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Des travailleuses essentielles confinées à la maison faute de places en garderie

Entre le 1er mars et le 31 octobre 2020, plus de 800 garderies en milieu familial ont fermé leurs portes, soit 300 de plus que l'année précédente.

Le reportage de Fanny Samson

Alors que les places en garderie étaient déjà rares, plus de 800 milieux familiaux ont fermé leurs portes depuis le début de la pandémie. Les listes d’attente s’allongent et des parents se retrouvent les mains liées. Des infirmières ou des préposées aux bénéficiaires sont parfois contraintes de limiter leurs heures de travail ou de quitter leur poste.

J’ai beaucoup de parents en première ligne qui ne peuvent tout simplement pas retourner travailler, dénonce Sophy Forget Bélec, présidente de l'Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés.

Ces fermetures de milieux familiaux figurent parmi les conséquences d'un manque de main-d'oeuvre, accentué par de nombreux départs depuis mars, souligne l'éducatrice. La plupart des garderies ont été forcées de fermer pendant plusieurs semaines et les coûts engendrés par la pandémie s'accumulent.

Quand on entend parler du manque de main-d'œuvre en CHSLD, [...] il y a des gens qui ne peuvent même pas retourner au travail pour prêter main-forte, ajoute-t-elle.

Anne-Marie Ouellet, mère d’un enfant de huit mois, termine son congé de maternité à la fin du mois de janvier. Malgré ses nombreuses recherches, jour et nuit, l’infirmière auxiliaire pour le CIUSSS de la Capitale-Nationale n’a pas trouvé de garderie.

On va s’organiser avec la famille, même si ce n’est pas recommandé par M. Legault. Belle-maman ou grand-maman vont prendre bébé, après ma sœur, mon père aussi, admet-elle.

La photo d'un enfant de huit mois dans son siège d'auto, souriant.

Anne-Marie Ouellet, mère d’un enfant de huit mois, a publié la photo de son fils sur Facebook dans l'espoir de trouver une garderie.

Photo : Anne-Marie Ouellet

Si certains parents trouvent des solutions, d’autres sont obligés de travailler à temps partiel ou même de quitter leur emploi. Jessica Dumont, infirmière pour le CIUSSS de l’Estrie, travaille de nuit. Son retour à l’emploi est prévu en mars.

Je ne suis pas la seule, je ne suis pas la seule infirmière, préposée, infirmière auxiliaire. Il y a plein de filles qui n’ont pas trouvé de milieu de garde.

Une citation de :Jessica Dumont

Ça ne va pas, le système de santé, en ce moment. Mes collègues sont à bout de souffle, elles sont brûlées, elles ont besoin d’aide, lance-t-elle, découragée.

Jessica Dumont tient son fils dans ses bras, tout souriant. Le conjoint est à l'arrière-plan.

Jessica Dumont et son fils

Photo : Jessica Dumont

Un problème répandu

Ces femmes ne sont pas seules. Ce manque de milieux de garde n’épargne personne. Olivia Lecours-Gaudet, agronome à Rimouski, craint de devoir quitter son emploi. Son conjoint et elle tentent d’économiser un salaire.

Ça nous stresse beaucoup dans notre quotidien. [...] On a budgété au minimum, on a coupé la télévision, on a coupé dans nos dépenses, raconte-t-elle.

Dans tous les cas, les parents ont inscrit leur enfant sur La Place 0-5, un guichet d'accès aux places en services de garde, et ce, bien avant sa naissance. De plus, leur recherche d'une garderie subventionnée, privée ou en milieu familial, n’a pas porté fruit.

Des travailleurs essentiels à domicile faute de place en garderie

Le Regroupement des parents utilisateurs de garderies non subventionnés voit régulièrement des parents sans ressources, souligne la fondatrice, Brigitte Cardinal.

Le problème était là bien avant la pandémie, et là, ça s’est aggravé, parce qu’il y a eu beaucoup de fermetures en milieu de garde familial, affirme-t-elle.

C’est un peu une épine dans le pied de la relance économique, si on ne règle pas ça à la source.

Une citation de :Brigitte Cardinal, fondatrice du Regroupement des parents utilisateurs de garderies non subventionnées
Des enfants dans une garderie.

