•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Glace mince : des jumeaux de 79 ans frôlent la mort dans une cabane d’éperlans

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une cabane d'éperlans qui cale dans la glace.

Gilbert Savoie, 79 ans, a eu peur pour sa vie le 9 janvier 2021 lorsqu'il s'est retrouvé prisonnier de cette cabane.

Photo : Avec la gracieuseté de / Rodrigue Haché

Gilbert et Robert Savoie, des jumeaux retraités de 79 ans, pêchent l’éperlan ensemble depuis 40 ans à Lamèque, petite ville de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick. Samedi, alors qu’ils continuaient leur tradition familiale hivernale, leur cabane à pêche a commencé à sombrer sous la glace.

Il était 15 h quand le duo s’est retrouvé submergé dans l’eau gelée du mois de janvier, à 2000 pieds du bord de la côte.

Leur frère Fernand, 75 ans et ancien pompier, pêche alors lui aussi dans une seconde cabane un peu plus près de la côte. Alors qu’il regarde par hasard à l’extérieur, il s’aperçoit avec effroi que la cabane de ses frères jumeaux s’enfonce lentement dans la glace.

Nous autres, dans la cabane, on ne s’apercevait pas, raconte Gilbert.

Gilbert Savoie (à gauche) et son frère jumeau Robert Savoie, le dimanche 10 janvier 2021. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilbert Savoie (à gauche) et son frère jumeau Robert Savoie, le dimanche 10 janvier 2021.

Photo : Avec la gracieuseté de / Gilbert Savoie

Le frère cadet accourt immédiatement avertir ses frères jumeaux. Toutefois, dès qu’il arrive sur place, la glace se brise d’un coup sec. Résultat : la cabane s’effondre, et sept pieds d’eau la submergent.

Encore à l’intérieur de l’habitacle, les frères jumeaux stupéfaits croient pendant une seconde qu’il s’agit de la fin.

L’eau est rentrée assez vite par le trou pour pêcher dans la cabane, se souvient Gilbert. La pression montait, et l’eau allait vers la porte. Mon frère a essayé de passer, mais il restait seulement une petite partie de la porte pour sortir.

Robert, l’eau jusqu’au cou et coincé dans dans l’entrebâillement de la porte, se fait alors tirer par son frère Fernand et un ami, Gabriel Albert, qui tentent désespérément de sauver les prisonniers d'un tombeau assuré.

Moi, j’étais encore pris dans la cabane, mais je me suis dit, il faut que je passe!, dit Gilbert, sur l’adrénaline. Il n’y avait alors, à ce moment, qu’une ouverture de deux pieds pour passer. J’ai forcé Robert pour le pousser, mais il ne passait pas. J’ai passé à côté.

Les deux frères réussissent alors à sortir de l’eau, grâce à l'aide de Fernand et Gabriel.

Sortie de l’eau

Un peu plus tôt dans la journée, un ami des jumeaux était venu ouvrir la porte de leur habitacle pour leur demander si la prise était bonne.

N’ayant pas refermé la porte complètement, la petite ouverture permettra un peu plus tard de sauver les frères jumeaux d’une noyade certaine.

On a été chanceux que la porte était ouverte. Si elle avait été fermée, on n’aurait pas pu l’ouvrir, raconte Gilbert.

Une cabane d'éperlans flotte sur la glace.

La cabane d'éperlans de Gilbert Savoie, le 9 janvier 2021.

Photo : Avec la gracieuseté de / Rodrigue Haché

Robert se dit aussi chanceux que son frère Fernand ait regardé à l’extérieur de son habitacle à ce moment précis. Nous, on est des croyants. On croit qu’il y a quelqu’un au-dessus de nous autres qui nous a sauvés.

Quand tu es dans l’eau et plein d’eau, tu ne peux pas monter sur une glace. C’est impossible. Tu ne touches pas le fond, explique Gilbert.

Lors du sauvetage, Fernand Savoie et Gabriel Albert ont aussi eu chaud. La glace aurait pu défoncer et caler! Il y avait une pesanteur, dit Gilbert.

L’ancien pompier de Lamèque avec 52 ans à son service a toutefois gardé son sang-froid tout le long de la rescousse. Il a immédiatement apporté les deux hommes mouillés jusqu’à la moelle se faire réchauffer sur le champ, dès leur sortie de l’eau.

