•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Apprentissage à la maison : éducation synchrone ou asynchrone?

Un garçon devant un ordinateur assiste au cours donné par son enseignante.

Le système actuel d'apprentissage en ligne met beaucoup l'accent sur l'apprentissage synchrone, dans lequel un enseignant donne une leçon en direct sur vidéo.

Photo : getty images/istockphoto / ake1150sb

Nicolas Haddad

Les élèves du primaire du Nord de l'Ontario sont retournés à l'école lundi comme prévu, mais dans le Sud de l'Ontario, ils continueront d'apprendre de chez eux au moins jusqu’au 25 janvier.

Mais des experts disent que le système d'apprentissage en ligne actuel met beaucoup l'accent sur l'apprentissage synchrone — dans lequel un enseignant donne une leçon en direct par appel vidéo —, ce qui ne permet pas une grande flexibilité dans l'apprentissage.

Lexique : apprentissage synchrone ou asynchrone?

L’apprentissage synchrone signifie que l’apprentissage se déroule en temps réel. Il implique l'utilisation de textes, de vidéos ou de la communication entre le personnel enseignant et les élèves grâce à des applications de téléconférence.

L'apprentissage asynchrone signifie que l’apprentissage se fait en différé. Les élèves peuvent être appelés à regarder des leçons sur vidéo préenregistrées, à accomplir des tâches de façon indépendante ou à participer à des groupes de discussion en ligne.

Source : ministère de l'Éducation de l’Ontario (Nouvelle fenêtre)

Selon Beyhan Farhadi, une chercheuse à la Faculté de l'éducation de l'Université York, le système actuel d'apprentissage en ligne met beaucoup l'accent sur l'apprentissage synchrone, ce qui représente de nombreux défis.

Portrait de Beyhan Farhadi.

Beyhan Farhadi est une ancienne enseignante au niveau secondaire qui est aujourd'hui chercheuse à la Faculté de l'éducation de l'Université York.

Photo : Radio-Canada / Kat Rizza

Ce qui m'inquiète en fin de compte, c'est que nous allons voir des jeunes découragés et un nombre croissant d’absences en classe, explique-t-elle. Pour Mme Farhadi, un système d’apprentissage plus asynchrone et indépendant est de mise.

Les enseignants ne peuvent pas faire grand-chose à ce sujet, car ils ne peuvent pas changer les circonstances externes qui limitent la capacité des étudiants à participer, ajoute celle qui enseignait il y a quelques mois l’anglais au niveau secondaire.

L’apprentissage synchrone fonctionne-t-il?

Selon le ministère de l’Éducation de l’Ontario, l’apprentissage synchrone favorise le bien-être et le rendement scolaire de tous les élèves, y compris de ceux ayant des besoins particuliers, en offrant au personnel enseignant et aux élèves une façon interactive et engageante d'apprendre.

Il permet à l'enseignante ou l'enseignant de fournir une rétroaction immédiate aux élèves et permet aux élèves d'interagir les uns avec les autres, peut-on lire sur son site web.

Une femme pose pour la photo.

Anne Vinet-Roy est la présidente de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Ce que le ministre de l'Éducation exige, c'est bien beau, mais en réalité ça a beaucoup d'impacts négatifs non seulement sur le personnel, mais aussi sur les familles, souligne la présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Anne Vinet-Roy.

Elle voit dans l’apprentissage synchrone une tentative de s’en tenir au curriculum scolaire habituel, malgré la situation actuelle extraordinaire. Mais elle pense que ce n’est pas réaliste de s'attendre à ce qu'un enfant de quatrième année ou de maternelle passe des centaines de minutes devant un écran. Il y a d'ailleurs des experts qui disent que ce n'est pas recommandé.

Le curriculum c'est une chose, mais la santé mentale, c'est aussi important.

Une citation de :Anne Vinet-Roy, présidente, Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens

La solution, selon Mme Vinet-Roy, c’est que le ministère de l’Éducation soit plus à l'écoute des familles et du personnel enseignant. Ce sont les [mieux] placés pour savoir quoi prioriser au niveau du curriculum.

Un problème de mathématique sur une diapositive.

Capture d'écran qui montre ce que vivent des dizaines de milliers de jeunes en apprentissage virtuel.

