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La COVID-19 a été la 3e cause de décès au pays en 2020

Les décès provoqués par le coronavirus arrivent derrière ceux dus aux cancers et aux maladies cardiovasculaires pour l’année qui vient de s’écouler.

Un ambulancier dépose un drap blanc sur une civière.

La surmortalité due à la COVID-19 a été élevée en 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mathieu Gobeil

La COVID-19 est venue ajouter plus de 15 000 décès au Canada, dont environ 8000 au Québec, en 2020. Ce qui fait de cette nouvelle maladie la troisième cause de décès l’an dernier, confirment des experts.

Au Canada, ces dernières années, on a dénombré annuellement près de 80 000 décès attribuables aux cancers et 50 000 décès dus aux maladies cardiovasculaires. Il s’agit là des deux premières causes de mort au pays (Nouvelle fenêtre).

Se retrouvent ensuite les accidents, les maladies cérébrovasculaires et les maladies chroniques des voies respiratoires, avec environ 13 000 décès annuellement dans chaque catégorie.

Année funeste s’il en est une, 2020 a vu la COVID-19 se placer au troisième rang des causes de décès, avec 15 600 morts au pays, lorsqu’on compare ce bilan aux décès de l’année 2019 comme référence.

Et il est clair aux yeux des experts en santé publique que sans toutes les interventions faites pour freiner la propagation de la maladie, le bilan des victimes aurait été nettement plus élevé, comme on le craignait au début de la pandémie.

Nous aurions eu probablement le double, sinon le triple du nombre de morts si nous n’avions pas mis en place les mesures de santé publique.

Laura Rosella, professeure agrégée d'épidémiologie à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto

On a même pu voir l’impact sur la mortalité que peut avoir un simple retard dans l’application des mesures sanitaires. J’estime donc que les mesures ont permis de réduire de 50 % à 70 % le nombre de décès dus à la COVID-19 dans l’année, dit Laura Rosella, professeure agrégée d'épidémiologie à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto.

Ces décès dus à la COVID-19 se sont surtout concentrés au printemps, lors de la première vague, qui a fait des milliers de morts dans les CHSLD, bien qu’une hausse marquée et soutenue des décès soit notée depuis les dernières semaines de 2020.

Les Canadiens qui contractent la COVID-19 sont proportionnellement beaucoup moins nombreux à en décéder qu’au printemps, ce qui en soi est une bonne nouvelle pour les experts.

Dans un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publié en fin d’année, on calculait que la létalité (la portion de décès parmi tous les cas) avait atteint 14 % pendant quelques semaines en avril et mai, pour diminuer à 1 % au courant de l’été, un taux qui se maintient jusqu’à présent.

[Cette baisse marquée de la létalité], on l'observe dans les différents groupes : chez les personnes âgées, chez les personnes plus jeunes, chez les résidents des CHSLD, chez les personnes hospitalisées, et on continue à regarder les choses. Donc ça, c’est la bonne nouvelle. Mais, par contre, il y a maintenant plus de cas. Ça, c'est l'envers de la médaille, constate la Dre Rodica Gilca, spécialiste en santé publique et médecine préventive à l’INSPQ.

Une des raisons qui expliqueraient la baisse globale de la létalité est un effet d’âge : en proportion, moins de personnes âgées sont atteintes maintenant, comparativement au début de la pandémie, explique la Dre Gilca. On sait que les citoyens les plus âgés sont les plus vulnérables au virus.

Aussi, la meilleure préparation des milieux de soins et la meilleure prise en charge contribuent à cette baisse de la létalité, avancent les experts comme hypothèse.

Les cliniciens sont d'accord qu'on a appris à mieux soigner les patients, même s'il n'y a pas de traitement spécifique pour le moment, mentionne Rodica Gilca.

Cela ne veut pas dire que le virus en soi est moins létal, mais qu’on protège mieux les plus vulnérables, certainement dans la seconde vague, même si on observe encore des éclosions dans les centres de soins de longue durée. Donc ces efforts font une grosse différence, explique quant à elle Laura Rosella. Et dans les hôpitaux, les soignants qui travaillent aux soins intensifs font un travail exceptionnel. Ils apprennent très rapidement, ajoute-t-elle. Et les soins cliniques se sont améliorés aussi. Alors tous ces facteurs aident.

La maladie frappe durement les aînés

Les décès attribuables à la COVID-19 se sont concentrés dans les tranches plus âgées de la population. Au Québec, durant la première vague, presque 90 % des décès étaient constatés chez des personnes de 70 ans et plus, dont la plupart vivaient en CHSLD. Maintenant, ces décès, bien qu’ils soient toujours concentrés dans le même groupe d’âge, sont plus également répartis entre CHSLD, RPA et à domicile.

De plus, 97 % des personnes décédées de la COVID-19 au Québec dans les premiers mois de la pandémie avaient une ou des comorbidités, les plus prévalentes étant les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète et l’anémie.

L’accumulation de comorbidités multiplie les risques de mourir de la COVID-19, comme l’ont calculé des experts de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre), et cet effet est particulièrement marqué chez les moins de 60 ans. Par exemple, chez un cas confirmé de la COVID-19 âgé de moins de 60 ans, vivant à domicile et ayant une seule comorbidité, le risque de décès est 5 fois plus élevé que pour un cas sans comorbidité d’âge identique. Mais cela ne veut pas dire que la ou les comorbidités ont été la cause du décès, ou que ces personnes seraient mortes de toute façon, précise le biostatisticien Marc Simard, de l'INSPQ.

