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Air Transat : la contre-attaque de PKP pourrait « changer la donne »

Pierre Karl Péladeau témoigne aux audiences du CRTC.

Le patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau, n'a pas dit son dernier mot dans la vente d'Air Transat à Air Canada. Il compte encore pouvoir mettre la main sur la compagnie aérienne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le jeu de coulisses du milliardaire Pierre Karl Péladeau pour mettre la main sur Air Transat pourrait avoir de réelles conséquences, aux dires de deux experts. Le Globe and Mail dévoilait dimanche le contenu de trois lettres acheminées en décembre au ministre fédéral des Transports Marc Garneau et destinées à le convaincre de rejeter la vente du voyagiste québécois à Air Canada.

Le dirigeant de Québecor, qui ne peut commenter la situation parce qu'il est lié juridiquement, était finalement l'auteur de la seconde offre rejetée par le conseil d’administration de Transat A.T. le mois dernier. Selon l’une des trois missives, M. Péladeau offrirait même 20 % de plus qu’Air Canada, soit 223 millions de dollars comparativement à 180 millions, afin de garantir une saine concurrence et des prix plus équitables aux voyageurs canadiens.

Fait étonnant, il y dévoilerait aussi avoir été interrogé par les autorités réglementaires européennes pendant 90 minutes au cours desquelles il aurait fait part de son opposition à la prise de contrôle pour des raisons anticoncurrentielles.

En plus du gouvernement fédéral, la Commission européenne doit aussi donner son aval à l’entente, ou l’approuver avec des engagements. Et rien n’est joué.

Un avion vole dans le ciel.

Un avion d'Air Transat dans le ciel de Montréal, le 28 août 2020

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

C’est de bonne guerre et ça peut changer la donne, selon l’expert en droit de la concurrence de l’Université de Montréal, Pierre Larouche. C’est certainement un signal à la Commission européenne qu’il y a des repreneurs intéressés qui pourraient venir créer un concurrent sérieux.

L’institution avait lancé une enquête en mai, craignant une hausse des prix et une diminution de l’offre sur 33 liaisons entre le Canada et l’Europe avec la disparition d’un concurrent comme Air Transat. Lorsqu’un prétendant débarque, explique M. Larouche, ça change la manière de voir la transaction. On sait qu’on peut être un peu plus sévère, sachant qu’on ne condamne pas Air Transat à la faillite en refusant la transaction.

Le témoignage peut jouer un rôle dans l’appréciation de l’opération.

Une citation de :Pierre Larouche, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal

Par le passé, la Commission européenne a rejeté des regroupements semblables dans le secteur aérien. Ryanair et Aer Lingus ont essuyé trois refus, et Aegean Airlines et Olympic Air ont dû s’y prendre à deux reprises.

Dans le cas d’Air Transat, la conclusion d’une transaction malgré le rejet des autorités européennes pourrait entraîner une amende salée, selon M. Larouche, et l’existence juridique de l’entité fusionnée peut être remise en question à tout moment par ses clients et concurrents. Bref, elle serait selon toute vraisemblance abandonnée.

Un nouveau prétexte pour la Commission européenne

Le directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM, Mehran Ebrahimi, ajoute que Pierre Karl Péladeau s’est certainement présenté avec des arguments intéressants devant une Commission européenne qui va dans le sens du renforcement des compagnies européennes.

Il craint que l’intervention de M. Péladeau serve de prétexte aux autorités réglementaires pour ne pas exprimer leur vraie position politique et doute de son succès advenant qu'Air Transat se retrouve entre ses mains. Dans les deux dernières décennies, les gens qui se sont improvisés dans le transport aérien n'ont pas conduit à des expériences très heureuses, dit-il. C'est un secteur particulier, cyclique et qui a sa propre logique de gouvernance.

Refuser la transaction [avec Air Canada], c’est condamner Air Transat à la disparition.

Une citation de :Mehran Ebrahimi, professeur au Département de management et technologie de l’ESG UQAM

Au Canada, Marc Garneau devrait annoncer la décision du gouvernement dans les prochaines semaines, après recommandation au Conseil des ministres. Un refus d’Ottawa servirait certainement d’argument supplémentaire à la Commission européenne.

La Commission, dont la décision était attendue la semaine dernière, nous a indiqué par courriel qu’elle a arrêté l’horloge de son enquête, puisque les parties auraient omis de fournir dans un délai raisonnable une information importante dont nous ne connaissons pas la nature.

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