Photo : Capture d'écran d'un cours de l'école virtuelle

Prônant l’importance de la flexibilité offerte aux enseignants, elle affirme que ce qui est sur papier versus ce qui peut se faire humainement, ce sont deux choses différentes.

S'il y a un léger retard avec quelques connaissances ou compétences, est-ce que c'est vraiment la fin du monde? Il ne faut pas paniquer s'il y a des choses qui ne se font pas comme d'habitude, parce qu'on n'est pas comme d'habitude, lance celle qui représente environ 12 000 enseignants en Ontario.

Les défis de l’éducation à distance

Une élève écoute son enseignant sur une tablette électronique pendant qu'elle réalise des exercices.

Les élèves du Sud de l'Ontario continueront d'apprendre de chez eux au moins jusqu’au 25 janvier.

Photo : Radio-Canada

Suivant la directive provinciale qui a vu des milliers de familles s'adapter à l'éducation à distance de leurs jeunes la semaine dernière, de plus en plus de parents ontariens vivent difficilement l’apprentissage à la maison.

Mes enfants, ils sont très, très sociaux, ils ont besoin et envie d'être avec leurs amis. Ils n'ont aucune envie de rester à la table devant un ordinateur, que ce soit à 8 h du matin ou à 5 h du soir, souligne la mère de famille monoparentale Gémma Leggett, qui vit dans la région de York, en banlieue de Toronto

En pleine entrevue avec Radio-Canada, lundi, Mme Leggett a dû s'interrompre pour aider son fils venu lui demander de l’aide à entrer un mot de passe pour qu’il accède à un appel vidéo avec son enseignante.

Portrait de Gémma Leggett.

Gémma Leggett est une mère de famille monoparentale et travaille comme agente immobilière à Newmarket, dans la région de York.

Photo : Avec l'autorisation de Gémma Leggett

C’est toute la journée comme ça, remarque-t-elle au journaliste. Imagine que je sois en rendez-vous avec un client. J’avais une réunion ce matin, et je n’étais pas capable de la suivre.

Pour cette dernière, ce n’est ni l’apprentissage synchrone ni l'apprentissage asynchrone qui permettra à ses deux jeunes de retrouver les connaissances scolaires et sociales adéquates pour leurs âges.

Elle rappelle que sa fille en cinquième année vit très mal le confinement sur le plan de sa santé mentale, tandis que son fils en première année peine à atteindre un niveau scolaire attendu chez un jeune de son âge. Mme Leggett souligne que si ce dernier a finalement réussi à apprendre à lire et écrire dans les derniers mois, c’est parce que ses parents ont déboursé des sommes importantes pour qu’il ait accès à des tuteurs.

Ça allait bien, et maintenant je vois que le plus longtemps ça [l’apprentissage virtuel] va durer, pire ça va être pour lui.

Une citation de :Gémma Leggett, mère de famille monoparentale

Plus tôt ce mois-ci, un sondage mené par l’association Parents partenaires en éducation (PPE) auprès de 4339 parents d’élèves francophones, majoritairement à l’élémentaire, partout à travers la province, a révélé que 10 % des foyers avec un ou plusieurs enfants soutiennent avoir de la difficulté à suivre les cours en ligne faute de matériel ou d’une connexion Internet suffisamment performante.

Le sondage a aussi révélé que les parents ont du mal à se retrouver parmi les ressources éducatives francophones en ligne, et qu’ils sont nombreux à avoir globalement perdu leur confiance dans l'apprentissage virtuel.

Le gouvernement offre des soutiens aux parents et aux élèves

Alors que la province a décidé de prolonger la période d'apprentissage en ligne pour les élèves du primaire du Sud de l'Ontario, le gouvernement est à la recherche de solutions pour venir en aide aux familles ontariennes.

La semaine dernière, le ministre de l’Éducation Stephen Lecce a encore souligné que son gouvernement a alloué 380 millions de dollars aux écoles de l'Ontario, dans le but d’améliorer les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) de l'air.

La somme servira aussi à financer l’acquisition de plus d'équipements de protection individuelle et à embaucher plus de personnel, en particulier du personnel d’entretien et de nettoyage.

Il a aussi précisé qu’une somme de 10 millions de dollars serait consacrée au soutien de la santé mentale des étudiants, y compris au financement du service bilingue d’intervention, d’information et de soutien aux jeunes, Jeunesse, J'écoute (Nouvelle fenêtre).

Avec des informations de CBC News et de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !