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Un ex-haut dirigeant de Genivar sanctionné pour collusion

Le conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs estime qu’Yves Lortie présente un risque de récidive.

Photo de conférence de presse

Le ministre des Travaux publics des Bermudes a remercié certains de ses employés, en 2019, dont l'ingénieur québécois Yves Lortie (à l’extrême droite de la photo).

Photo : Gouvernement des Bermudes

Un ancien vice-président de Genivar qui poursuivait sa carrière dans les Caraïbes a été lourdement sanctionné par son ordre professionnel pour son rôle dans la collusion entre firmes de génie-conseil.

Le conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec impose une radiation de 30 mois à Yves Lortie pour avoir toléré un système permettant de contourner le processus d’appel d’offres de la Ville de Montréal de 2005 à 2009.

L’ingénieur d’expérience écope aussi d’une amende de 7000 $ pour avoir participé à ce processus malhonnête en apposant sa signature sur deux factures.

Il s’agit de gestes très graves qui ont porté atteinte à la protection du public, peut-on lire dans une décision rendue publique en décembre.

Yves Lortie n’a pas réussi à convaincre les membres du conseil de discipline de sa bonne foi. [Il] a constamment cherché à minimiser son implication dans le système de collusion qu’il a toléré pendant de longues années alors qu’il occupait un poste de vice-président dans une grande firme d’ingénierie, indique l'Ordre dans sa décision.

L’ingénieur ne fait pas état de remords à l’égard du public, principale victime du stratagème de collusion, et présente un risque de récidive, ajoute-t-on.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, M. Lortie indique avoir porté en appel cette décision devant le Tribunal des professions. Entre-temps, la sanction est suspendue.

Mentor dans les Caraïbes

Yves Lortie poursuivait sa carrière dans les Caraïbes, où il a été l'ingénieur en chef du gouvernement des Bermudes de 2016 à 2019.

Responsable d’une équipe de 350 personnes, il agissait aussi à titre de mentor pour certains collègues dont il supervisait le développement professionnel.

À la suite d’un article publié aux Bermudes sur ses déboires au Québec, fin 2019, l’ingénieur québécois soutient avoir perdu un emploi de directeur des travaux publics aux îles Caïmans.

72 ingénieurs sanctionnés

Dans la foulée de la commission Charbonneau, l’Ordre des ingénieurs a ouvert quelque 400 enquêtes sur ses membres et a demandé l’aide d’anciens officiers de la Sûreté du Québec spécialisés en crime économique.

Depuis, 72 ingénieurs ont été sanctionnés dans des affaires de collusion, de corruption et de fausse facturation.

Yves Lortie est le neuvième ingénieur de Genivar à se voir imposer une sanction du conseil de discipline dans ce contexte. Parmi eux, on dénombre huit cadres, dont quatre vice-présidents.

Le PDG de l’époque, Pierre Shoiry, a notamment écopé d’une amende de 75 000 $ pour ne pas avoir mis en place les mesures nécessaires afin d'arrêter ou de prévenir ces activités illégales.

Genivar, qui porte aujourd’hui le nom de WSP, est l'une des plus importantes firmes de génie du monde.

Argent comptant au parti du maire

Le système de collusion entre les firmes de génie à Montréal a longuement été expliqué lors de la commission Charbonneau.

L’ingénieur François Perreault, qui était vice-président de Genivar et collègue d’Yves Lortie, a expliqué que sa firme remettait 3 % de la valeur des contrats obtenus en guise de contribution à Union Montréal, le parti de l’ex-maire Gérald Tremblay.

En retour, Genivar était favorisée dans l’octroi des contrats, comme d’autres firmes collusionnaires.

Pour verser des contributions politiques illégales, Genivar avait recours à un stratagème de fausse facturation. La firme payait, par chèque, des entreprises bidon pour des services fictifs. Ces dernières remettaient à Genivar de l’argent comptant lui permettant de verser des contributions politiques illégales.

Selon l’enquête policière baptisée Fronde, l’ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino et le collecteur de fonds Bernard Trépanier avaient implanté un système de partage illégal des contrats pour les travaux en ingénierie, notamment avec la participation du PDG de Genivar de l’époque, Pierre Shoiry.

M. Zampino, un haut fonctionnaire de la Ville de Montréal et quatre cadres de firmes d’ingénierie faisaient face à des accusations criminelles pour cette fraude alléguée.

Un arrêt des procédures judiciaires a été ordonné dans ce dossier. Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a porté en appel l'arrêt des procédures.

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