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Se faire livrer son épicerie, la nouvelle tendance au Canada

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Une femme avec un masque sort d'une épicerie en Ontario.

Selon une étude de l’Université Dalhousie, 71% des Canadiens interrogés en mars étaient inquiets à l’idée de faire leurs courses dans les épiceries à cause de la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Avec le coronavirus qui circule et la distanciation sociale à respecter, faire son épicerie n'a jamais été autant une corvée, voire une situation anxiogène, pour certaines personnes. En réponse, les services pour se faire livrer ses courses à domicile se sont développés. Décryptage.

Face à sa voiture enneigée à Edmonton, Joëlle Siaha commence sa journée par un rapide coup d'œil sur son principal outil de travail : son téléphone intelligent. Cette francophone, âgée de 31 ans, travaille comme conductrice pour une plateforme mobile, Instacart, qui livre des produits d'épicerie contre rémunération.

Joëlle Siaha regarde le nombre de commandes disponibles aux alentours et choisit en fonction de son humeur. Je préfère commencer par les magasins d'aliments, dit-elle. Il y a des matins où je commence avec Walmart, Superstore. J’en profite pour prendre mon café.

Cette journée commence finalement par une grande chaîne de librairies, Indigo, dans le nord de la capitale albertaine. Il faut y récupérer deux articles : un livre et un jouet en peluche. 

Joëlle Siaha, livreuse d'épiceries, devant sa voiture.

Joëlle Siaha partage son temps entre des livraisons pour Instacart et son travail de travailleuse sociale.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

En moins de 10 minutes, la commande est récupérée par Joëlle Siaha, qui paie à la caisse avec une carte bancaire prêtée à cet effet par Instacart, son employeur.

Ensuite, direction le domicile du client qui a payé moins de 10 $ pour une livraison réalisée en 40 minutes. Joëlle Siaha, elle, a gagné 13 $ en parcourant 17 km en voiture.

Un vaste choix

Grâce aux nouveaux services offerts par les grandes chaînes, comme Superstore et Walmart, et les applications mobiles comme Instacart, Cornershop ou Uber, à Toronto et à Montréal, le secteur de la livraison d'épiceries connaît une ascension encore jamais vue.

Une commande s'affiche sur l'application Instacart sur un téléphone intelligent.

Grâce aux applications mobiles Instacart ou Cornershop, les clients peuvent commander des aliments, des vêtements ou même des livres.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Cette tendance émergente est observée de près par Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie, à Halifax.

Le Canada a entamé 2020 en ayant très peu de ventes de nourriture en ligne. On parlait de 1,7 % de toutes les ventes totales. En Angleterre, 10 % de ces ventes sont en ligne. Aux États-Unis, c’est plutôt 7 %.

Avec la pandémie, le Canada rattrape son retard. Si la tendance se maintient, on pourrait atteindre les 7 % d’ici 2025, dit-il. C’est pratiquement 12 à 13 milliards de dollars.

Les efforts de l’industrie pour un service de qualité

Les détaillants s’organisent, affirme l'expert en agroalimentaire dans une étude (Nouvelle fenêtre) sortie en novembre. Ils vont investir 12 milliards de dollars les cinq prochaines années pour améliorer leurs plateformes cybernétiques et la qualité de service de livraison pour améliorer l’expérience client.

L'entreprise qui attire tous les regards est américaine et s’appelle Instacart. Depuis sa création, en 2012, Instacart a signé des partenariats avec Loblaws, Costco, Walmart, Sephora ou encore 7-Eleven.

Elle s’est tranquillement installée au Canada à partir de 2017.

Une livreuse Instacart dans une épicerie au rayon légumes.

Le nombre de livreurs travaillant pour Instacart a été multiplié par cinq entre la fin de 2019 et la fin de 2020 en Amérique du Nord.

