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Analyse

Doug Ford en mode réaction après Noël

L’Ontario frôle les 4000 cas quotidiens. Qu'attend le premier ministre ontarien pour resserrer les mesures sanitaires?

Le premier ministre de l'Ontario était visiblement ébranlé lors de son point de presse vendredi. Il regarde la caméra d'un air fatigué et épuisé.

Le premier ministre de l'Ontario était visiblement ébranlé lors de son point de presse vendredi.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Doug Ford avait un ton alarmiste vendredi. La situation sanitaire en Ontario n’est plus seulement préoccupante. Elle « fait peur ». De nouvelles projections sur l’évolution du virus vont nous « faire tomber en bas de notre chaise », pour reprendre les mots du premier ministre.

La province a frôlé les 4000 cas quotidiens. À Windsor, la morgue déborde et des dépouilles s’accumulent dans un fourgon réfrigéré. Au rythme actuel, les hôpitaux se préparent à déclencher des codes orange – une mesure réservée aux désastres.

Pourtant, depuis le retour des Fêtes, la province n’a fait que prolonger les mesures déjà en place : la fermeture des écoles, le confinement. Doug Ford promet de nouvelles mesures extrêmes, mais elles ne seront dévoilées qu’au courant de la semaine prochaine. Idem pour les nouvelles projections.

La maison est en feu, mais Doug Ford semble attendre son médecin hygiéniste en chef pour éteindre les flammes. Le Dr Williams a besoin de plus de temps pour évaluer l’effet du confinement imposé le 26 décembre, me disait vendredi une source proche du premier ministre. L’expert en chef de la santé publique veut étudier une série complète de données, sur deux semaines, avant de formuler ses recommandations.

Après quoi, le cabinet les étudiera et Doug Ford fera une annonce. Pour l’heure, la prochaine réunion du cabinet est prévue pour mercredi. Aucune décision ne doit être prise durant le weekend, nous dit-on.

Une approche à première vue posée et fondée sur la science, mais qui détonne avec l’urgence du moment. Doug Ford a-t-il le luxe d’attendre que son médecin hygiéniste en chef ait deux semaines de données probantes en main pour décider de la suite des choses? Chose certaine, ça permettra au premier ministre de dire que les mesures extrêmes, quelles qu’elles soient, ne viennent pas de lui, mais de la santé publique.

Ses détracteurs lui reprochent d’être en mode réaction. En décembre par exemple, des dirigeants d’hôpitaux ont demandé à répétition un confinement panprovincial, mais il n'est entré en vigueur que le lendemain de Noël.

L’opposition et certains experts réclament aussi depuis des semaines l’amélioration de la ventilation et un dépistage asymptomatique dans toutes les écoles pour éviter de devoir les fermer après Noël. Ces mesures, et le prolongement de l’enseignement virtuel, ont finalement été annoncées jeudi.

Le gouvernement Ford se défend en disant qu’il suit à la lettre les recommandations de la santé publique, même s’il n’a pas hésité à les ignorer cet automne au profit de la relance économique.

À qui la faute?

Comme François Legault, Doug Ford veut ramener à l’ordre la population. Si seulement les Ontariens ne s’étaient pas autant rassemblés durant les Fêtes! Le Dr Williams l’a dit aussi : Si vous vous êtes relâchés durant Noël, c’est le moment de vous ressaisir.

Mais ce raisonnement ne tient pas en compte des failles qui n’ont pas été colmatées à l’automne et qui, une semaine après Noël, menacent de faire basculer le système de santé ontarien. Les bureaux de santé publique n’arrivent pas à tracer une grande partie des cas.

Doug Ford avait promis de remuer ciel et terre pour éviter une nouvelle hécatombe en foyer pour aînés, mais c’est le même scénario qui se dessine. Plus du tiers des foyers de la province signalent des éclosions, et plusieurs, des morts par dizaines. Sa ministre des Soins de longue durée Merrilee Fullerton, qui a attendu fin décembre pour dévoiler une stratégie de recrutement, s’est défendue en disant qu'il ne suffit pas de simplement claquer des doigts pour faire apparaître du personnel.

Initialement, au retour des Fêtes, Doug Ford a semblé plus préoccupé par la ligne d’arrivée. Il a participé à la querelle publique entre Ottawa et les provinces sur la distribution des vaccins, pour ensuite se raviser. Il s’est aussi acharné à mettre en place un programme de dépistage à l’aéroport Pearson dans l’espoir de réduire le temps de quarantaine.

Doug Ford observe une infirmière qui s'apprête à administrer un vaccin contre la COVID-19 à Toronto.

Doug Ford observe une infirmière qui s'apprête à administrer un vaccin contre la COVID-19 à Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le premier ministre ontarien a finalement changé de ton après avoir vu de nouvelles projections qu’il qualifie d’épouvantables. Ça ne surprend personne. Les taux de positivité chez les enfants de moins de 13 ans ont bondi (Nouvelle fenêtre) depuis Noël, ont révélé des sources gouvernementales jeudi.

Est-ce que l’Ontario se dirige vers un couvre-feu? Doug Ford n’écarte pas l’idée, mais ne l’aime pas non plus. C’est une mesure digne d’un état policier, selon lui, surtout si son efficacité n’est pas prouvée.

Reste que l’Ontario a besoin de son propre traitement choc. Le confinement actuel est une version édulcorée de celui qui était en place au printemps. Le premier ministre veut à tout prix éviter de mettre davantage l’économie sur pause, mais il commence à manquer de cartes dans son jeu.

Il a déjà prolongé l’enseignement en ligne pour la majorité des élèves. Les données provinciales démontrent qu’après les foyers pour aînés, ce sont les lieux de travail, comme les secteurs manufacturier et de la transformation des aliments, qui sont les principaux foyers d’éclosion. Bien plus que les écoles.

Doug Ford croit peut-être que la pilule est plus facile à avaler quand ce sont ses experts qui portent l’odieux de la présenter à la population. C’est le Dr Williams et le Dr Dirk Huyer – coordonnateur provincial de l'intervention en cas d'éclosion – qui ont expliqué aux Ontariens, jeudi, pourquoi leurs enfants devaient rester à la maison. Et ce seront eux qui leur présenteront les nouvelles projections catastrophiques la semaine prochaine.

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