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Des policiers tiennent des manifestants à distance dans un corridor.

Une poignée d'agents tentent d'empêcher des partisans de Trump de s'introduire dans la chambre du Sénat.

Photo : Reuters / MIKE THEILER

Devant l'indignation soulevée par la facilité avec laquelle les partisans de Donald Trump ont pu investir le siège du Congrès hier après-midi, le chef de la police du Capitole annonce qu'il quitte ses fonctions.

La démission de Steven A. Sund sera effective à compter du dimanche 16 janvier, selon la lettre qu'il a envoyée à la direction du service de police, relayée par des médias américains.

Plus tôt jeudi, M. Sund avait promis un examen approfondi des événements et des mesures de sécurité tandis que les critiques fusaient de toutes parts au lendemain de la prise d'assaut du Capitole, alors que cette manifestation était prévue depuis plusieurs jours.

Le chef Sund avait ajouté que la planification de la sécurité autour et à l'intérieur de l'immeuble ainsi que les politiques et les procédures en place faisaient aussi partie de cet examen.

La police antiémeute tente de repousser des manifestants.

La police du Capitole n'était visiblement pas préparée ni équipée pour repousser une foule aussi déterminée à investir l'immeuble.

Photo : Getty Images / ROBERTO SCHMIDT

La police du Capitole a signalé plus de 52 arrestations effectuées sur les terrains qui relèvent de sa compétence, dont au moins cinq pour port d'armes dans l'enceinte du Capitole. Un des suspects interpellés portait une arme d'assaut et des cocktails Molotov.

Le chef de la police métropolitaine de Washington, Robert Contee, a quant à lui confirmé l'arrestation de 14 suspects dans la capitale nationale où les autorités municipales avaient imposé un couvre-feu pour tenter de rétablir l'ordre dans les rues.

L'officier supérieur a ajouté que le policier impliqué dans la fusillade survenue à l’intérieur du Capitole qui s'est soldée par la mort d'une manifestante de 35 ans a été mis en congé administratif et ses pouvoirs policiers suspendus en attendant la suite de l'enquête.

Une femme et deux hommes ont aussi perdu la vie lors de l'émeute en raison d'urgences médicales.

Par ailleurs, la police du Capitole a démenti les informations, rapportées notamment par CNN, concernant la mort d'un de ses policiers.

La sécurité prise de court par les émeutiers

Des partisans de Donald Trump à l'assaut du Capitole

Des partisans de Donald Trump à l'assaut du Capitole

Photo : Reuters / SHANNON STAPLETON

On s'explique toujours très mal au lendemain de cette émeute historique comment les forces de sécurité du Capitole, qui comptent 2000 agents, ont pu être si facilement débordées.

Visiblement en infériorité numérique et non préparées à cet assaut de milliers de manifestants galvanisés par le discours du président Trump à quelques coins de rue de là, les forces de sécurité du Capitole ont été refoulées en quelques minutes jusqu'aux portes de la chambre du Sénat, où les élus ont dû être évacués en catastrophe.

Il aura par la suite fallu plus de deux heures aux forces de l'ordre du Capitole, appuyées des policiers municipaux et plus tard des gardes nationaux, pour rétablir l'ordre dans l'enceinte de l'édifice et ses terrains environnants.

Ce qui s'est passé hier n'aurait jamais dû surprendre les forces de l'ordre. Le renseignement était par ailleurs bien au fait de ce dont ces manifestants étaient capables.

Une citation de :Frédéric Lemieux, criminologue et directeur du programme de maîtrise sur le renseignement à l'Université de Georgetown

Pour Frédéric Lemieux, directeur du programme de maîtrise sur le renseignement à l'Université de Georgetown, les manifestations ne sont pas rares à Washington, la réponse pour le maintien de l'ordre y est généralement bien rodée, a-t-il expliqué sur les ondes d'ICI RDI.

Il faut cependant savoir, précise-t-il, que la police du Capitole n'a pas les ressources nécessaires pour affronter une telle foule.

La police du Capitole, c'est un peu comme au Québec les constables spéciaux. Ils sont chargés de la protection d'un immeuble, mais ils n'ont pas toutes les ressources qu'un service de police normal pourrait avoir.

C'est pourquoi la police du Capitole collabore étroitement avec la police des parcs, la police métropolitaine de Washington et les autres agences de sécurité de la capitale pour assurer la sécurité permanente de l'enceinte du Capitole, explique M. Lemieux. Ce dernier ne voit par ailleurs aucune raison pour laquelle, cette fois, la collaboration a été si difficile entre ces différents organes pourtant habitués à travailler ensemble.