Au moment de l’incident, une douzaine de cabanes avoisinaient celles des jumeaux. Personne ne s’est aperçu, mentionne toutefois Gilbert, stupéfait.

Un peu plus tard en après-midi, des amis communs sur le même lieu, voyant seulement le toit de la cabane de Gilbert sortir de l’eau, l'appellent au téléphone en panique : ils étaient sûrs que les frères s’étaient noyés. Comment ont-ils pu sortir de là?, ont-ils dit.

Vers 17 h, alors que la marée descend enfin et qu’il n’y a que deux pieds d’eau, la cabane est finalement amenée au bord.

La prudence est de mise en 2021 !

Avec un mois de janvier 2021 un peu moins glacial, la prudence est de mise pour les pêcheurs d’éperlans.

Normalement, la glace a au moins un pied d’épaisseur au mois de janvier, mais cette fois-ci, elle n’était pas dure, car il n’a pas fait froid. On savait, en réalité, que la glace n’était pas solide, admet Gilbert.

Il ajoute que même si le lieu de leur cabane semblait avoir une glace plus mince, elle l’était aussi un peu partout sur la rive. Il est donc primordial pour chaque pêcheur de faire extrêmement attention.

Éperlans sur la glace

L'éperlan est une espèce bien connue des amateurs de pêche.

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

La morale de toute cette aventure-là, qui aurait pu être traumatique, il ne faut jamais aller contre la nature. On a forcé la nature, la glace était mince, il ne faisait pas froid, c’était zéro ou 1, la glace amincissait par-dessus et par en dessous, et notre cabane d’éperlans était assez pesante, ajoute son frère jumeau Robert.

C’est une bonne leçon pour nous autres, et pour les plus jeunes qui commencent la pêche à l’éperlan, ou les plus vieux: soyez prudents. La nature fait son chemin et apporte tout avec elle.

Robert Savoie

En plus de l’épaisseur de la glace, la qualité et la fermeté de la glace peuvent aussi être des facteurs de risque, ainsi que l’eau montante de la marée.

La glace est un élément qu’on ne peut prendre à la légère, ont prévenu les pompiers de Bathurst samedi sur une publication mise en ligne sur Facebook.

La ville de Bathurst, à l'hiver 2021.

La ville de Bathurst, à l'hiver 2021.

Photo : Radio-Canada / Marie-Ève Arsenault

Si vous avez un doute concernant l’épaisseur de la glace, ne prenez aucun risque, trouvez un endroit plus sécuritaire pour pratiquer votre sport.

Si les pompiers de cette région voisine ont lancé l’alerte, c’est que dans la baie des Chaleurs, il n’y a presque pas de glace, une situation exceptionnelle en cette période de l’année.

Un début de janvier trop doux ?

Les données de l’aéroport de Charlo, à 175 km de Lamèque et 77 km de Bathurst, indiquent que le premier tiers de janvier enregistre une température moyenne de -5,5 °C, et la normale climatique pour un mois de janvier est de -12,6 °C de température moyenne.

C’est assez hors du commun d’être de plusieurs degrés comme cela au-dessus des normales, confirme Dominic Martel, météorologue chez Environnement Canada.

Les données de l’aéroport de Charlo indiquent aussi qu’en décembre 2020, il y a eu 15 jours en haut du point de congélation, alors que la moyenne est de 8,5 jours. La température moyenne de ce mois s’élevait à -3,7 °C, alors que la normale climatique est de -7,9 °C degré Celsius.

Une cabane à éperlans sur la glace.

Une cabane à éperlans à Pigeon Hill, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Avec la gracieuseté de / Rodrigue Haché

Selon Dominic Martel, c’est la trajectoire des systèmes climatiques actuels qui est responsable de cette hausse de température. Ça s’est ressenti dans les types de précipitations également, ajoute-t-il.

L’ensemble des Maritimes a eu en effet plus de pluie dans les dernières semaines.

C’est sûr qu’on s’attend à un refroidissement pour la deuxième partie de janvier, mais à date, on est en haut des normales, conclut-il.

D’ici à ce que les températures se refroidissent, la prudence reste de mise pour les friands de la pêche à l'éperlan.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !