•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prise du Capitole : au nord de la frontière, des Canadiens s’inquiètent

Des partisans de Donald Trump à l'assaut du Capitole.

Des partisans de Donald Trump à l'assaut du Capitole à Washington, le 6 janvier 2021

Photo : Reuters / SHANNON STAPLETON

Nicolas Haddad

L'irruption de centaines de partisans de Donald Trump dans le Capitole de Washington, mercredi, a suscité de vives réactions de notre côté de la frontière.

Alors que certains se demandent si de telles violences idéologiquement motivées pourraient survenir au Canada, d’autres estiment que le gouvernement canadien devrait intervenir immédiatement pour redresser l’effritement du décorum et du respect politique légué par le 45e président des États-Unis à son successeur Joe Biden.

M. Trump a disloqué le tissu social, explique Michel Juneau-Katsuya, un ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) devenu expert en sécurité nationale.

Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS)

Photo : Radio-Canada

Ce qu'on a observé hier, c'est la dissolution de toutes ces [contraintes] fondamentales pour la conversation politique démocratique, précise-t-il.

Il estime que Donald Trump a réussi à investir sa base très conservatrice d’une mission très importante, quasi céleste ou divine, de vouloir sauver une image ou une idée d'une Amérique qui leur est propre, et qui n’a pas nécessairement à faire avec l'Amérique de la grande majorité.

Il craint que les États-Unis ne sombrent dans un terrorisme intérieur à la suite de la radicalisation de tels individus et se demande s'il y aura un effet d'entraînement au Canada.

Des gens grimpent une façade en pierre autour du Capitole.

Des partisans du président Donald Trump ont été prêts à escalader les murs entourant le Capitole afin de faire entendre leur message.

Photo : Associated Press / Jose Luis Magana

Beaucoup [de Canadiens], particulièrement ceux qui parlent anglais, suivent ce qui se passe aux États-Unis, sont sur les réseaux sociaux conspirationnistes et suivent les réseaux d'extrême droite qui entretiennent un discours révolutionnaire. Si on a des gens qui veulent s'insurger avec l'idée qu'ils défendent leur pays et leurs valeurs fondamentales, tous les comportements sont possibles et plausibles.

La retenue et le décorum que l’on avait se sont effrités. On se permet maintenant des choses qui ne seraient pas permises avant.

Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité

Il cite en exemple les agressions verbales et quasi physiques contre des élus canadiens et des journalistes survenus l’an dernier sur la colline du Parlement.

Le comportement des forces de l’ordre jugé incohérent

Selon une des cofondatrices de Black Lives Matter (BLM) au Canada, Sandy Hudson, les forces de l’ordre présentes à Washington D.C. auraient réagi plus agressivement si les manifestants qui ont pris d'assaut le Capitole américain n’avaient pas été des partisans du président américain Donald Trump.

Je tiens à être très claire que, si c'étaient des manifestants de Black Lives Matter, je pense que cela aurait été un massacre, a-t-elle déclaré en entrevue à CBC News. Je pense que nous serions tous morts.

Une jeune femme noire de profil marche devant une ligne de policiers militaires en tenue antiémeute.

Une manifestante devant la Maison-Blanche bouclée par des policiers, à la fin du printemps dernier.

Photo : Getty Images / Jose Luis Magana

Mme Hudson a précisé qu'elle s'était entretenue, mercredi, avec d'autres membres du mouvement BLM qui étaient sur le terrain à Washington et qui ont vu des émeutiers prendre d'assaut le Capitole. Ils lui auraient dit que les responsables de la sécurité ont fait preuve d'une retenue inhabituelle contre les personnes qui ont fait irruption dans le complexe.

Pour Justice Gruben, un Wolastoqiyik de la Première Nation de Pilijik (Kingsclear, en anglais) au Nouveau-Brunswick, les discours politiques haineux et clivants qui ont conduit à la prise du Capitole ont déjà eu des conséquences au Canada.

Justice Gruben tient un poisson.

Justice Gruben est un jeune étudiant wolastoqiyik de Pilijik (Première Nation de Kingsclear), au Nouveau-Brunswick.

Photo : Avec l'autorisation de Justice Gruben

La preuve en est, selon lui, que les personnes blanches ne semblent pas avoir peur de la police.