Selon Charles Ramsey, un ancien chef de la police de Washington interrogé par le New York Times, un périmètre hermétique et très surveillé aurait dû être établi dès le début autour du bâtiment où les sénateurs s'apprêtaient à valider la victoire de Joe Biden, alors qu'on était au courant de la présence de centaines de membres de groupes extrémistes réputés violents à quelques pâtés de maisons de là.

Je ne sais pas comment ils n'étaient pas prêts pour cela.

Une citation de :Charles Ramsey, ancien chef de la police de Washington

Le fait que Donald Trump n'ait jamais voulu faire appel hier à la Garde nationale, c'est son vice-président Mike Pence qui a dû le faire des heures plus tard, soulève par ailleurs plusieurs questions sur la prévisibilité de cette démonstration de force des partisans de Trump.

Le sergent d'armes du Sénat licencié

Réagissant aux événements d'hier, le leader de la minorité démocrate au Sénat, Charles Schumer, a fait savoir qu'il allait licencier le sergent d'armes du Sénat, Michael Stenger, dès que les démocrates prendraient le contrôle de la chambre haute plus tard au cours du mois.

Si le sergent d'armes Stenger n'a pas quitté son poste d'ici là, je le renverrai, a déclaré au journal The Hill le sénateur de l'État de New York qui doit bientôt devenir leader de la majorité au Sénat après la victoire de ces deux confrères démocrates Raphael Warnock et Jon Ossoff aux élections sénatoriales de Georgie, hier.

Improvisation ou complaisance?

Des partisans de Donald Trump prennent d'assaut le Capitole.

Les partisans du président Trump prennent d'assaut le Capitole après un rassemblement avec le président.

Photo : Getty Images / Samuel Corum

Si certains ont dénoncé l'improvisation de la police du Capitole, d'autres y ont vu de la complaisance envers les manifestants. Des experts des forces de l'ordre interrogés dans les médias américains se sont dits étonnés d'avoir vu un policier littéralement se cacher dans la foule d'extrémistes ou se placer en retrait dans des couloirs, cédant le passage aux manifestants.

Dans les rangs de la gauche, on dénonce carrément deux poids, deux mesures en rappelant les milliers de policiers et de soldats qui avaient été mobilisés pour défendre les institutions lors des récentes manifestations antiracisme dénonçant la mort de George Floyd, tué en mai dernier dans des circonstances accablantes par un policier blanc, à Minneapolis.

Vous pouvez être arrêté pour avoir marché parce que vous êtes noir, mais vous pouvez être un émeutier blanc et vous en tirer à bon compte, dénonce pour sa part la représentante de l'État du Kentucky, Attica Scott, elle-même arrêtée à Louisville lors d'une manifestation pacifique contre la mort de Breonna Taylor.

La rhétorique compatissante de Donald Trump à l'endroit des émeutiers mercredi tranchait par ailleurs avec les propos qu'il avait servis aux manifestants venus dénoncer la mort de George Floyd à Washington.

Qualifiés de voyous, ces manifestants s'étaient vu promettre par le président les chiens les plus vicieux et les armes les plus menaçantes en cas de débordements près de la Maison-Blanche.

La marque de QAnon

C'est un homme torse nu portant un casque avec des cornes viking.

Jake Angeli , alias "Q Shaman", prédicateur bien connu de QAnon, alors qu'il se retrouvait dans le Capitole.

Photo : Getty Images / Win McNamee

Pour le journaliste des Décrypteurs, Jeff Yates, cet assaut contre le Capitole porte l'empreinte indélébile de la conspiration QAnon, pour qui un coup d'État violent est un objectif central.

Certes, toutes les personnes ayant assailli le bâtiment avec pour objectif d'arrêter la confirmation de l'élection de Joe Biden comme président américain ne se réclament pas toutes nécessairement du mouvement [QAnon], reconnaît Jeff Yates.

Le président sortant, Donald Trump, a certainement encouragé ses partisans à marcher vers le Capitole, souligne-t-il.

Toutefois, pour ceux qui, comme moi, observent ce mouvement depuis maintenant un peu plus de trois ans, il y a un sentiment qu'il s'agit de l'aboutissement inévitable de la galère QAnon. D'une suite logique. Tôt ou tard, on allait en arriver là.

Des peines sévères envisagées

Le procureur général des États-Unis par intérim pour le District de Columbia, Michael Sherwin, a fait savoir que des accusations de complot séditieux, d'émeutes et même d'insurrection sont envisagées pour punir les personnes qui ont été arrêtées et celles qui le seront prochainement en lien avec les événements du Capitole.

Toutes les options sont autour de la table, a-t-il déclaré en ajoutant que des centaines d'agents scrutent les réseaux sociaux pour amasser de la preuve et retrouver les coupables.

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