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Analyse

La tâche des républicains : ramener le parti à la réalité

L'édifice du Capitole à Washington sous un ciel gris.

Les responsables démocrates au Congrès devaient rencontrer lundi soir des représentants de l'administration Trump pour discuter de cette question.

Photo : Associated Press / Susan Walsh

La tâche a commencé quelques heures à peine après que des partisans de Donald Trump eurent saccagé le Capitole, en ne comprenant pas la portée d’attaquer cet édifice, que la majorité des Américains voient comme le symbole de leur démocratie. Un endroit si sacré que, s’il veut y entrer, le président des États-Unis doit demander la permission.

Quand il a chauffé à blanc une foule déjà surexcitée et qu’il l’a invitée à marcher sur le Capitole, Donald Trump est devenu toxique au sein même de son parti. Il n’était soudainement plus fréquentable.

Même l’obséquieux Lindsey Graham, auparavant meilleur ami de Donald Trump au Sénat, a lâché ce dernier en disant qu’il avait fait un grand bout de chemin avec le président, mais que maintenant, assez, c’est assez. Il faut dire que M. Graham est un expert dans l’art de se retrouver toujours du bon bord.

Mais M. Graham a aussi commencé à poser les bases de la nécessaire reconstruction du Parti républicain : recommencer à vivre dans la réalité plutôt que dans le monde des faits alternatifs et des mythes de Donald Trump.

Le mythe de l’élection volée

Il a commencé dès mercredi soir en dégonflant le mythe qui a amené à Washington tous ces partisans de Donald Trump : qu’ils se sont fait voler une élection que leur candidat avait pourtant gagnée haut la main.

Quiconque connaît la complexité d’une élection dans une démocratie moderne sait qu’il peut y avoir de petites tricheries ici et là, mais qu’une fraude de l’ampleur qui aurait permis au président Trump d’être défait serait tout simplement impossible à réaliser sans se faire prendre.

Dans un discours d’à peine cinq minutes, le sénateur Graham a commencé à remettre les pendules à l’heure : Ils ont dit qu’en Georgie, 66 000 personnes de moins 18 ans avaient voté illégalement, personne ne peut croire ça. Alors je leur ai demandé : "Donnez-moi 10 noms", je n’en ai eu aucun. Ils ont dit qu’en Arizona, 8000 prisonniers avaient voté depuis leur prison, je leur ai demandé : "Donnez-moi 10 noms", je n’en ai pas eu un seul. Ils ont dit qu’il y a toujours des problèmes dans les élections, je ne suis pas convaincu. Assez, c’est assez. Il faut que ça s'arrête.

Lindsey Graham prononce un discours.

Le sénateur Lindsey Graham avait été jusqu'à présent un fidèle ami de Donald Trump.

Photo : Reuters / SAM WOLFE

Il est vrai que la question de la fraude électorale a été soumise à pas moins d’une soixantaine de tribunaux et que pas un seul vote illégal n’a été prouvé devant les juges, même ceux nommés par le président Trump.

À la Chambre des représentants, un autre républicain, Chip Roy du Texas, a utilisé une autre technique pour montrer l’hypocrisie de son parti : il a contesté l’élection de 67 de ses collègues en disant que, si le résultat de l’élection présidentielle était vicié, leur élection sur le même bulletin de vote ne pouvait que l’être elle aussi. Il ne s’est pas fait d’amis, mais le message est passé.

Détrumpiser

Le Parti républicain doit se reconstruire et donc accepter de se détrumpiser, de devenir autre chose que le véhicule politique d’un seul homme comme il l’a été au cours des quatre dernières années.

Ce sera difficile. Mais les républicains du Congrès savent aussi que c’est le refus de Donald Trump de reconnaître le résultat de l’élection qui leur a fait perdre les deux sièges républicains de la Georgie au Sénat qu’ils détenaient depuis des décennies.

Il faut aussi mentionner la dignité du vice-président Mike Pence, qui a refusé les théories farfelues selon lesquelles il aurait eu le droit de renverser le verdict des urnes – et qui a donc annoncé sa propre défaite et assistera, dit-on, à l’investiture de Joe Biden pour montrer que la démocratie américaine est au-dessus des partis.

Cette dignité doit se traduire par un certain retour à la civilité dans les débats politiques. Dès le lancement de sa campagne à la présidence, il y a six ans, Donald Trump s’est démarqué par ses attaques personnelles. « Little Mario » (Rubio), « Low Energy Jeb » (Bush), « Lyin’ Ted Cruz » ou, bien entendu, « Crooked Hillary » (Clinton).

Sous Trump, tous les écarts de langage semblaient permis, on peut croire qu’un peu de retenue permettra le retour à un débat politique plus utile.

Dans une vidéo de deux minutes et demie dévoilée jeudi soir, le président Trump admettait qu’il y aurait une nouvelle administration le 20 janvier, sans jamais admettre la victoire électorale de Joe Biden ni mentionner le nom de ce dernier. C’était le minimum requis pour quitter Washington avec un minimum d’honneur. Le service minimal qui aurait pu être fait il y a deux mois, au soir de l’élection.

Mais la reconstruction du Parti républicain reste à faire. Et elle passera par une longue et difficile transition vers un retour à la réalité. Même quand certains de ses membres ne pourront résister à la tentation d’essayer de récupérer une partie de la base militante des partisans de Donald Trump – comme certains ont déjà commencé à le faire.

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