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De petits réacteurs nucléaires se développent au pays

Le gouvernement du Canada entend devenir un chef de file mondial de la technologie des petits réacteurs modulaires, mais des voix s'opposent à ces ambitions.

Une illustration montre un module d'alimentation à l'échelle 1 sur un camion.

Selon une feuille de route de Ressources naturelles Canada, la valeur potentielle de ces petits réacteurs modulaires est estimée à 5,3 milliards de dollars entre 2025 et 2040 au pays.

Photo : Avec la permisssion de NuScale Power

Ezra Belotte-Cousineau

L’entreprise ontarienne Global First Power (GFP), en collaboration avec Ontario Power Generation, tente de se démarquer avec son projet de petit réacteur modulaire nucléaire à Chalk River, à mi-chemin entre North Bay et Ottawa.

GFP a de grandes ambitions pour ses petits réacteurs modulaires (PRM).

Elle y voit une façon de développer des réseaux électriques pour les communautés et les entreprises dans les régions isolées, notamment dans le Nord de l'Ontario.

Selon Robby Sohi, le président-directeur général de GFP, ces communautés et entreprises, entre autre dans l'industrie minière, n'ont pas accès aux mêmes options dans ces régions hors du réseau électrique principal.

Nous voulons faire des [PRM] une option incontournable pour les communautés et les entreprises isolées. C'est crucial pour l'économie du Canada.

Robby Sohi, président-directeur général de Global First Power

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a pour mandat de réglementer le secteur nucléaire, peu importe la technologie, de préserver la santé et la sécurité du public et de protéger l'environnement.

La CCSN suit donc attentivement ce dossier et est impliquée dans le développement du PRM à Chalk River.

Frise chronologique des différentes étapes du processus d'évaluation du PMR de Chalk River.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'évaluation du projet a commencé en juillet 2019.

Photo : Commission canadienne de sûreté nucléaire

Christian Carrier, le directeur de la division de la réglementation des installations majeures à la CCSN explique qu'un PRM fonctionne essentiellement comme les réacteurs nucléaires de plus grande taille.

Tous les réacteurs nucléaires sont des réacteurs qui génèrent de l'énergie par la fission de matière fissile, principalement de l’uranium.

Christian Carrier, le directeur de la division de la réglementation des installations majeures à la CCSN

M. Carrier explique que les PRM sont conçus pour être construits en usine, puis déplacés.

Plan d'un petit réacteur modulaire.

Plus de 200 petits réacteurs modulaires de différentes conceptions sont en cours de développement dans le monde.

Photo : Global First Power

La puissance des PRM au Canada est actuellement limitée à 300 mégawatts, ce qui est bien moins important que les 3512 mégawatts produits par les quatre réacteurs Candu de la centrale nucléaire de Darlington, par exemple.

Toutefois, c'est leur facilité à être installée dans les zones éloignées, plus que leur puissance, qui est le véritable atout de cette technologie selon GFP.

Sécuritaire, moins coûteux et propres, selon l'industrie

GFP affirme que la technologie des petits réacteurs modulaires est non seulement sécuritaire, mais elle est selon l'entreprise plus propre et moins coûteuse que les centrales électriques au diesel, par exemple, qui sont toujours utilisées dans certaines régions du pays.

[Le Canada] ne peut pas atteindre les cibles de carbone qu'il s'est fixées sans avoir les PRM comme option. [La technologie des PRM] est une solution qui va dans le sens du Plan climatique du Canada.

Robby Sohi, président-directeur général de Global First Power
La cheminée d’une centrale thermique rejette de la fumée blanche.

La centrale électrique au charbon Sheerness près de Hanna, en Alberta (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Je pense que c'est une approche équilibrée, ajoute M. Sohi. En termes de bénéfices, imaginez ces mines qui brûlent beaucoup de diesel en ce moment... pourrions-nous leur donner une option [sans diesel] pour les 20 prochaines années?

Les mêmes risques qu'avec les autres réacteurs, estime des écologistes

Malgré ce qu'affirme le PDG de Global First Power, des voix s'élèvent contre la popularité croissante des petits réacteurs modulaires.

Greenpeace notamment estime que les PRM sont tous aussi dangereux que les réacteurs nucléaires traditionnels.

Un panneau sur lequel est écrit en anglais « Fermez Pickering »

De nombreuses manifestations ont demandé la fermeture de la centrale nucléaire de Pickering (archives).

Photo : Radio-Canada / Mathieu Simard

Qu’elles soient grandes ou petites et modulaires, ces centrales utilisent la fission nucléaire, un processus que les écologistes critiquent vertement, comme le souligne Shawn-Patrick Stensil, expert en nucléaire pour Greenpeace.

L'industrie nucléaire a fait des promesses depuis longtemps de développer une nouvelle technologie, des nouveaux réacteurs qui seraient abordables et qui seraient une solution pour les changements climatiques. Et dans le passé, ils n’ont jamais livré ces promesses-là.

