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Les Houthis yéménites considérés comme « groupe terroriste » par l'administration Trump

Cette décision « est susceptible d'avoir de graves répercussions humanitaires et politiques », prévient l'ONU.

Quatre jeunes hommes marchent dans la rue.

Les forces de sécurité loyales aux Houthis patrouillent à Sanaa.

Photo : afp via getty images / Mohammed Huwais

Agence France-Presse

Classés « groupe terroriste » par les États-Unis, les rebelles houthis au Yémen s'en sont pris lundi à l'administration sortante de Donald Trump, dont la décision fait craindre aux organisations internationales une aggravation de la crise humanitaire dans le pays en guerre.

Les Houthis sont appuyés politiquement par l'Iran, ennemi des États-Unis et grand rival régional de l'Arabie saoudite. Le royaume saoudien, un allié de Washington, est à la tête d'une coalition militaire soutenant le gouvernement yéménite face aux Houthis.

Dimanche, le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a annoncé à 10 jours de la fin du mandat de son administration que les Houthis seraient inscrits sur la liste noire des groupes terroristes. Trois chefs des Houthis sont également inscrits, dont leur dirigeant, Abdel Malek al-Houthi.

Nous condamnons cet acte et nous nous réservons le droit de répondre, a déclaré sur Twitter un haut responsable des Houthis, Mohamed Ali al-Houthi. L'Amérique est la source du terrorisme. La politique et les actions de l'administration Trump sont terroristes.

Le peuple yéménite n'a que faire de toute désignation de l'administration Trump du moment qu'elle est complice du meurtre de Yéménites, a-t-il ajouté.

Le gouvernement yéménite a salué une décision que les rebelles méritaient [...] en raison de leurs efforts permanents pour prolonger le conflit et causer la pire crise humanitaire du monde.

Le royaume saoudien s'est félicité d'une décision qui va dans le sens des appels du gouvernement yéménite légitime à mettre fin aux activités des rebelles.

Des organisations internationales redoutaient que M. Trump ne cherche à frapper un grand coup diplomatique contre l'Iran, avant l'arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden, qui souhaite, lui, renouer le dialogue avec Téhéran.

Une mère avec sa fille souffrant de malnutrition dans un hôpital à Sanaa, la capitale du Yémen.

Le conflit au Yémen entraîne depuis des années de graves cas de malnutrition, comme celui de cette fillette, tenue par sa mère, dans un hôpital de Sanaa.

Photo : Reuters / KHALED ABDULLAH

L'ONU anticipe de graves répercussions

À Sanaa, les habitants redoutent que la décision de Washington n'aggrave leur situation : Ahmed Sinan craint que les civils n'en paient le prix. Les organisations humanitaires cesseront leur travail et l'aide humanitaire diminuera considérablement, alors qu'elle a déjà baissé, précise-t-il.

L'ONU estime aussi que la décision américaine est susceptible d'avoir de graves répercussions humanitaires et politiques, selon son porte-parole, Stéphane Dujarric.

Nous craignons que la désignation ait un impact négatif [sur] les importations de denrées alimentaires et d'autres produits essentiels au moment même où davantage de Yéménites meurent de faim, a-t-il dit.

Dans sa déclaration d'une rare virulence à l'égard des États-Unis, Stéphane Dujarric a aussi affirmé la peur de l'ONU d'un effet préjudiciable sur les efforts visant à reprendre le processus politique au Yémen et polariser encore plus les positions des parties au conflit.

Le Yémen récupère presque toute sa nourriture via des importations commerciales, a insisté le porte-parole.

L'opération humanitaire – la plus importante au monde – ne peut ni remplacer le secteur privé ni compenser les baisses importantes des importations commerciales de denrées alimentaires et autres biens essentiels, a-t-il précisé.

Le risque croissant de famine au Yémen souligne qu'il est impératif pour les États-Unis d'accorder rapidement les licences et les exemptions nécessaires pour garantir que l'aide humanitaire puisse continuer à atteindre toutes les personnes qui en ont besoin à travers le pays sans interruption.

Stéphane Dujarric, porte-parole de l'ONU

L'Iran a condamné la décision américaine, jugeant que la liste noire est un processus qui a perdu sa crédibilité.

À moins que le Congrès ne les bloque, les sanctions anti-Houthis entreront en vigueur le 19 janvier, soit la veille de l'entrée en fonction de Joe Biden.

Mike Pompeo a expliqué qu'il notifierait le Congrès de cette décision. Quelques heures plus tard, des élus américains ont appelé Joe Biden à révoquer la sanction.

Le sénateur démocrate Chris Murphy a dénoncé une condamnation à mort pour des milliers de Yéménites, une décision qui va entraver l'aide humanitaire, rendre des pourparlers de paix quasiment impossibles et renforcer l'Iran.

Un appel similaire est venu du sénateur républicain Todd Young qui avait, comme de nombreux élus américains, exhorté M. Pompeo à ne pas passer à l'acte, alors que le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, où 80 % de la population dépend des aides, est en proie à la pire crise humanitaire du monde selon l'ONU.

Déclenché en 2014 par une offensive des Houthis qui se sont emparés de vastes pans du territoire principalement dans le Nord, y compris la capitale Sanaa, le conflit au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, selon des ONG internationales.

Des gens marchent dans une rue.

Des Yéménites circulent dans une rue d’Aden, ville portuaire du sud du pays, le 17 mai 2020.

Photo : AFP / NABIL HASAN

Une décision vertement critiquée par des ONG

Bien que Mike Pompeo ait promis des mesures pour réduire l'impact de la décision dans le domaine humanitaire, les organisations non gouvernementales (ONG) s'inquiètent aussi.

Le gouvernement américain doit s'assurer que les sanctions n'empêchent pas l'entrée de nourriture, de carburant et de médicaments, a déclaré le directeur au Yémen du Conseil norvégien des réfugiés (NRC), Mohamed Abdi.

Le président du Comité international de secours (IRC), David Miliband, a qualifié la décision américaine de vandalisme diplomatique, appelant au contraire [à] faire pression sur toutes les parties pour qu'elles cessent de prendre les civils en otage.

D'après Save the Children, des milliers d'enfants seront davantage exposés au risque de famine et de maladie, et la décision des États-Unis pourrait ajouter des obstacles à la réponse humanitaire et entraver les efforts pour mettre fin au conflit.

La décision de l'administration Trump risque de punir collectivement tous les Yéménites, en précipitant une famine, tout en faisant peu de mal aux Houthis, si ce n'est de les pousser plus près de l'Iran, souligne Peter Salisbury, de l'International Crisis Group.

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