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Une vue aérienne et de nuit du pont Jacques-Cartier illuminé, avec en arrière-plan le centre-ville de Montréal.

Des images de Montréal captées aux premières heures du couvre-feu, le 9 janvier, grâce à l'un de nos drones.

Photo : Radio-Canada / Vianney Leudière

Après les gyrophares et les alertes de samedi soir, comment se vit le couvre-feu pour ceux qui ne peuvent être chez eux une fois les 20 heures passées? Récit d’une nuit à la rencontre des Montréalais et de leurs justifications de déplacement.

La soirée commence sans tambour ni trompette. Contrairement à la veille, il n’y a pas d’alarme, de cloche ou de policiers pour annoncer l’heure de tombée du couvre-feu. Si bien qu’aux alentours de la place Émilie-Gamelin, personne ne semble savoir qu’il est maintenant passé 20 h.

Les sans-abri qui ont accès à l'Hôtel Place Dupuis sont rassemblés devant la porte extérieure. On prend une dernière cigarette, sous le regard furtif des policiers qui se tiennent en retrait, dans leur auto-patrouille. Jaco, un bénévole présent sur les lieux et lui aussi en situation d’itinérance, raconte que c’est comme ça chaque soir depuis des semaines.

Et selon lui, le couvre-feu ne changera pas les habitudes des gens.

Yogi Sloan acquiesce. L’homme raconte que son cochambreur pour ce soir est sûrement déjà parti faire la fête. Ceux qui ont des enjeux avec la consommation ne les ont pas perdus avec la COVID-19. Mais 20 h, c’est un peu tôt, reconnaît-il, bien qu’il soit en accord avec le concept d’un couvre-feu.

Ce qui a peut-être changé, c’est la perception des gens, lance Vincent D’Aoust, lui aussi chambreur à la Place Dupuis. On dirait que ça met les gens sur les nerfs [mais] y’a pas vraiment rien qui change dans la structure.

Une soirée tranquille pour les policiers

Une voiture de police arrêtée près du trottoir.

Montréal était une ville désertée dimanche soir pendant le couvre-feu.

Photo :  Radio-Canada

En quittant Ville-Marie, l’ambiance change drastiquement. Les rues sont désertes et les passants sont absents. Si ce n'était des autobus sillonnant la ville, on pourrait croire que Montréal est devenue une ville fantôme.

Par contre, moins de monde en dehors de la maison veut dire de plus grandes chances de croiser des policiers. À mes premiers pas loin du camion, j’aperçois du bleu et du rouge qui arrivent à grande vitesse.

Là, à l'intersection des rues Jarry et Saint-Laurent, 1 h 15 après le couvre-feu, deux agentes vérifient mes papiers. Il s’agira de ma seule interpellation de la soirée.

La situation se règle rapidement, mais les deux policières sont sincères. C’est tellement tranquille ce dimanche soir qu’elles ont le temps d’interpeller tout le monde.

C’est plate, plate, plate, à soir , raconte l’une d’elles.

Elles vont d’ailleurs faire une autre interpellation quelques mètres plus loin. Un homme qui vient de terminer son quart de travail dans un restaurant du coin. La discussion est facilitée par le fait que le monsieur a lui aussi un papier pour justifier son emploi. Comme il est loin de chez lui, les deux policières décident de l’embarquer, afin de lui éviter une marche au froid.

On fait déjà ça en fin de soirée, lorsque les autobus oublient les derniers passagers dans les métros, expliquent-elles.

Là en plus, on a en masse de temps. Comme on disait, c’est très tranquille ce soir…, sourit l’une des deux policières alors qu’elles reprennent la route de leur quart de nuit.

Pour preuve, le Service de police de la Ville de Montréal signale avoir donné 82 contraventions pour non-respect du couvre-feu la nuit dernière, contre 103 dans la nuit de samedi à dimanche.

Le royaume des travailleurs essentiels

Le calme généralisé de la soirée, que ce soit la rue Sainte-Catherine sans piétons, l'autoroute Décarie sans voitures ou le parc Laurier sans chien, laisse croire que l'électrochoc du gouvernement a donc un certain effet, du moins en apparence.

Et cela fait grand plaisir aux travailleurs essentiels qui sont maintenant pratiquement les seuls à se déplacer en ville après 20 heures.

Je rentre du travail. Préposée aux bénéficiaires. Quand on m’arrête, je dis, je ne fais que travailler, et là, je retourne chez moi, dit en riant une dame près du métro Jarry.

La compagnie nous a donné un papier. Jusqu’à présent, je n’ai pas rencontré de policiers. J’ai vu des voitures, par contre on ne m’a pas questionné, explique Lesly, un agent de sécurité. Mais le papier est là [dans ma poche]. Je suis prêt!

Une personne marche près d'une station de métro, vers un autobus qui semble vide.

Le calme était généralisé à Montréal dimanche soir.

Photo :  Radio-Canada

L’imposition d’un couvre-feu au Québec touche particulièrement le jeune Abdel Moutaleb. Arrivé du Maroc il y a à peine un an, le jeune homme est l’une des nouvelles recrues de la formation gouvernementale de préposés aux bénéficiaires. Selon lui, la mesure arrive à point.

Nous, on est face à la situation. On voit clairement la situation. Donc, ce couvre-feu, j’espère qu’il va aider et sensibiliser les gens qui disent que ce n’est pas grand-chose la COVID. Mais nous on voit la situation réelle, explique-t-il.

Et cette situation réelle, c’est le souvenir, ancré dans la mémoire de M. Moutaleb, des personnes qu’il a accompagnées dans la mort dans son CHSLD depuis le début de la pandémie.

À part quelques manifestations, le couvre-feu qui est entré en vigueur samedi soir de 20 h à 5 h pour freiner la propagation de la COVID-19 a été respecté par une majorité de Québécois.

Pour s'assurer que personne ne tentera de violer le couvre-feu, le gouvernement a assorti cette nouvelle mesure d'amendes allant de 1000 $ à 6000 $ pour les contrevenants.

Les nouvelles mesures sanitaires resteront en place jusqu’au 8 février.

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