•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Par peur d'amendes, des personnes contaminées cachent des infos à la santé publique

Près d’un tiers des personnes contaminées dans le Grand Montréal ne donnent pas toutes les informations aux enquêteurs de la santé publique ou sont difficiles à joindre, rendant le traçage de plus en plus difficile, a appris Radio-Canada.

Des gens portant un masque font la file à l'extérieur d'un commerce.

Cette situation est récente et résulte des regroupements qui ont eu lieu durant la période des Fêtes.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La crainte d’amendes salées pour des rassemblements interdits a un effet que la santé publique n'avait pas prévu.

Alors que cette mesure doit normalement empêcher les Québécois de se retrouver, elle incite des personnes déclarées positives à la COVID-19 à cacher des informations aux enquêteurs chargés d’informer tous les gens susceptibles d’être contaminés.

Cette peur se retrouve principalement dans les grandes villes de la province, et à Montréal particulièrement, a appris Radio-Canada.

Dans la métropole, environ le tiers des contacts ne répondent pas au téléphone, explique le ministre de la Santé, Christian Dubé, dans une déclaration envoyée à Radio-Canada.

On parle à la fois des refus des personnes contaminées de délivrer toutes les données nécessaires pour un traçage optimal, mais aussi de celles qui ne répondent pas aux appels de la santé publique.

Selon nos informations, les autorités sanitaires sont particulièrement inquiètes de cette nouvelle donne. Christian Dubé reconnaît d'ailleurs s'être entretenu à ce sujet avec la directrice de la santé publique de Montréal, Mylène Drouin, au début de la semaine.

C’est très préoccupant, car les gens sont souvent asymptomatiques et continuent de propager le virus dans la communauté.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Dans le nord de Montréal, on évoque des faits similaires.

On se rend compte qu’il y a des gens qui hésitent à nous fournir toute l’information qui nous permet de bien faire notre travail, indique Jean-Pierre Trépanier, directeur de la santé publique de Laval, qui ne dispose cependant pas d'éléments statistiques.

Des cas liés aux regroupements durant les Fêtes

Cette situation est récente et résulte des regroupements qui ont eu lieu durant la période des Fêtes. Les gens sont moins enclins à mentionner, par exemple, qu’ils ont participé à un rassemblement avec des membres de leurs familles ou des collègues durant la période des Fêtes, et à nous aider à retracer l’ensemble des contacts, poursuit M. Trépanier.

C’est une inquiétude qu’on n’avait pas au départ et qui est arrivée depuis le jour de l’An, affirme de son côté Richard Lessard, directeur de la santé publique de Lanaudière.

Selon ce dernier, ce problème est désormais partie intégrante des rencontres quotidiennes entre le directeur national de santé publique Horacio Arruda, le ministre de la Santé et les responsables des santés publiques régionales.

C’est une préoccupation mentionnée par beaucoup de régions. Les gens ne répondent pas ou refusent de nous donner leur contact.

Une citation de :Richard Lessard, directeur de la santé publique de Lanaudière.

Il s’agit d’oublis sélectifs, juge Jean-Pierre Trépanier, en supputant que ces personnes se sentent jugées.

Même si la majorité des personnes collaborent très bien, il y a des gens [qui] ne se sentent pas en confiance de nous communiquer des informations qui vont à l'encontre des recommandations de la santé publique, déplore Jocelyne Boudreault, porte-parole de la santé publique de Montréal.

Du côté de la région de Québec, on observe un recul de la qualité de collaboration des personnes suspectées d’infection à la COVID-19 que nous contactons au fil de nos enquêtes épidémiologiques, admet Mathieu Boivin, de la santé publique de la Capitale-Nationale.

Ce phénomène, marginal depuis le début de la pandémie, est plus marqué récemment, souligne-t-il.

L’un des prétextes les plus souvent invoqués est la crainte d’être sanctionné ou mis à l’amende si on admet quelque faute.

Une citation de :Mathieu Boivin, porte-parole de la santé publique de la Capitale-Nationale

Les gens ont des réticences diverses à admettre avoir contrevenu aux règles sanitaires, reprend-il, en évoquant notamment des visites sans port du masque.

Ces personnes, ajoute-t-il, ne souhaitent pas être perçues comme délateurs par leurs proches ou ont plutôt honte d’une activité précise sur laquelle ils ne souhaitent pas fournir de détails.

Jusqu’à 6000 $ d’amende

En cas de rassemblements illégaux, les forces de l’ordre ont le pouvoir de distribuer des amendes allant de 1000 $ à 6000 $, auxquelles s'ajoutent plus de 500 $ de frais. Selon les dernières données publiées par Québec (Nouvelle fenêtre), plus de 4000 constats d’infraction ont été délivrés entre le 1er avril et le 31 décembre dans l’ensemble de la province.

Pas d’informations transmises à la police

Selon Richard Lessard, il faut renforcer le message auprès des personnes contaminées. On ne dénonce personne, on ne juge personne, clame le responsable de la santé publique de Lanaudière.

Les équipes de la santé publique ne sont pas là pour donner des amendes, mais pour assurer un isolement des personnes qui sont à risque, plaide le ministre Dubé.

Les gens n’ont pas à s’inquiéter quant au respect de la confidentialité des renseignements que nous leur demandons, insiste Mathieu Boivin, de la santé publique de la Capitale-Nationale. Le seul moment où nous sollicitons l’aide de la police est lorsqu’il faut obliger une personne infectée à s’isoler, en vertu du pouvoir d’ordonnance du directeur de santé publique inscrit à la Loi sur la Santé du Québec.

En cas d'absence de réponse ou d'informations manquantes, les conséquences peuvent être graves, rappelle Jean-Pierre Trépanier.

Des personnes qui ont été en contact ne seront pas avisées, assure-t-il. C’est vraiment crucial dans le travail qu’on a à mener dans les prochains mois.

Combien d’enquêteurs chargés du traçage?

Le nombre d’enquêteurs varie en fonction des régions. Le ministre de la Santé et des Services sociaux n’a pas répondu aux questions de Radio-Canada visant à avoir un portrait clair à l’échelle de la province.

À Laval, on table par exemple sur 160 personnes et le recrutement se poursuit. Une douzaine de personnes viendront donner un coup de main dans les prochains jours, soutient Judith Goudreau, porte-parole de la santé publique lavalloise.

À Montréal, où la situation est particulièrement préoccupante selon Christian Dubé, le nombre d’enquêteurs n’a pas été précisé.

Mais le ministre de la Santé assure que la métropole dispose de tous les effectifs nécessaires en termes de dépistage et de traçage, avec l’embauche de 30 à 40 enquêteurs toutes les semaines pour renouveler les équipes sur le terrain et assurer un suivi étroit des contacts.

Dans la Capitale-Nationale, plus de 200 personnes sont affectées aux enquêtes épidémiologiques.

En Estrie, on compte en moyenne 37 enquêteurs par jour pour ce traçage. Mais en raison du fort volume, précise la santé publique locale, ce sont les personnes contaminées qui sont chargées, dans la plupart des cas, d’aviser directement leurs contacts.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !