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Radio-Canada demande au CRTC un « pont vers le futur »

Les audiences publiques sur le renouvellement des licences du diffuseur public sont officiellement ouvertes.

Catherine Tait au foyer des Communes à Ottawa.

Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

C’est un véritable « défi de régulation » que la société CBC/Radio-Canada propose au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), a reconnu son président Ian Scott, lundi.

C’est que le diffuseur public demande au CRTC de pouvoir remplir une partie de ses conditions de licences en matière de diffusion de contenus canadiens sur le numérique, plutôt qu'uniquement à la télé et à la radio.

Or, la régulation de l'univers numérique ne fait pas encore partie de la mission du CRTC. Le ministre responsable, Steven Guilbeault, a déposé cet automne le projet de loi C-10 qui modifiera son mandat, mais la pièce législative en question n’a pas encore été adoptée par la Chambre des communes.

Ce débat parlementaire n’a pas empêché le CRTC d’entamer lundi matin les audiences publiques concernant le renouvellement pour cinq ans des licences des stations de télévision et de radio appartenant à CBC/Radio-Canada.

M. Scott en conférence de presse.

Audiences cruciales pour Radio-Canada devant le CRTC

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Si le projet de loi C-10 est adopté d'ici la fin du processus, le Conseil informera toutes les parties intéressées de la manière dont il pourrait affecter l'instance et si des changements de procédure sont justifiés, a expliqué Ian Scott en début de journée.

En attendant, nous examinerons comment le Conseil pourrait offrir à CBC/Radio-Canada une plus grande souplesse s’il le juge approprié, tout en s’assurant que le diffuseur public national du Canada continue à s’acquitter de son mandat dans tous ses services et sur toutes ses plateformes, a-t-il ajouté.

Une industrie qui évolue à toute vitesse

La demande de renouvellement des licences de CBC/Radio-Canada a été déposée auprès du CRTC à l’automne 2019. Entre-temps, la société d'État a lancé les applications mobiles CBC Listen et OHdio pour mettre en valeur ses contenus audionumériques. Ces plateformes s’ajoutent à Gem et à TOU.TV, qui recensent toute la programmation vidéo des réseaux anglais et français de la société.

C’est le contenu de ces applications que le CRTC devrait examiner, plutôt que celui diffusé sur les plateformes traditionnelles de CBC/Radio-Canada, selon le diffuseur public. Car les réseaux comme ICI Télé, ICI Première, ICI RDI, CBC Television, CBC Radio One et CBC News Network atteignent beaucoup plus difficilement la jeune génération.

Un peu moins de la moitié des Canadiens regardent des contenus à la fois sur les plateformes traditionnelles et numériques, a illustré la PDG de la société Catherine Tait dans son allocution d’ouverture. Environ 25 % sont uniquement sur les plateformes linéaires, alors qu’un autre 25 % est uniquement sur le numérique, un nombre qui continuera d’augmenter dans l’avenir.

« Si nous ne changeons pas notre façon de faire, nous risquons de devenir des dinosaures sur une calotte glaciaire qui fond. »

— Une citation de  Catherine Tait, PDG de CBC/Radio-Canada

Nous croyons qu’en reconnaissant la réalité numérique dans le cadre de réglementation du radiodiffuseur public et en nous donnant la flexibilité de servir les Canadiens là où ils se trouvent, nous aurons construit un pont vers l’avenir, a résumé Mme Tait.

Ne pas perdre une génération

CBC/Radio-Canada estime que le CRTC doit lui donner les moyens de se battre contre les géants américains que sont Netflix, Apple, Disney et Amazon, dont l'attractivité ne se dément pas de ce côté-ci de la frontière.

La barrière de la langue, qui a longtemps protégé le marché francophone, n’est plus un obstacle aujourd’hui, a avancé le vice-président du réseau français, Michel Bissonnette. Les données du dernier recensement nous confirment que la plus jeune génération est de plus en plus bilingue.

Environ 80 % des francophones canadiens âgés de 18 à 34 ans sont abonnés à Netflix, a souligné M. Bissonnette.

Si on ne veut pas perdre une génération, il est plus important que jamais de leur offrir une alternative francophone diversifiée et de qualité, a-t-il martelé. Il faut continuer d’innover, comme on l’a fait il y a un peu plus de 10 ans avec la création d’ICI TOU.TV qui nous permet aujourd’hui d’atteindre un nouveau public qui, autrement, ne regarderait pas nos émissions.

Le diffuseur public veut aussi refléter davantage le visage du Canada, qui est en pleine mutation, en offrant davantage de diversité et une place plus importante aux peuples autochtones. Le Canada est en train de changer et nous devons changer avec lui, a soutenu Catherine Tait.

La délicate question du financement

Par ailleurs, la présidente de CBC/Radio-Canada aimerait éviter que le débat des prochaines semaines porte sur le financement de la société d'État, dont les revenus se chiffraient l'an dernier à environ 1,7 milliard de dollars, soit 1,2 milliard provenant de fonds gouvernementaux et 500 millions de sources commerciales.

Des acteurs comme Québecor et Les Amis de la radiodiffusion, par exemple, souhaiteraient que Radio-Canada cesse de diffuser des publicités sur ses plateformes.

Ce sont des questions qui relèvent du Parlement et qui sont liées à la Loi sur la radiodiffusion, une loi qui est actuellement en processus de révision, a rappelé Mme Tait devant le Conseil.

Cela dit, les revenus commerciaux que nous touchons ne sont pas insignifiants, a admis la PDG. Ce n'est pas un petit chiffre. À cet égard, ces revenus sont essentiels pour investir davantage dans les services, le journalisme et la programmation.

Treize jours d'audiences

La direction de CBC/Radio-Canada poursuivra sa présentation jusqu'à jeudi, après quoi de nombreuses voix, comme celles des groupes francophones hors Québec et des syndicats, se feront entendre.

Un certain nombre de questions devraient porter sur Radio-Canada Tandem, un nouveau service de contenu promotionnel qui est loin de faire l'unanimité.

Le mois dernier, quelque 500 journalistes ont signé une lettre ouverte dans laquelle ils soutenaient que la nouvelle marque aurait pour effet de nuire à l'intégrité du journalisme maison, affirmant que ce type de publicité déguisée est insidieux et aide les annonceurs à tromper les Canadiens.

Par ailleurs, le fait que certains contenus vidéo soient offerts uniquement sur la version payante de TOU.TV dérange également certains acteurs, comme Québecor, qui fait valoir que, ce faisant, Radio-Canada outrepasse son mandat.

Les audiences publiques qui ont débuté lundi en virtuel devaient avoir lieu en mai 2020, mais elles avaient été reportées en raison de la COVID-19. Treize jours de travail sont prévus au calendrier, qui s’étend jusqu’au mercredi 27 janvier. Quelque 20 000 observations écrites ont été reçues en amont, a fait savoir le CRTC.

Avec Philippe-Vincent Foisy

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