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Des enseignantes veulent entamer un recours collectif contre Québec

Une femme est assise à un bureau, la tête entre les mains.

Après avoir subi de la violence et du harcèlement dans leur milieu de travail, deux enseignantes ont décidé de lancer un recours collectif contre le gouvernement du Québec.

Photo : getty images/istockphoto

Des enseignantes veulent déposer un recours collectif contre le gouvernement du Québec, dont le ministère de l’Éducation, pour les violences et la discrimination salariale dont elles se disent victimes dans le réseau scolaire. Elles estiment que Québec manque à son devoir en ne leur fournissant pas un milieu de travail sécuritaire et exempt de harcèlement.

C’est un recours collectif afin de reconnaître que la violence en éducation existe, explique Geneviève Groleau, enseignante et instigatrice du recours collectif.

Mme Groleau ainsi qu’une autre enseignante, Héloise Landry, sont à l’origine de cette démarche. Les deux femmes, qui comptent plusieurs années dans le réseau scolaire, disent avoir été victimes de harcèlement et de violence dans leur milieu de travail.

Mme Groleau, qui a enseigné en Outaouais, affirme avoir vécu de la violence verbale en classe, avoir été frappée à multiples reprises par une élève et avoir subi de la violence psychologique de la part des membres de la direction. Depuis, elle a remis sa démission.

Nous au primaire, secondaire, on a beaucoup de violence, que ça soit verbal ou physique, que ce soit du harcèlement, et ça peut provenir des élèves, des patrons ou de nos collègues. Ça peut vraiment prendre différentes formes. Quand on parle de violence dans le monde de l'éducation, on en voit de toutes sortes, dit-elle.

Mme Landry affirme de son côté avoir été victime de harcèlement psychologique tant de la direction que de son syndicat alors qu’elle travaillait dans une école de Montréal. Elle est maintenant en arrêt de travail et est suivie par un psychiatre.

Les deux femmes, qui sont en arrêt de travail en raison des violences qu’elles ont subies dans le réseau scolaire, croient qu’elles ne sont pas les seules à avoir subi ce genre de situations. Elles estiment que plusieurs autres enseignantes du Québec vivent la même chose qu’elles, tant au primaire, au secondaire qu’au niveau collégial. De là l’idée du recours collectif contre le gouvernement du Québec et le ministère de l’Éducation, explique Geneviève Groleau.

Ce qu’on souhaite d’abord, c’est que le gouvernement reconnaisse qu’on a besoin de leur aide, qu’on a besoin de changements pour préserver notre santé, notre bien-être. Et ce qu’on souhaite, c’est qu’un juge puisse reconnaître qu’effectivement la violence existe.

Geneviève Groleau, enseignante et instigatrice du recours collectif

Il faut qu’on s’assure que toute forme de violence soit exclue du milieu de l’éducation pour le bien des enfants, et pour le bien du personnel scolaire aussi, ajoute-t-elle.

Très souvent, la direction encourage les enseignantes à ne pas porter plainte et de passer sous silence ces violences à leur égard, peut-on lire dans la demande d'autorisation déposée en cour. Pourtant, certains incidents sont tellement graves ou répétitifs que les enseignantes ont peur d'entrer dans leur classe et ressentent des chocs post-traumatiques.

Geneviève Groleau déplore le sort réservé aux enseignantes victimes de violence ou de harcèlement. Elle affirme que, trop souvent, le réseau scolaire laisse ces femmes à elles-mêmes sans véritablement d’aide et d’appui.

Si c’est une direction d’école qui fait du harcèlement, c’est la direction générale du centre de service scolaire qui est obligée de trancher. Elle se retrouve juge et partie, dit-elle.

Ce qu’on voudrait, ce sont des instances indépendantes qui pourraient traiter ces plaintes de violence [...] parce que le système en place ne fonctionne pas, poursuit-elle.

Selon les documents déposés par les avocats des enseignantes, entre 2012 à 2015, près de 2300 cas d'agression physique ou de violence psychologique à l’endroit des enseignantes par des élèves ont été identifiés à travers les écoles du Québec.

Jusqu’à 3000 $ de dédommagement

La demande d’autorisation d’action collective a été déposée en cour supérieure. Le tribunal doit déterminer s’il accepte ou rejette la demande des enseignantes.

Les dommages pourraient atteindre jusqu’à 3000 $ par personne. Mais pour les deux femmes à l’origine de la démarche, ce n’est pas une question d’argent. Elles le font avant tout pour que les choses changent dans les écoles, affirme Geneviève Groleau.

On veut une reconnaissance. Et avec cette reconnaissance, on espère que le changement va arriver parce que même en me donnant 2000 $ demain matin, ça ne fera pas en sorte que les prochaines victimes de violences qui vont déposer des plaintes vont être mieux traitées et que le milieu scolaire va être exempt de violence.

On compte plus de 100 000 enseignants dans le réseau scolaire public, dont 70 % seraient des femmes, selon la demande d'autorisation déposée devant le tribunal.

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