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Le vaccin n'abolira pas du jour au lendemain les mesures sanitaires

Deux hommes d'un certain âge, le visage couvert d'un masque, se croisent dans une rue à Rome, en Italie, le 18 décembre 2020.

Il faudra compter encore des mois avant que les mesures sanitaires pour endiguer la pandémie de COVID-19 ne soient levées, estiment les experts.

Photo : Reuters / Yara Nardi

La Presse canadienne

L'arrivée des vaccins a suscité une vague d'enthousiasme et d'optimisme pour une fin rapide de la pandémie mondiale de COVID-19, certains considérant l'immunisation comme un laissez-passer pour se rassembler et socialiser « comme dans le bon vieux temps » d'avant 2020.

Pas si vite, préviennent les experts.

La première phase du déploiement du vaccin au Canada – qui s'adresse aux travailleurs de la santé de première ligne, aux résidents et employés des foyers de soins de longue durée et à certaines populations autochtones – a commencé le mois dernier et devrait s'étendre jusqu'en mars.

Ensuite seulement, au printemps donc, l'opération de vaccination s'étendra graduellement au reste de la population.

Les spécialistes s'attendent à ce que les mesures sanitaires actuelles – masque, distanciation physique et limites sur les rassemblements – demeurent en vigueur en 2021, même si de plus en plus de gens seront vaccinés.

Tant que nous n'atteindrons pas dans le monde un taux d'immunité collective d'environ 70 %, l'enjeu de la transmission demeurera, a rappelé Jason Kindrachuk, virologue à l'Université du Manitoba. Et c'est certainement une préoccupation pour nous.

Les deux vaccins actuellement approuvés pour une utilisation au Canada, le Pfizer-BioNTech et le Moderna, ont démontré dans les essais cliniques un taux d'efficacité de 95 % dans la prévention des infections graves causées par le coronavirus qui cause la COVID-19. Moderna croit que son vaccin pourrait aussi diminuer la transmission du SRAS-CoV-2, mais davantage de données sont nécessaires à ce chapitre.

Des données préliminaires

Certains vaccins connus, comme celui contre le virus du papillome humain (VPH), offrent une protection complète contre l'infection, mais aussi contre la transmission. D'autres, comme le vaccin antigrippal, agissent principalement contre l'acquisition du virus, tout en diminuant la gravité des symptômes.

Selon le professeur Kindrachuk, cela s'explique en partie par la façon dont notre système immunitaire réagit aux différents vaccins. Le vaccin contre la COVID-19 semble produire efficacement des anticorps qui neutralisent le virus, dit-il, mais pas nécessairement assez pour l'empêcher de pouvoir pénétrer dans certaines de nos cellules.

Le docteur Sumon Chakrabarti, spécialiste des maladies infectieuses à Mississauga, en Ontario, affirme que les réponses à la question de la transmission ne viendront que lorsque de larges pans de la population commenceront à être vaccinés dans le monde.

La vaccination pourrait certes réduire la transmission, et les restrictions pourraient être levées plus tôt que ne le prévoient les experts, dit-il. Mais dans l'état actuel des choses, en janvier 2021, il sera préférable de continuer à agir, du moins un certain temps, comme on le faisait avant d'être vaccinés : distanciation physique, contacts restreints, masque à l'intérieur, a estimé le docteur Chakrabarti.

Horacio Bach, professeur adjoint de maladies infectieuses à l'Université de la Colombie-Britannique, ne s'attend pas à ce que le SRAS-CoV-2 soit un jour éradiqué.

Si 30 % de la population n'est pas vaccinée, le virus continuera à circuler parmi cette population, dit-il. Un traitement efficace contre la maladie, la COVID-19, sera donc nécessaire pour traiter les cas persistants.

Les virus n'ont pas de cerveau, mais ils ne sont pas stupides : ils continueront à trouver des hôtes.

Horacio Bach, professeur adjoint de maladies infectieuses à l'Université de la Colombie-Britannique

Le docteur Isaac Bogoch, expert en maladies infectieuses à l'Université de Toronto, rappelle toutefois que la résistance potentielle de la COVID-19 aura moins d'impact une fois qu'on aura pu atténuer les énormes pressions sur le réseau de la santé. Et l'on pourra y arriver en vaccinant dès le départ les populations à haut risque.

Réduire les décès et la pression sur le réseau

On pourra déjà mesurer l'efficacité des vaccins si l'on réduit les décès dans les foyers de soins de longue durée et chez les personnes à haut risque, dit-il. Par contre, le nombre de nouveaux cas quotidiens sera le dernier indicateur à diminuer, ce qui veut dire que les mesures de prévention devront être suivies pendant que la transmission communautaire se poursuivra.

Finalement, on commencera à voir une réduction des cas au fur et à mesure que le programme de vaccination se poursuivra, puis on commencera à voir certaines mesures sanitaires graduellement levées, au fur et à mesure que l'année avance, après avril, a-t-il estimé.

Nous verrons probablement un changement progressif permettant des rassemblements extérieurs plus importants, puis des rassemblements intérieurs et éventuellement la levée de la consigne du masque.

Alors qu'un vaccin très efficace nous permettra d'atteindre plus rapidement l'immunité collective, l'infectiologue Bogoch rappelle aussi que la fameuse efficacité de 95 % lors des essais cliniques pourrait bien ne pas être reproduite dans le monde réel.

Étant donné que l'efficacité du vaccin était basée sur une posologie à deux doses, il s'attend à ce que ce taux d'efficacité diminue si certaines personnes ne reviennent pas pour la deuxième dose. On ne sait pas non plus quelle est l'efficacité du vaccin pour des segments de la population exclus des essais cliniques.

Ainsi, rendre visite à des grands-parents ou à une autre personne vulnérable au cours des prochains mois sera toujours risqué, même s'ils ont été vaccinés, croit M. Bogoch.

L'efficacité de la vaccination sera probablement inférieure à ce que les essais cliniques ont montré, dit-il.

Et nous aurons besoin de voir comment ça se passe en temps réel afin d'adapter nos comportements.

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