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Human Capital : neuf artistes critiquent les politiques de l'immigration au Canada

Trois images hautement colorées de produits que l'on peut trouver dans un magasin à un dollar: des décorations de Noël, des pompons en plastique, et de la marchandise à l'effigie du drapeau canadien.

L'artiste Shellie Zhang propose trois images tirées de sa série Means of Exchange. Ses photographies de produits achetés en Chine illustrent les liens entre culture, nationalisme et commerce mondial.

Photo : Raphaële Frigon

Le Musée d’art MacKenzie de Regina présente Human Capital du 17 décembre au 18 avril. L'exposition propose le travail de neuf artistes. Leurs œuvres parlent de l'impact des politiques d'immigration du Canada, et du rôle que l'immigration joue dans la formation de l'identité canadienne.

Le sujet de l’exposition tient profondément à cœur au commissaire Tak Pham. Ayant lui-même immigré au Canada à un jeune âge, il dit bien connaître les dangers, les barrières et les sacrifices auxquels on est confronté pour venir et rester dans ce pays.

Les politiques d'immigration du Canada ont toujours été orientées vers la maximisation des contributions économiques

Tak Pham, commissaire au Musée d’art MacKenzie
Deux personnes noires, dans un champ, vêtues d'une combinaison évoquant le football sont jointes par de longues chaines qui forment une sorte de cape.

La série Deeper the Wounded, Deeper the Roots de l'artiste Esmaa Mohamoud est une métaphore visuelle pour illustrer l'expérience du travail des Noirs.

Photo : Raphaële Frigon

Depuis la construction du chemin de fer

Pour Tak Pham, le pays lui-même doit son existence au travail d’une immigration invisible. Une grande partie de l'histoire de la fondation du Canada est axée sur la construction du chemin de fer d'un océan à l'autre, mais on ne mentionne que rarement ceux qui ont construit ces rails, affirme le commissaire.

Quelques vases en céramique sur lesquels on peut voir des images d'une famille chinoise. En arrière-plan on peut voir la projection d'une image d'un chemin de fer.

Le travail de Jeannie Mah avec la porcelaine évoque une tension entre l'art décoratif et la nature de l'objet pratique.

Photo : Raphaële Frigon

Son exposition permet donc au visiteur de découvrir le travail de l’artiste saskatchewanaise Jeannie Mah. Son œuvre, intitulée Train : Les arrivées, est une installation qui combine sculptures en céramique et projections. On peut y voir des images de la famille de l’artiste sur des vases en porcelaines. En l'arrière-plan, elle fait projeter des images de travailleurs chinois qui ont construit le chemin de fer au Canada.

Ce sont des photos d’archives des ouvriers de la compagnie du chemin de fer du Canadien Pacifique (CPR), des images touchantes, explique-t-elle. L’histoire de ces ouvriers est une histoire oubliée aujourd'hui, beaucoup de vies ont été perdues durant la création du chemin de fer au Canada, surtout en Colombie-Britannique où ce sont les Chinois qui ont dynamité les montagnes, nombre d'entre eux en sont morts, poursuit-elle.

Je voudrais montrer qu’il existe toutes ces histoires perdues

-Jeannie Mah, artiste céramiste

Elle explique que son père est venu au Canada à l'âge de 12 ans malgré la taxe d'entrée qui était imposée aux Chinois à l’époque. Je ne peux pas m'imaginer que tout un village a récolté cet argent pour permettre à un enfant de venir au Canada. C’est triste, toute sa vie il a gagné de l’argent pour payer sa dette au village, confie-t-elle.

Et le plus triste, c’est qu'aujourd'hui nous n'avons même plus de train à Regina. On a commencé avec un grand rêve, et après on a détruit tout ça, souligne-t-elle.

Au Programme des travailleurs étrangers temporaires

L'exposition est aussi l’occasion pour le Musée d’art MacKenzie de présenter le film Migrant Dreams de la documentariste Min Sook Lee. Le long métrage prend le point de vue de travailleurs agricoles migrants engagés dans une lutte contre les injustices du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) au Canada.

Selon la réalisatrice, le PTET ne constitue rien de moins qu’une forme de servitude. Elle soutient que selon les règles de ce programme le statut des employés au Canada est lié à leur employeur, une emprise qui est souvent la source d’abus.

Entre l’immigration chinoise pour construire le chemin de fer pancanadien, et le PTET, les choix du commissaire Tak Pham tissent une trame amère.

Présentée au Musée d’art MacKenzie de Regina du 17 décembre au 18 avril, l'exposition Human Capital nous force à nous demander ce que notre pays perd quand l’immigration est jugée par son apport économique potentiel.

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