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Un homme atteint de cancer poursuit son médecin pour retard de diagnostic

Un homme et une femme sur un bateau.

Jocelyn Blouin et Blandine Bérubé.

Photo : Courtoisie

Le cancer du poumon de Jocelyn Blouin n'a été diagnostiqué qu'en décembre 2017, alors qu’un an plus tôt, une radiographie montrait déjà la présence d’une masse inquiétante. Une découverte fortuite qui ne lui avait pourtant jamais été communiquée. Confronté à un pronostic très sombre, il poursuit le Dr Ghislain Nourissat et le CHU de Québec.

Déjà, quand on apprend qu’on a un cancer, on est bouleversé, mais de l’apprendre un an plus tard, on est atterré, laisse tomber Jocelyn Blouin.

Le 21 décembre 2017, en plus de recevoir un diagnostic de cancer, Jocelyn Blouin a appris que sa tumeur sur le poumon droit était déjà visible sur une radiographie passée en octobre 2016 lors d’un séjour à l’Hôpital Saint-François d’Assise, un établissement du CHU de Québec.

Je pense qu'il y a eu négligence quelque part pour que mon dossier soit oublié comme ça pendant un an de temps. C'est une très grosse négligence qui amène des très grosses conséquences.

Une citation de :Jocelyn Blouin

À la lecture de la demande introductive d’instance, on apprend que la masse a gagné 2 centimètres en un peu plus d’un an. Le cancer s’est ensuite répandu à d’autres organes.

La conjointe de Jocelyn Blouin peine encore à y croire, trois ans plus tard. C'est comme un peu invraisemblable , lance Blandine Bérubé. Tu n’en reviens pas. Tu te dis : "Qu'est-ce qui nous tombe sur la tête tout d'un coup?"

Tu es victime d'une erreur, au niveau moral, physique. Financier aussi, ça a un impact il ne faut pas se le cacher.

Une citation de :Blandine Bérubé
Un homme et une femme debout devant un cours d'eau.

Jocelyn Blouin et sa conjointe, Blandine Bérubé.

Photo : Courtoisie

Le couple venait de déménager dans le Bas-Saint-Laurent, la région natale de Blandine Bérubé.

C’était pour la retraite à Jocelyn, notre plan de retraite, l’avenir, dit Mme Bérubé. Mais il n’y en a pas d’avenir, répond du tac au tac Jocelyn Blouin.

Bien au-delà des 485 000 $ qu’il réclame, le couple s’est tourné vers les tribunaux pour comprendre ce qui s’est passé et sensibiliser les gens à l’importance de s’enquérir des résultats de tous leurs examens médicaux.

Ce sont [les médecins] des humains comme vous et moi, qui font un bon travail, mais des fois, il y a des erreurs qui doivent être réparées, affirme Blandine Bérubé, espérant que quelqu’un reconnaisse son erreur. Le gros débat c'est l'imputabilité.

Une découverte fortuite

Pour l’avocate du couple, il n’y a aucun doute que Jocelyn Blouin a été victime d’un retard de diagnostic.

M. Blouin avait la chance que dans son cas, c'était une découverte fortuite. Il a perdu finalement un peu plus d'un an. C'est énormément de temps, mentionne Me Julie Belisle. En matière de cancer, plus on le prend tôt, meilleures sont nos chances.

Quand les gens se soumettent à un examen qui révèle une anomalie, peu importe le pourquoi du comment, les gens sont en droit d'avoir un suivi sur ce résultat de test.

Une citation de :Me Julie Belisle, avocate
Julie Belisle, avocate

Me Julie Belisle, avocate chez Med Légal

Photo : Radio-Canada

Dans le cas d'une radiographie, le radiologiste est responsable de transmettre le résultat au médecin qui a prescrit l'examen, que ce soit en lien avec la demande initiale du médecin ou une découverte fortuite. Puis ce dernier a la responsabilité d'assurer le suivi auprès du patient.

Si les résultats sont anormaux et qu’ils peuvent avoir de graves répercussions sur la santé du patient, le radiologiste doit communiquer les résultats le plus rapidement possible au médecin prescripteur afin que les problèmes de santé du patient ne s’aggravent pas, précise le Collège des médecins.

Le Dr Ghislain Nourissat et le CHU de Québec ont décliné nos demandes d’entrevue. Leurs avocats respectifs ont répondu par courriel qu’ils ne souhaitent pas commenter le dossier puisque le processus judiciaire est en cours.

Par contre, dans des documents judiciaires déposés en réponse aux allégations, on constate que le médecin et le CHU de Québec rejettent toute responsabilité.

Le fil des événements

Le 28 octobre 2016, M. Blouin a été admis à l’Hôpital Saint-François-d’Assise à la suite d’un transfert du Centre hospitalier régional du Grand-Portage, à Rivière-du-Loup, en raison d’un blue toe syndrom au pied droit, un problème de circulation sanguine.