Selon les dernières données du gouvernement, 46 236 enfants sont inscrits au guichet unique pour une place en milieu de garde reconnu.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pendant la première vague, les travailleurs essentiels avaient accès à des places dans des garderies d'urgence, mais avec la réouverture de toutes les installations, le service n'est plus offert.

1236 fermetures

Selon les plus récentes données du ministère de la Famille, 1236 milieux familiaux ont fermé leurs portes entre le 1er mars et le 31 octobre 2020, mais ces chiffres ne tiennent pas compte des fermetures temporaires en raison de la pandémie, précise-t-on.

Avec 399 ouvertures, le ministère calcule une diminution nette de 837 milieux de garde, contre 528 pour la même période en 2019.

Le nombre de nouveaux parents en attente ne cesse de croître, fait savoir Sophy Forget Bélec, présidente de l'Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés.

Tous les nouveaux parents sont à la recherche d’une place, mais en même temps, on a tous ceux qui attendent une place depuis mars dernier, rappelle-t-elle.

Ce sont des fermetures qui sont constantes et qui ne s’arrêteront pas avec les nouvelles mesures.

Une citation de :Sophy Forget Bélec, présidente de l'Association québécoise des milieux familiaux éducatifs privés

Pendant sa tournée de fin d’année, l’association a d’ailleurs constaté une diminution de ses membres. Je peux vous garantir que dans le temps des Fêtes il y a eu beaucoup de fermetures. Juste en 24 heures, j’ai eu l’annonce de 14 fermetures, soulève-t-elle.

Pression sur le réseau

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, admet que ces fermetures mettent de la pression sur le réseau de la petite enfance.

Il rappelle que 11 000 places en CPE sont en cours de développement, mais que les parents doivent prendre leur mal en patience.

Je pense qu'il faut aussi comprendre et admettre que la pandémie a été dure pour les femmes qui offrent une service de garde en milieu familial, et je comprends, humainement, que des femmes aient décidé de fermer leur service de garde, dit-il.

Des solutions miracles, il n'en existe pas. On a beau avoir toute la volonté du monde, et je dirais tout le budget du monde, il reste qu'il faut les construire, ces garderies-là, et pour ça, il y a un délai minimum de deux ans.

Une citation de :Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Depuis le début de la crise, le ministère a accordé plus de 200 millions de dollars au réseau.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, debout durant une conférence de presse.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pénurie de main-d’œuvre

Avant la crise sanitaire, le réseau des services de garde éducatifs à l’enfance était déjà confronté à de grandes difficultés d’attraction et de rétention du personnel éducateur qualifié, soulève le ministère.

En octobre dernier, le gouvernement du Québec a lancé Jetravaille!, une plateforme où les employeurs peuvent afficher des postes vacants en CPE. Lors de la mise en place de cette plateforme, on estimait à 1300 le nombre de postes à combler, indique le ministère.

Un bambin dans une garderie.

Le nombre d'enfants par éducatrice va être revu à la baisse dans les prochaines semaines.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mais la pandémie a exacerbé le manque de personnel. Là, c’est encore pire. On a des travailleuses qui devancent leur retraite et il y a même des travailleuses qui quittent le milieu parce que, oui, il y a un épuisement, déclare Mélanie Pelletier, présidente du syndicat régional des CPE de Québec–Chaudière-Appalaches.

Pour qu’il y ait plus de places, je pense qu’il faut que plus de gens veuillent faire ce métier-là.

Une citation de :Mélanie Pelletier, présidente du syndicat régional des CPE de Québec–Chaudière-Appalaches

Le ministre Mathieu Lacombe prévoit lancer prochainement une campagne publicitaire pour mousser l'intérêt du métier. Il compte aussi miser sur les milieux familiaux pour créer des places rapidement.

On est en train de travailler là-dessus. La création de places en milieu familial peut se faire beaucoup plus rapidement. On n'a pas besoin de créer une infrastructure, soutient-il.

Plusieurs mères espèrent pouvoir reprendre le travail et aider au front. Je ne serai pas là pour occuper la place que moi, j’aurais dû avoir en revenant. C’est complètement ironique. Ce n’est pas que je ne veux pas retourner travailler, loin de là, déclare Jessica Dumont.

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