Une surmortalité exceptionnellement élevée

D’après les données de l’ISQ (Nouvelle fenêtre), le Québec a connu une surmortalité de l’ordre de 11 % pendant les neuf premiers mois de 2020, par rapport aux années précédentes, ce qui est exceptionnel. Dans l’ensemble du Canada aussi, l’effet du coronavirus a été très évident sur le nombre total de décès.

La surmortalité est un concept complexe, tient à préciser Rodica Gilca. Il s’agit d’une comparaison du nombre de morts dans l’année en cours, par rapport à une fourchette de « décès attendus » en prenant comme référence les années précédentes.

Il est préférable de procéder ainsi, car il y a toujours des variations de la mortalité d’une année à l’autre, explique-t-elle. Les plus grandes variations sont dues notamment à l’intensité de la grippe saisonnière, qui peut être très grave certains hivers et entraîner plusieurs centaines de décès. En 2020-2021, exceptionnellement, la grippe est pratiquement absente, un fait particulier dont doivent tenir compte les experts.

On a toujours une plus grande mortalité durant la saison d'hiver. Il y a la grippe, mais il y a aussi d'autres virus, et aussi d'autres facteurs comme la température, les problèmes environnementaux, la pollution, les vagues de chaleur pendant l'été. Donc, tout ça joue. Et puis il y a les changements dans la population, car on sait que la population vieillit au Québec. Il y a de plus en plus de personnes plus âgées, indique Rodica Gilca.

On voit un graphique qui représente les décès par semaine au Québec de 2010 à 2020. On y distingue le pic provoqué par la première vague de la COVID-19.

La surmortalité en 2020, principalement attribuable à la COVID-19, apparaît clairement dans ce graphique de l'ISQ. L'année 2020 est représentée par la ligne noire. On distingue le pic de la première vague.

Photo : Institut de la statistique du Québec

Les décès augmentent d'à peu près 1,5 % par an au Québec depuis 2010. C'est lié essentiellement au vieillissement de la population, renchérit Robert Bourbeau, professeur émérite de démographie à l’Université de Montréal.

Alors, l’année 2020, c’est exceptionnel. On n’a jamais vu ça, une augmentation de la mortalité de cet ordre-là, de plus de 10 %, depuis la grippe espagnole de 1918-1920.

Robert Bourbeau, professeur émérite de démographie à l’Université de Montréal

Les décès par COVID-19 expliquent la grande majorité – pas totalement – mais une très, très forte proportion des décès en excès, poursuit M. Bourbeau.

Comme l’expliquent les experts interrogés, les décès dus à la COVID-19 en 2020 sont des morts qui s’ajoutent presque entièrement aux décès attribuables à d’autres causes. On ne constate pas d’effet de remplacement notable – ce que les démographes appellent un effet de moisson, soit un épisode de surmortalité qui est suivi, dans les semaines ou les mois d’après, d’un épisode de sous-mortalité.

Oui, pour un certain nombre de décès, on peut penser que les gens seraient décédés au cours de l’année. Mais il n'en reste pas moins que ces personnes-là, en 2020, sont décédées de la COVID-19, dit Robert Bourbeau.

Par ailleurs, selon tous les experts consultés, le nombre de décès attribués à la COVID-19 dans chaque province est comptabilisé de façon très précise. Dans certains cas, un décès qui s’est vu attribuer comme cause principale la COVID-19 a pu être provoqué par une autre cause (les morts étant souvent multifactorielles), mais ces erreurs sont minimes, estime Laura Rosella.

Et il ne faut pas oublier qu’un certain nombre de décès dus à la COVID-19 ne seront jamais pris en compte dans les statistiques officielles. Par exemple, des personnes décédées seules chez elles de la COVID-19 n’auront jamais été testées ni reliés épidémiologiquement. Mais globalement, ces situations ne changeraient pas beaucoup le total officiel des décès COVID, continue-t-elle.

Le report de chirurgies et de traitements aura un impact

Outre les décès dus à la COVID-19, la pandémie a engendré d’autres effets qui peuvent se refléter dans le bilan de mortalité annuel. Certains de ces effets se sont possiblement produits en 2020, d’autres continueront à se manifester en 2021.

On peut penser qu'il y aura des augmentations dans certaines maladies, à cause du retard dans la prévention, le diagnostic, le traitement, explique Rodica Gilca. On n’a qu’à penser aux diagnostics de cancers qui ne seront pas effectués, au report de chirurgies, et aussi au fait que des gens ont évité de se rendre à l’hôpital.

Pour toutes ces raisons, on constatera peut-être plus tard une hausse de la mortalité liée aux cancers, aux maladies du cœur, aux AVC et aux complications du diabète, entre autres, précise quant à elle Laura Rosella.

Il y a aussi une augmentation de la criminalité, surtout la violence familiale, ainsi que les suicides. Et ça, ça a été rapporté par plusieurs pays. On note aussi plus d'utilisation d'alcool et de drogue. Ce sont donc des causes qui pourraient augmenter la mortalité de base, poursuit Rodica Gilca.

Mais en même temps, il peut y avoir des diminutions, parce qu'à cause du confinement, il y a eu l'arrêt des entreprises, donc moins d'accidents, moins de pollution environnementale, et ça aussi, c'est rapporté un peu partout dans le monde.

Il faudra aussi surveiller les effets à moyen et long terme de la forme grave de COVID-19 sur la santé des gens qui l'ont contractée, dit quant à lui Robert Bourbeau. Beaucoup d'inconnues demeurent à ce sujet.

Et malheureusement, le pire de la pandémie est encore à venir pour ce qui est des décès, estime quant à elle Laura Rosella.

Si leur diffusion se déroule comme prévu, les vaccins viendront heureusement amoindrir le bilan de la mortalité due à la COVID-19 en 2021.

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