À son arrivée, M. Blouin a été pris en charge par le Dr Ghislain Nourissat. Ce dernier lui a prescrit une radiographie des poumons, un examen qui a lieu le jour même.

Quelques jours plus tard, la radiologiste a signé un rapport indiquant la présence d’une masse 4,6 cm au poumon droit. Elle recommande ainsi de pousser l’investigation afin d’exclure un diagnostic de cancer.

Radiographie de poumons.

Radiographie des poumons de Jocelyn Blouin passée en octobre 2016.

Photo : Courtoisie

Jocelyn Blouin a revu le Dr Nourissat à deux reprises avant d’obtenir son congé de l’hôpital le 3 novembre. Deux rencontres de suivi ont aussi eu lieu les 30 novembre 2016 et 12 avril 2017. Malgré tout, Jocelyn Blouin n’a jamais entendu parler de ce résultat avant son diagnostic de cancer, plus d’un an plus tard.

Le 14 décembre 2017, M. Blouin consulte un médecin pour une phlébite superficielle et il se soumet à une nouvelle radiographie pulmonaire. La radiologiste de l’Hôpital de Rivière-du-Loup détecte une masse au poumon droit de 6,7 cm.

Radiographie de poumons.

Radiographie des poumons de Jocelyn Blouin passée en décembre 2017.

Photo : Courtoisie

Sombre pronostic

Le diagnostic tombe : cancer du poumon. Jocelyn Blouin apprend alors que la masse était déjà visible à l’autre radiographie un an plus tôt.

Dans l'histoire, ce qu'il est important de retenir, c'est que ça a commencé par une tumeur au poumon et la masse a grossi, insiste Blandine Bérubé. Et elle s’est propagée, renchérit Jocelyn Blouin.

Les examens et les traitements se sont multipliés par la suite pour M. Blouin. Depuis, les mauvaises nouvelles se succèdent. Le cancer s’est attaqué à l’autre poumon, puis au cerveau et ensuite aux reins.

En plus des nombreux traitements auxquels il a dû se soumettre, Jocelyn Blouin a subi une chirurgie au cerveau notamment.

Deux radiographies montrant la progression d'une masse découverte au poumon droit d'un patient.

La masse a progressé de 2 centimètres entre octobre 2016 et décembre 2017.

Photo : Courtoisie

Une bataille d’assureurs

Dans le document déposé en réponse aux allégations de M. Blouin, le Dr Nourissat affirme pour sa part que le rapport de la radiographie du 28 octobre 2016 n’a jamais été porté à son attention et qu’il n’a pas reçu de copie à son bureau.

Il fait valoir que cet examen faisait partie du protocole d’admission du patient au cas où une chirurgie deviendrait nécessaire, alors que finalement, le traitement médicamenteux a été suffisant dans le cas de Jocelyn Blouin.

Considérant le fait qu’une chirurgie vasculaire n’a pas été nécessaire, il n’était pas requis lors de l’hospitalisation ni après, que le Dr Nourissat s'enquière spécifiquement du résultat de la radiographie, peut-on lire dans le document.

De son côté, le CHU de Québec estime que ses employés n’ont commis aucune faute et que la responsabilité ultime de s’assurer d’avoir pris connaissance des résultats commandés revient au médecin, en l'occurrence le Dr Nourissat.

Un médecin dans une salle de chirurgie.

Dr Ghislain Nourissat, chirurgien vasculaire, a participé à l'inauguration d'une nouvelle salle du Centre d'excellence en maladies vasculaires du CHU de Québec en 2019.

Photo : Twitter CHU de Québec

Il mentionne par ailleurs que les images de la radiographie et le rapport étaient facilement accessibles afin d’être consultés par des médecins au moyen d’un système informatique de haut niveau.

Le CHU assure aussi que le résultat d’examen a rapidement été transmis par télécopieur au département où Jocelyn Blouin était hospitalisé.

La pointe de l’iceberg

L’avocate de Jocelyn Blouin travaille dans un cabinet spécialisé en droit de la santé et elle estime que les débats d’assureurs pour déterminer la responsabilité représentent près de la moitié de tous les dossiers traités au sein du bureau.

Me Julie Belisle croit cependant qu’il y en a beaucoup plus qu’on pense. Je dirais que c'est probablement la pointe de l'iceberg qui se rend à nous. Selon ce qu’elle observe, les coûts associés à de telles démarches et la crainte de subir des représailles freinent plusieurs personnes.

L’avocate constate que ces batailles d'assureurs se font aux frais des patients.

Même si ces démarches judiciaires ne changeront rien à son sort, Jocelyn Blouin tient à aller au bout du processus, ne serait-ce que pour démontrer aux gens qu’il existe des recours. Même si c'est une grosse machine, dit-il.

Ça prend beaucoup de courage et de détermination, admet sa conjointe, mais elle y tient aussi parce qu'elle est convaincue qu'ils ne sont pas les seuls dans cette situation.

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