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Budget 2021 de la police de Toronto : une « occasion ratée », selon des militants

Un panneau « Defund the police » au milieu de la rue Bay, occupée par des manifestants assis.

Des milliers de Torontois ont manifesté cet été pour dénoncer le Service de police de Toronto et réclamer que des millions de dollars de son budget soient réinvestis dans la communauté.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Malgré plusieurs manifestations ces derniers mois qui réclamaient des changements au sein du Service de police de Toronto, son budget pour 2021 ne prévoit pas de réallouer des fonds à des programmes communautaires. Certains jugent que c'est une occasion ratée de répondre aux revendications de plusieurs groupes et citoyens.

Malgré les demandes répétées de réduction du budget de la police, le Service de police de Toronto (SPT) dépose une demande de budget de près 1,1 milliard de dollars pour 2021.

Cette proposition, même si elle n'implique aucune hausse, ne répond pas aux nombreux appels de réduction et de réinvestissement des fonds du SPT.

L'ancien chef de la police de Toronto, Mark Saunders, s'était pourtant agenouillé avec des manifestants cet été, alors que les services policiers étaient vivement critiqués dans la foulée des morts de citoyens noirs aux mains des autorités.

Dans son budget, le SPT dit vouloir en faire plus, sans demander plus.

Ce budget est un équilibre entre notre obligation de fournir des services policiers pour notre ville en pleine croissance et la reconnaissance des réalités du monde d'aujourd'hui, écrit le chef de police James Ramer, dans un communiqué du 6 janvier sur le dépôt du budget proposé.

Pour ce faire, le corps policier veut accélérer la mise en place des 81 recommandations adoptées à l'unanimité par la Commission des services de police de Toronto cet été.

Les Torontois veulent voir un service réformé et efficace, et nous avons l'intention de le faire, quels que soient les défis posés par la pandémie, poursuit-il.

À la lumière des commentaires du public, le corps policier réaffectera des agents et des ressources existantes vers certains secteurs comme la santé mentale.

Plan resserré sur deux uniformes de membres d'une équipe mobile d'intervention en cas de crise de la police de Toronto.

La police de Toronto veut élargir ses équipes mobiles d'intervention en cas de crise dans les trois premiers mois de l'année.

Photo : CBC / Martin Trainor

Le Service de police de Toronto s’engage à déployer 11 agents supplémentaires dans les équipes mobiles d’intervention pour les personnes en situation de crise pour un total de 28. Cet ajout permettra une assistance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Il s'agit d'une des recommandations pour lutter contre le racisme systémique au sein de la police.

Pourtant, plusieurs groupes demandaient des initiatives par et pour les membres de la communauté, comme le projet CAHOOTS, aux États-Unis.

Les équipes mobiles d'intervention en cas de crise (MCIT) sont composées d'une infirmière en santé mentale et d'un policier formé pour répondre à des situations impliquant des personnes vivant une crise de santé mentale. Une trentaine d'agents participent au programme.

Source : Site web du Service de police de Toronto

Environ quatre travailleurs spécialisés en gestion de crise intégreront également le centre de communication 911. Ces citoyens dirigeront les appels où l'intervention de la police n'est pas requise vers un organisme communautaire.

Ce programme devrait être mis en place plus tard en 2021, si le budget est approuvé, selon la police de Toronto.

Des policiers bloquent l'avenue Eglinton.

Il y a eu 462 fusillades en 2020 à Toronto. Ces fusillades ont fait 39 morts, selon les données de la police.

Photo : CBC/Jeremy Cohn

Le corps policier veut aussi ajouter quatre agents à l'équipe de prévention des armes à feu et des gangs et deux à celle de prévention des crimes haineux.

Pour mieux lutter contre la violence armée et les gangs de rue, la police de Toronto ajoutera également jusqu'à dix quartiers à son programme des agents communautaires dans les quartiers dits à risque. Pour l'instant, le corps policier ignore combien d'agents y seront affectés.

Des policiers sont déjà répartis dans une trentaine de communautés dans la ville.