Shawn-Patrick Stensil, expert en nucléaire, Greenpeace

De plus, l'expert évoque qu'il est paradoxal que l'industrie affirme d'un côté que sa technologie de PRM est plus sécuritaire, tout en étant protégée par la Loi sur la responsabilité et l’indemnisation en matière nucléaire.

Selon Mr Stensil, cette loi limite les responsabilités financières des exploitants nucléaires en cas d'accident.

Pas beaucoup de Canadiens connaissent cette loi. Pourquoi [l'industrie du nucléaire] en a besoin pour se protéger? Pourquoi cette loi existe-t-elle? Ça n'existe pour aucune autre industrie, c’est seulement l’industrie nucléaire.

Shawn-Patrick Stensil, expert en nucléaire, Greenpeace

Selon Brennain Lloyd, coordonnatrice de projet pour Northwatch, l'industrie nucléaire n'est pas assez transparente dans l'explication de ces technologies.

Northwatch est une coalition qui regroupe plusieurs organismes environnementaux et communautaires du Nord-Est de l'Ontario.

[Les PRM] ne seront pas de petites installations. Ce seront de grandes centrales qui auront la dimension de plusieurs terrains de sports. Elles ne seront pas miniatures même s'ils les appellent des microréacteurs.

Brennain Lloyd, coordonnatrice de projet à Northwatch

Mme Lloyd explique que les petits réacteurs modulaires génèrent des déchets radioactifs tout comme les autres types de réacteurs nucléaires.

On voit le cercueil de forme cylindrique.

Un cercueil d'acier recouvert de cuivre qui sert à stocker les grappes de combustible (archives).

Photo : Société de gestion des déchets nucléaires

L'enjeu de la gestion de ces déchets et de la longévité de leur radioactivité reste à ce jour un des plus grands défis de l'industrie nucléaire, selon la coordonnatrice de Northwatch.

Un processus rigoureux, assure la CCSN

Toutefois, du côté de la CCSN, Christian Carrier explique qu'afin d'obtenir un permis, l'exploitant nucléaire doit présenter un plan complet de développement.

Il explique que la fonction de la CCSN en tant qu'organisme réglementaire, c'est de s'assurer que ces centrales vont être sécuritaires et ne poseront pas quelques risques indus à la population.

Ce plan doit englober l'ensemble du cycle de vie de l'installation nucléaire : de sa conception jusqu'à la déclassification du site et de la gestion complète des déchets.

Il va toujours y avoir des opposants et toujours y avoir des partisans. Mais dans les deux cas extrêmes, il y a de la raison et de la déraison. Nous, nous situons au milieu.

Christian Carrier, directeur division de réglementation des installations majeures, CCSN

Même si des organismes comme Greenpeace et Northwatch poussent pour l'abandon du nucléaire, Christian Carrier affirme que cette source d'énergie n'est pas qu'un risque pour les Canadiens, c'est aussi un grand bénéfice.

Est-ce qu'on va être un organisme qui va être proactif face aux innovations? Je pense que c'est notre rôle aussi. Si quelqu'un a une idée innovatrice, il faut que l'organisme réglementaire soit capable de la regarder de façon intelligente.

Christian Carrier, le directeur de la division de réglementation des installations majeures à la CCSN

Les organismes antinucléaires souhaiteraient que la CCSN soit plus indépendante de l'industrie nucléaire. Est-ce qu'ils sont là pour aider l'industrie? Ou est-ce qu'ils sont là pour protéger le gouvernement et la société canadienne?, demande notamment Greenpeace.

J'ai beaucoup de respect pour les gens qui travaillent à la CCSN, mais souvent, ils sont mêlés avec leur mandat. Et souvent, je pense que dans leur mentalité, ils visent plutôt le développement de l'industrie nucléaire au Canada.

Shawn-Patrick Stensil, expert en nucléaire, Greenpeace

Le choix du nucléaire

En décembre 2019, les gouvernements de l’Ontario, de la Saskatchewan et du Nouveau-Brunswick ont signé un protocole d’entente.

Ils se sont ainsi engagés à collaborer pour mieux faire avancer le développement des nouveaux petits réacteurs modulaires.

Ce protocole s’inscrit dans le plan d’action des PRM du Canada.

Seamus O'Regan porte un casque et un gilet de construction pour une annonce.

Déclaration du ministre des Ressources naturelles, Seamus O'Regan.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Quant au projet de petit réacteur modulaire de Chalk River en Ontario, les études et les évaluations environnementales se poursuivent. Si Global First Power réussit à prouver à la CCSN que son projet est entièrement sécuritaire, la construction pourra alors commencer en 2023.

Viendra alors pour l'entreprise l’étape de convaincre des communautés ou des entreprises à adopter la voie du nucléaire.

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