses selon les recommandations du manufacturier, mais de permettre quand même un report de la deuxième dose avec une utilisation de préférence dans les six semaines, a expliqué la Dre Quach.

La décision a été prise compte tenu des données qu’on a – c’est-à-dire qu’après une première dose, on a déjà une efficacité de 92 % sur une courte période de temps – et compte tenu aussi du contexte épidémiologique dans plusieurs provinces, a-t-elle expliqué.

[On recommande] de préférence six semaines, parce que, quand on regarde les études de Pfizer et de Moderna, les participants ont reçu leur deuxième dose entre 21 et 42 jours, donc six semaines après leur première dose. Donc on a quand même certaines évidences scientifiques que 42 jours, ça va quand même.

Dre Caroline Quach, présidente du CCNI

La microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine a cependant convenu que l’idéal serait de suivre les recommandations des fabricants. Si on avait toutes les doses qu’on voulait, on ferait le protocole [en respectant l'intervalle de] trois ou quatre semaines établi selon le protocole de l'étude de base, a-t-elle déclaré.

La durée de la protection offerte par la première dose reste inconnue

La Dre Quach n’a par ailleurs pas complètement fermé la porte à ce qu’une seconde dose des deux seuls vaccins approuvés jusqu’ici par Santé Canada soit administrée plus de six semaines après la première, en raison des circonstances.

Une deuxième dose pourrait être donnée à trois, quatre, cinq, six [semaines] et, selon les arrivages et certaines considérations épidémiologiques, pourrait même être reportée à un peu plus loin, a-t-elle laissé tomber.

Ailleurs dans le monde, l’OMS [Organisation mondiale de la santé] a fait une recommandation pour une utilisation dans les six semaines et le comité du Royaume-Uni a fait une recommandation pour une utilisation entre 3 et 12 semaines pour la deuxième dose, sachant qu’on va probablement sauver plus de vies et avoir beaucoup plus de gains en santé si on est capables de vacciner le plus grand nombre de gens à haut risque possible avec une première dose rapidement.

Quand on regarde les principes d’immunologie et de vaccinologie de base, on sait que chez l’adulte, la première dose est utile pour un maximum d’effet immédiat, et la deuxième dose est nécessaire pour la durée de protection dans le temps. On a des évidences avec d’autres types de vaccins; on espère que les vaccins à ARN messager vont agir de la même façon.

Dre Caroline Quach, présidente du CCNI

Ce qu’on ne sait pas, c’est la durée de cette protection fournie par une première dose, a précisé la Dre Quach dans une entrevue subséquente accordée à RDI.

Selon elle, les fabricants ont décidé d'espacer les doses de vaccin de trois ou quatre semaines pour leur étude de phase 3 en se fiant aux données obtenues lors des deux premières phases.

Ça, c’est beau dans l’absolu, quand on a suffisamment de doses pour tout le monde et qu’on n'est pas dans une situation épidémique où ça chauffe de partout, a-t-elle relativisé.

[D']un point de vue de santé publique, on est obligés de regarder d’autres considérants, c’est-à-dire le fardeau de la maladie, l’épidémiologie, l’équitabilité, l’acceptabilité, les enjeux éthiques aussi pour voir comment déployer au mieux un programme de vaccination pour que ce soit le plus acceptable et équitable pour la population canadienne.

Aux provinces de trancher

La Dre Quach souligne que malgré ces recommandations, il revient à chaque province de déterminer la stratégie qu'il convient d'adopter, en collaboration avec leur propre comité d'immunisation.

Notre recommandation, c’est préférablement dans les six semaines, mais effectivement, les différentes provinces pourraient décider de l’appliquer avec une certaine flexibilité.

Dre Caroline Quach, présidente du CCNI

La recommandation du CCNI est dévoilée quelques heures à peine après que Québec a fait savoir qu'il évalue toujours l'opportunité de conserver ou non la moitié des doses des vaccins pour administrer la deuxième dose dans les temps prescrits par Pfizer-BioNTech et Moderna.

Des discussions se tiennent présentement entre Québec, le Comité consultatif national de l'immunisation et les fabricants pour déterminer s’il serait préférable de revenir à la stratégie initiale ou de poursuivre en fonction du plan actuel, a-t-on indiqué.

À l'heure actuelle, Québec repousse l’injection des deuxièmes doses aux clientèles des deux premiers groupes prioritaires de plusieurs semaines. Elle est maintenant prévue pour la mi-mars. Il s'agit d'un intervalle pouvant aller jusqu'à trois mois dans certains cas.

La semaine dernière, la Dre Supriya Sharma, conseillère médicale principale de Santé Canada, a mis en doute la stratégie adoptée par Québec, qui a choisi d’inoculer une première dose de vaccin au plus grand nombre de personnes possible parmi les groupes prioritaires.

La ministre fédérale de l’Approvisionnement, Anita Anand, a pour sa part laissé entendre que la stratégie de Québec pourrait compromettre ses efforts visant à obtenir plus de doses de ces vaccins auprès des fabricants.

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