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Cacher la vérité à la santé publique : un comportement prévisible, mais évitable

Une employée responsable du traçage de contacts dans son bureau.

Une employée responsable du traçage de contacts dans son bureau

Photo : Associated Press / Mike Moore

Félix Morrissette-Beaulieu

Devant une proportion importante de gens atteints de la COVID-19 qui cachent de l'information à la santé publique, des psychologues nous aident à déconstruire ces comportements pour tenter de les prévenir.

Ça ne me surprend pas, lance la Dre Kim Lavoie, professeure au Département de psychologie de l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale.

Le fait d'être déclaré positif lorsqu'on ne devait pas avoir de contacts suscite instantanément des sentiments de honte et de culpabilité qui influent directement sur l'image de soi, selon la psychologue.

Ainsi, le fait de ne pas déclarer la vérité à la personne au bout de la ligne, ça protège les gens contre ces sentiments négatifs, croit la chercheuse.

Le risque d'avoir donné la COVID-19 à un proche malmène davantage cette image de soi.

C'est très confrontant d'admettre que je n'ai pas agi correctement. Non seulement je suis malade, mais je suis peut-être responsable de l'infection des proches.

Kim Lavoie, professeure au Département de psychologie de l'UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale
Une femme masquée marche sur un trottoir quasi désert à Montréal.

Le Québec enregistre dimanche 2588 nouveaux cas de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La culpabilité, émotion négative par excellence

La honte et la culpabilité sont des émotions négatives des plus fortes. C'est à la base de notre tendance à mentir, renchérit la Dre Lavoie.

C'est donc peu surprenant qu'une personne tente de diminuer ce sentiment pour se protéger.

C'est une émotion qui est très forte, croit aussi la Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l'UQAM.

À la base, la culpabilité nous permet de réparer ce qu'on a fait. Mais elle est difficile à vivre et on peut s'empêtrer. Le mensonge qu'on a dit peut être difficile à avouer, surtout si on se rend compte qu'on a causé du tort à autrui.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l'UQAM

On vient toucher à notre intégrité personnelle, et ça, c'est très difficile à vivre, ajoute la psychologue.

D'autant plus que les personnes qui n'ont pas respecté les règles ne peuvent atténuer cette culpabilité en disant qu'elles n'étaient pas au courant des mesures en place.

Selon une étude menée par la Dre Lavoie auprès de 20 000 Canadiens depuis le début de la pandémie, de 95 à 98 % d'entre eux disent être conscients des règles. Ce n'est pas qu'ils ne savent pas [...] qu'il faut faire le traçage des contacts, précise-t-elle.

Besoins contre culpabilité

Le fait de cacher la vérité à la santé publique est aussi le fruit d'une contradiction entre le désir de combler un besoin et un sentiment de culpabilité, estime la Dre Beaulieu-Pelletier.

Cette contradiction est ce qu'on appelle une dissonance cognitive.

On a des besoins psychologiques fondamentaux qui sont frustrés depuis longtemps. C'est le cas du besoin de relations. À un moment donné, ça devient difficile à tenir. On se dit qu'on va faire une petite exception. Après, on sait bien que ce n’est pas cohérent. On se dit : ''Je veux bien suivre les consignes'', mais on se rend compte qu'on ne les a pas suivies.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l'UQAM

À l'heure du confinement et du couvre-feu, les besoins d'autonomie, de liberté et de relations sont malmenés pour plusieurs.

Plus le besoin [non comblé] est grand, plus on a tendance à rationaliser et à mentir.

Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure associée à l'UQAM
Deux femmes portant un masque dans un bureau.

Des milliers de personnes retracent les contacts des gens infectés par la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Expliquer et éviter d'affronter

Les deux psychologues s'entendent sur les façons d'aider les gens à donner de l'information juste à la santé publique.

L'une d'elles est de déculpabiliser les récalcitrants en utilisant un ton conciliant et informatif.

On n’est pas dans les représailles et il faut le faire comprendre. Dans le ton qu'on utilise ou dans le message qu'on envoie, il faut que ce soit clair [...] pour pouvoir se concentrer sur pourquoi on pose ces questions. Plus on va le faire comprendre, plus ça va aider, croit la Dre Beaulieu-Pelletier.

Il peut aussi être difficile pour quelqu'un d'affronter un agent de la santé publique en lui fournissant les contacts par texto ou par téléphone.

Il faut changer un peu la procédure. Avoir quelqu'un au bout de la ligne qui vous demande d'admettre que vous avez fait la mauvaise affaire, ça augmente le risque que [vous mentiez]. Ça met les gens dans des positions difficiles, croit la Dre Lavoie.

La mise en place d'un registre en ligne anonyme permettrait d'éviter un tel affrontement, selon elle.

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