Une occasion ratée

D’un côté c’est une bonne chose, on n’augmente pas le budget, mais on demandait une réduction, lance l'avocate et ancienne candidate à la mairie, Saron Gebresellassi.

Connue pour son travail concernant la brutalité policière et la violation des droits de la personne, elle juge que la proposition de budget de la police est une occasion ratée de réellement changer les choses.

Il y avait une opportunité de trouver où on peut diminuer le budget, dit-elle. Une opportunité de passer à une autre étape et de répondre aux appels de la société civile.

Saron Gebresellassi a été défaite à la course à la mairie par John Tory

Saron Gebresellassi est avocate spécialisée en droits de l'homme.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Le porte-parole de l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC), Alex Nanoff, a du mal à comprendre pourquoi la police de Toronto présente ce budget, alors qu'il semblait y avoir une volonté d'adopter les recommandations de groupes civiles, raconte-t-il.

C’est un peu malhonnête de dire que plus n’aurait pas pu être fait.

Alex Nanoff, porte-parole de l'ACLC

Nous sommes déçus. Je pense qu’il y avait une bonne opportunité de montrer du sérieux, croit-il également.

Selon l'Association canadienne des libertés civiles, jusqu'à 340 millions de dollars en fonds actuellement utilisés par la police de Toronto pourraient être redistribués vers des programmes sociaux.

C'est décevant. C'est un peu déresponsabiliser les services de police sans offrir d'augmentation budgétaire aux services qui prendraient la relève.

Alex Nanoff

Saron Gebresellassi se demande aussi pourquoi en pleine pandémie et pendant une crise financière, on a un milliard de dollars pour le budget de la police.

C'est vraiment irresponsable, ajoute-t-elle.

Une proposition de réduction de 10 % du budget de la police a déjà été rejetée par le maire de Toronto et son conseil municipal cet été.

Selon John Tory, une réallocation des fonds ne peut se faire d'un jour à l'autre. Le maire en est à identifier quelles responsabilités pourraient être déléguées à des personnes qui ne sont pas des policiers.

La demande de budget en chiffres

Selon le corps policier, c'est la troisième fois en 5 ans qu’une augmentation des fonds n’est pas demandée.

Ce budget de fonctionnement (Nouvelle fenêtre) pour l’année 2021 (en anglais seulement) tient compte des réformes et de la modernisation de l'institution, selon le Service de police de Toronto.

Un peu plus de 808 millions seraient dédiés au paiement des salaires et près de 225 millions de dollars aux avantages sociaux des employés, selon la proposition.

L'épaule d'un agent de la police de Toronto.

Le Service de police de Toronto compte près de 5000 policiers dans ses effectifs.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

L'an dernier, le paiement total des salaires s’élevait à un peu plus de 816 millions alors que les avantages sociaux représentaient près de 220 millions de dollars du budget.

Les autres dépenses citées dans ce budget comprennent les munitions, les frais de transport et le matériel informatique et son entretien, par exemple. Ces dépenses ont augmenté de près d'un million de dollars, selon la demande de budget de 2021.

Le Service de police de Toronto estime qu’il devra absorber 46 millions de dollars de pressions budgétaires, dont 17 millions pour respecter les obligations liées aux conventions collectives.

Le corps policier aura 50 agents et 90 employés civils de moins cette année, ce qui lui permettra d'économiser près de 19 millions de dollars.

Saviez-vous que?

Le Service de police de Toronto déploie près de 5000 policiers en uniforme et emploie 2400 civils. Environ 88 % des dépenses sont financées par les impôts fonciers de la Ville de Toronto.

La Commission des services policiers de Toronto, dont fait partie le maire de Toronto, doit se réunir mercredi pour décider si le budget sera approuvé une première fois.

Le Service de police de Toronto devra ensuite présenter son budget devant le conseil municipal le 21 janvier.

Des consultations publiques, où les résidents peuvent exprimer leurs opinions, auront lieu devant le comité du budget de Toronto les 25 et 26 janvier.

Le conseil municipal devrait voter pour ou contre l'adoption du budget du Service de police de Toronto le 18 février.

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