Photo : Getty Images / Michael Loccisano

Dans un courriel, Instacart fait savoir à Radio-Canada que son volume de commandes a augmenté de 500 % entre mars 2019 et mars 2020 en Amérique du Nord. La pandémie l'a poussée à recruter à tel point que l'entreprise collabore à ce jour avec 500 000 livreurs actifs aux États-Unis et au Canada. 

Évaluée à plus de 21 milliards de dollars, cette société émergente offre des services de livraison d'épiceries en moins de 24 heures aux internautes dans 5500 villes d'Amérique du Nord.

Ces clients qui préfèrent rester chez eux

La clientèle est variée. Ce sont surtout des familles, des mamans avec des enfants, des personnes âgées ou à mobilité réduite, des gens en quarantaine à cause de la COVID , précise toutefois Joëlle Siaha, livreuse d'Instacart depuis mars. Il y a des gens qui n'ont juste pas envie de sortir. 

Selon Instacart, plus de 80 % de sa clientèle sont des femmes, et près de 40 % de ses utilisateurs sont des parents.

Selon une étude de l’Université Dalhousie, 71 % des 1014 Canadiens interrogés en mars étaient inquiets à l’idée de faire leurs courses dans les magasins à cause de la pandémie.

Des clients dans une épicerie aux États-Unis.

Les épiceries et leurs clients ont dû s'adapter pour respecter la distanciation sociale.

Photo : Getty Images / Mario Tama

Mohsen Safaei, un ingénieur de 27 ans vivant à Calgary, préfère s’éloigner des magasins pour ne pas attraper le coronavirus. Pour lui, faire son épicerie est plus une corvée qu’un plaisir. Il a découvert Instacart en mars et commande sur la plateforme tous les vendredis depuis.

Je n’ai pas de voiture. Je n’ai pas envie de porter à bout de bras mes sacs pendant 25 minutes de marche, et surtout, ça me fait économiser du temps, dit-il. Je préfère passer deux heures à cuisiner plutôt que d’aller faire mes courses.

L'aspect pratique s’avère la raison principale pour laquelle les Canadiens ont commandé des aliments en ligne, selon l’étude de Sylvain Charlebois. 

Une rémunération incertaine

Joëlle Siaha, travailleuse sociale à temps partiel, est ravie de ce travail qui lui permet d'arrondir ses fins de mois, même si, selon ses estimations, la paie est aléatoire, d’autant qu’elle doit assumer les coûts liés à l’usage de sa voiture comme l’essence, l’entretien et l’assurance.

Fin novembre, j’ai fait 100 $ en 5 heures sur trois commandes. Une autre semaine, je me suis fait 400 $ en 12 heures.

Joëlle Siaha, livreuse Instacart

Déplacer des sacs pour des clients d’un point A à un point B l’amuse. J’adore faire du shopping, et ça ne me dérange pas de conduire, j’aime passer du temps dans la voiture à écouter des podcasts, dit Mme Siaha.

La flexibilité est le principal avantage pour Andrea Amber, 31 ans, livreuse Instacart à Medicine Hat, en Alberta, depuis mars. Elle est libre de choisir ses heures de travail et accepte surtout les commandes qui en valent la peine.

Les pressions des notes

Je ne sors de chez moi que pour les grosses commandes, celles de plus de 40 $ ou celles qui dépassent 1 $ par article, explique Andrea Amber. Elles sont rares dans une petite ville comme Medicine Hat. Une amie à Kingston, en Ontario, est livreuse à temps plein et fait un bon salaire.

Le système de notation des chauffeurs par les clients est stressant, selon cette mère au foyer. Si on n’a pas cinq étoiles, on ne peut avoir accès qu’aux petites commandes qui font perdre son temps. Pour rattraper ne serait-ce qu’une évaluation en dessous de cinq étoiles, il faut faire 100 petites commandes, déplore Andrea Amber.

Du côté de la demande, la population canadienne va prendre de plus en plus goût à la livraison d’épiceries. Selon une étude de l'Université Dalhousie, publiée en novembre, près de la moitié des personnes interrogées ont l'intention de commander de la nourriture en ligne au moins une fois par semaine même après la pandémie.

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