Il évoque la crise survenue cet automne dans la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, après que la Première Nation micmaque de Sipekne'katik eut lancé sa saison de pêche au homard autogérée dans le sud-ouest de la province.

Lors d’un conflit entre travailleurs maritimes, des pêcheurs autochtones ont été victimes de gestes, parfois violents, qui avaient pour but d’empêcher cette pêche ou de les intimider.

Le véhicule en flammes en pleine nuit.

Une fourgonnette appartenant à un pêcheur autochtone qui avait été incendiée à Pubnico Ouest, en Nouvelle-Écosse, il y a quelques mois.

Photo : Facebook/Riley Howe

On leur envoyait des projectiles, un quai a été incendié, certains ont eu leurs bateaux vandalisés, rappelle-t-il.

Aujourd’hui, les gens sont vraiment prêts à défendre leurs croyances. Ils sont prêts à tout faire pour protéger leurs idéologies et leurs identités. C’est Trump qui a créé cette plateforme et ce confort [avec la violence] ici au Canada, estime M. Gruben.

Un scénario similaire possible au Canada ?

Quand j'entends dire des gens que ce n'est pas comme au sud de la frontière ici, je ne suis pas du tout d'accord, lance pour sa part Meryam Haddad, une avocate en immigration montréalaise et ancienne candidate à la chefferie du Parti vert.

Portrait de Meryam Haddad.

Meryam Haddad est une avocate en immigration résidant à Montréal. En 2020, elle était candidate à la chefferie du Parti vert.

Photo : Gracieuseté de Meryam Haddad

Plus ça va aller mal économiquement, plus il va y avoir des gens qui sont désespérés et qui vont élire des gouvernements d'extrême droite, ou voter pour des gens d'extrême droite qui ont été ‘’libérés’’ par Trump, indique-t-elle.

C'est se mettre la tête dans le sable de dire que ça ne se passe pas au Canada. Ça ne fait que promouvoir la continuation du privilège blanc et de la suprématie blanche.

Meryam Haddad, avocate en immigration et ancienne candidate à la chefferie du Parti vert

Montrant du doigt des institutions comme les services de police ou les Forces armées canadiennes (FAC), elle souligne qu'il y a un racisme systémique en Amérique du Nordtoutes les institutions ont été créées avec une idée de suprématie blanche.

Elle évoque la présence confirmée de nombreux membres de groupes d’extrême droite dans les FAC, ce qui en septembre 2020 avait poussé le lieutenant-général Wayne Eyre à déclarer qu’il prévoyait donner un ordre spécial aux unités de l’armée à travers le pays qui serait une directive explicite sur la façon de traiter les soldats soupçonnés de conduite haineuse et d’extrémisme.

Pour Meryam Haddad, le gouvernement de Justin Trudeau n’a pas eu des propos assez fermes à l'encontre de tout ce qui a été fait par Trump au sud de la frontière, ce qui a encouragé des Canadiens à s’inspirer des évènements et des propos exportés des États-Unis par le biais d’Internet et des réseaux sociaux.

Un homme portant un drapeau sur lequel est imprimée la lettre Q pour QAnon.

Un partisan du mouvement complotiste d'extrême droite, QAnon, devant des manifestants pro-Trump à Philadelphie, en novembre 2020.

Photo : AFP / OLIVIER TOURON

Il y a plein d'adeptes de QAnon au Canada, je sais qu'au Québec ils sont assez importants. Il y a même eu des manifestations pro-Trump hier à Vancouver et à Toronto, souligne-t-elle, en ajoutant que le gouvernement a un devoir d’agir contre ces groupes et de protéger les communautés marginalisées.

Même son de cloche chez l’expert en sécurité nationale Michel Juneau-Katsuya, qui estime que le gouvernement se doit d'avoir un contre-discours très fort envers ceux qui auraient été inspirés par la remise en doute du système démocratique américain par Donald Trump.

On se doit d'instruire les policiers à être plus sévères. On ne doit pas tolérer et laisser les grandes marges de manœuvre qu'on avait avant sous le libellé de la liberté d’expression. Il y a des limites qui sont bien encadrées et définies par le Code criminel.

Selon M. Juneau-Katsuya, nos procureurs de la Couronne, certains doivent [avoir] une colonne vertébrale pour faire des poursuites en cour et démontrer que le gouvernement est déterminé à protéger notre société démocratique.

Avec des informations de CBC News

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !