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La famille d'un homme mort de la COVID-19 porte plainte contre son ancien employeur

Ariana Quesadaz tient une photo de son père, Benito Quesada, avec son petit frère, Aldrin.

Ariana Quesada, 16 ans, tient une photo de son père, Benito Quesada, avec son petit frère, Aldrin.

Photo : Radio-Canada / Justin Pennell

Radio-Canada

La fille de Benito Quesada, mort de la COVID-19, a déposé une plainte vendredi auprès de la police contre l'ancien employeur de ce dernier, l'usine de transformation de viande Cargill, à High River, en Alberta. Elle l'accuse de négligence criminelle.

La famille allègue que l'entreprise n'en a pas fait assez pour protéger Benito Quesada de la COVID-19.

Nous avons déposé une plainte, pour que justice soit enfin rendue à mon père, pour que les dirigeants de Cargill soient enfin tenus responsables pour ce qu'ils ont fait, a déclaré la fille de Benito Quesada, Ariana Quesada, 16 ans.

Benito Quesada, un immigrant mexicain de 51 ans, marié et père de quatre enfants, avait été hospitalisé à la mi-avril après avoir contracté la maladie, comme de nombreux travailleurs de l'usine Cargill. Il est mort le 7 mai.

La Gendarmerie Royale du Canada (GRC) a confirmé qu'une enquête avait été ouverte. Le sergent Greg Wiebe, à la tête du détachement de High River, a précisé vendredi que l'enquête ne faisait que commencer et que la police examinait la plainte.

Une première au Canada

Cette affaire est la première enquête policière connue au Canada sur un décès lié à la COVID-19 en milieu de travail.

Au début de la pandémie, les abattoirs et les installations de transformation de la viande ayant été jugés essentiels par les gouvernements, Cargill avait continué de fonctionner jusqu'au 20 avril, date à laquelle elle avait été fermée pendant deux semaines en raison de la recrudescence de cas de COVID-19.

Au début du mois de mai, au moins 950 employés de l'usine Cargill, soit près de la moitié de ses effectifs, avaient été déclarés positifs au SRAS-CoV-2, qui provoque la COVID-19.

Un porte-parole de Cargill, Daniel Sullivan, a refusé de commenter la plainte de la famille Quesada sans avoir pu la lire.

Dans un courriel envoyé samedi, il a déclaré que la sécurité était une priorité absolue pour l'entreprise et que, depuis le début de la pandémie, elle avait travaillé en étroite collaboration avec les responsables provinciaux de la santé et de la sécurité au travail.

Le maintien d'un lieu de travail sûr est depuis longtemps l'une de nos valeurs fondamentales.

Une citation de :Daniel Sullivan, porte-parole de Cargill

La plainte déposée vendredi contre Cargill cite la loi Westray, une disposition du Code pénal dont le nom fait référence à une catastrophe minière mortelle survenue en Nouvelle-Écosse en 1992. Cette loi impose à tous les employeurs de prendre des mesures raisonnables pour éviter des dommages corporels pour ses employés.

Selon la famille Quesada, Cargill n'a pas tenu compte des alertes de santé publique et n'a pas protégé ses employés d'une menace mortelle connue.

Les employés de l'usine de transformation de viande Cargill en train de désosser des morceaux de boeufs.

Les employés de l'usine de transformation de viande Cargill avant le début de la pandémie. Depuis, l'usine a connu des modifications pour respecter les mesures sanitaires (archives).

Photo : Radio-Canada

Les employeurs doivent faire bien mieux que ce qui s'est passé à High River au printemps, affirme Michael Hughes, le porte-parole du syndicat United Food and Commercial Workers, qui aide la famille Quesada.

Michael Hughes explique que, pour une entreprise comme Cargill, qui a déclaré des revenus de 113,5 milliards de dollars américains en 2019, la menace d'amendes pour des violations du droit du travail et de la sécurité n'est pas nécessairement un moyen de dissuasion fort. C'est pourquoi la plainte a été déposée auprès de la police, dit-il.

Motivés par une prime

La plainte écrite suggère que Benito Quesada est mort en raison d'une négligence criminelle. Elle allègue que Cargill est responsable des manquements suivants :

  • l'entreprise n'a pas fourni d’équipements de protection individuelle adéquats;
  • les travailleurs des chaînes de production ne pouvaient pas respecter la distanciation sociale;
  • les salles à manger étaient bondées, avec des tables espacées de moins de 50 cm;
  • le personnel médical de l'entreprise a autorisé les employés à travailler malgré des tests positifs ou la présence de symptômes;
  • les travailleurs étaient menacés de licenciement temporaire et non rémunérés s'ils ne se présentaient pas au travail par peur du virus;
  • les travailleurs se voyaient promettre une prime de 500 $ s'ils ne manquaient pas un quart de travail durant une période de 2 mois.

Selon sa famille, Benito Quesada s'était isolé chez lui par précaution et avait dit à ses proches de ne pas s'approcher de lui, mais il a continué à aller travailler, motivé par les 500 $ de prime.

Cargill fait également face à un projet de recours collectif au nom de personnes qui ont eu des contacts étroits avec des employés de Cargill. Celles-ci affirment que l'entreprise a poursuivi ses activités sans protections adéquates malgré les avertissements de santé publique.

Avec les informations de Joel Dryden, Albert Leung, Joseph Loiero

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

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