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Analyse

L’avenir du Parti républicain : la difficile introspection

Le Capitole derrière des drapeaux américains

Les républicains tireront-ils des leçons de leur récente défaite électorale?

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Les démocrates font de l’introspection même quand ils gagnent. Les républicains, au contraire, veulent à tout prix éviter cette introspection, spécialement quand ils perdent. Une tendance qui semble vouloir continuer, même après la défaite du 3 novembre dernier.

Si l'on regarde le passé récent, les républicains n’ont pas de quoi pavoiser. Lors d’élections présidentielles, ils ont perdu le vote populaire sept fois au cours des huit derniers scrutins. Le dernier président républicain à être réélu pour un deuxième mandat a été George W. Bush en 2004. Avant cela, il faut remonter à Ronald Reagan en 1984, soit il y a plus de trois décennies.

Les républicains réussissent mieux au Congrès. Mais ces dernières années, même leurs majorités en termes de sièges à la Chambre des représentants ne venaient pas toujours avec une majorité de voix, le tripotage des cartes électorales – aussi connu sous le nom de Gerrymandering – jouant fortement en leur faveur.

Alors, est-ce que les républicains vont tirer les leçons de leur récente défaite? Si on se base sur l’histoire encore récente, il y a tout lieu de croire que non.

Une étude postélectorale peu suivie

Après la défaite de Mitt Romney devant un Barack Obama qu’il croyait très vulnérable en 2012, le Parti républicain avait, pour une rare fois, commandé une vaste étude pour comprendre un échec qu’il n’avait pas vu venir et se donner des balises pour l’avenir.

Il avait condensé ses résultats dans un document d’une centaine de pages (en anglais) (Nouvelle fenêtre) qui concluait que le parti allait très bien du côté des gouverneurs et des législatures des États, mais qu’au niveau national, c’était très différent.

Ainsi, entre 1992 et 2008, les républicains avaient obtenu, en moyenne, 211 voix au Collège électoral, contre plus de 300 pour les démocrates. M. Trump en a reçu à peine plus, soit 232.

L’étude recommandait de parler moins d’immigration et plus de politiques visant à améliorer la qualité de vie. On disait aussi que le parti ne pouvait pas gagner à long terme dans une société de moins en moins homogène s’il ne faisait pas campagne chez les communautés afro-américaines, hispaniques ou asiatiques.

Si les Hispaniques, par exemple, sont convaincus que les républicains ne les veulent pas aux États-Unis, ils n’écouteront pas le reste de notre discours, y lisait-on.

Un sage conseil que les républicains ont tout de suite oublié quand, en 2016, ils ont choisi le candidat le plus ouvertement anti-immigration de leur histoire : Donald Trump, qui promettait un mur pour empêcher l’immigration des Latino-Américains.

Radicalisation et obstination

Devenu président, il devait trouver du bon monde parmi les manifestants racistes de Charlottesville, au début de son mandat. Et il s’est un jour demandé pourquoi les États-Unis n’accueillaient pas plus d’immigrants de pays comme la Norvège, au lieu de pays de merde (« shitholes nations ») en Afrique. Entre autres…

Sur bien des plans, M. Trump a radicalisé son parti. Au point où George W. Bush passe maintenant pour avoir été un président modéré, mais aussi, dit-on souvent, au point d'être devenu un parti où Ronald Reagan ne pourrait plus se présenter comme candidat républicain tant le camp a changé.

Mitt Romney, aujourd’hui sénateur républicain, avait été battu par cinq millions de voix. On y a vu le signe qu’il fallait repenser la stratégie. Donald Trump a perdu par sept millions de voix et personne, au Parti républicain, n’a l’air de vouloir revoir quoi que ce soit.

Mitt Romney, devant un lutrin, au Sénat, la main sur le bas du visage.

Mitt Romney, seul sénateur républicain à avoir voté pour la destitution de Trump l'an dernier, a condamné sans réserve le président américain.

Photo : Service de télévision du Sénat

Il est vrai qu’on ne demande pas des changements quand on pense qu’on a gagné l’élection présidentielle et qu’on se l’est fait voler, comme le croient la moitié des électeurs républicains. Même la perte des deux sièges de la Georgie au Sénat le 5 janvier dernier – que la plupart des observateurs, y compris bien des républicains, imputent à M. Trump – ne semble pas vouloir susciter beaucoup de remises en question.

Au vote final du Congrès – même après que des émeutiers eurent retardé les procédures par une manifestation violente en forçant leur entrée au Capitole – il y avait encore une majorité de 147 républicains sur 261 qui continuaient d’appuyer la thèse des fraudes électorales contre le président Trump.

Ce n’est pas très étonnant, quand on pense que dans un sondage NBC diffusé quelques jours avant l’élection, 54 % des électeurs républicains disaient qu’ils étaient des partisans de Donald Trump contre 38 % disant être d’abord des républicains.

Depuis trois décennies, depuis que l’ère Ronald Reagan-George H.W. Bush s’est terminée en 1992, les républicains ont choisi d’abandonner le centre pour se radicaliser à droite. Ce n’est pas nécessairement ce que veulent les Américains, mais c'était le choix des électeurs des primaires républicaines, là où l'on choisit les candidats.

Et malgré la défaite de Donald Trump et l’insurrection qu’il a tenté de provoquer avec ce saccage au Capitole il y a quelques jours, rien n’indique encore que le Parti républicain voudra aller dans une autre direction.

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