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Destitution ou 25e amendement : Trump doit partir rapidement, disent les démocrates

Avec la Maison-Blanche en arrière-plan, le président Donald Trump prend la parole lors d'un rassemblement.

Avec la Maison-Blanche en arrière-plan, le président Donald Trump prend la parole lors d'un rassemblement, le mercredi 6 janvier 2021 à Washington.

Photo : Associated Press / Jacquelyn Martin

Il reste moins de deux semaines avant la fin du règne de Donald Trump, mais l'échéance est trop loin aux yeux de certains démocrates.

Au lendemain de l’assaut du Congrès par ses partisans, les leaders démocrates ont appelé son Cabinet à recourir au 25e amendement de la Constitution pour l'écarter du pouvoir. Sinon, le Congrès pourrait entamer une deuxième procédure de destitution, ont-ils averti.

Déjà, la veille, des élus démocrates avaient réclamé le départ du président par l'une ou l'autre de ces voies, mais jeudi, cet appel est venu des ténors du parti, comme la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader de la minorité démocrate, Chuck Schumer.

Après avoir incité à la sédition comme il l'a fait hier, il doit être démis de ses fonctions, a soutenu Nancy Pelosi devant les journalistes, disant que cela reflétait le sentiment dominant du caucus démocrate de la Chambre.

Après avoir appelé ses partisans à converger vers Washington pour protester contre l'officialisation de la victoire de Joe Biden par le Congrès, qui s'est faite mercredi, Donald Trump les a invités à marcher vers le Capitole, siège du Congrès, pour convaincre les élus de bloquer le processus formalisant l'élection pourtant légitime de son rival démocrate.

L'assaut du Capitole par les émeutiers s'est soldé par la mort de quatre manifestants et a mené jusqu'ici à des dizaines d'arrestations.

En appelant à cet acte séditieux, le président a commis une agression innommable contre notre nation et notre peuple.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Ce qui est arrivé hier au Capitole des États-Unis est une insurrection provoquée par le président Trump. Ce président ne doit pas rester en poste un jour de plus, avait précédemment soutenu Chuck Schumer.

Si les jours de Donald Trump à la tête du pays sont comptés, la situation est trop dangereuse pour qu'il reste en poste, a affirmé Nancy Pelosi, invoquant une urgence du plus haut degré. Même s'il ne reste que 13 jours, tout autre jour de plus pourrait constituer un spectacle d'horreur pour l'Amérique, a-t-elle affirmé.

Tous deux ont plaidé pour le recours au 25e amendement de la Constitution, qui peut être invoqué par le Cabinet lorsqu'un président devient inapte à exercer ses fonctions.

M. Schumer a précisé que lui et sa consoeur avaient tenté en vain de contacter le vice-président, Mike Pence. Ils nous ont mis en attente pendant 25 minutes et ont ensuite dit que le vice-président ne viendrait pas au téléphone. Nous rendons donc cet appel public, parce qu'il devrait le faire, et le faire tout de suite, a-t-il dit.

Selon une source de CNN proche du vice-président, il est hautement improbable que le numéro deux de l'administration Trump accepte d'entreprendre cette démarche. Plusieurs médias ont cependant rapporté que des membres du Cabinet en avaient informellement discuté.

Le secrétaire d'État Mike Pompeo, l'un des plus fidèles alliés du président, ainsi que son collègue du Trésor Steven Mnuchin, font partie de ceux qui ont abordé le sujet, d'après CNBC.

Mercredi, les membres démocrates du Comité judiciaire de la Chambre des représentants avaient écrit à Mike Pence pour le presser d'entamer le processus qui lui permettrait de mener le pays jusqu'à l'investiture du prochain président, Joe Biden, le 20 janvier prochain.

Pour aboutir, l'invocation du 25e amendement nécessiterait l'appui du vice-président Pence et de la majorité des membres du Cabinet, qui comprend des alliés indéfectibles du président.

Deux de ceux qui auraient potentiellement pu appuyer cette mesure ont présenté leur démission à la lumière des événements de mercredi, à l'instar d'autres responsables politiques : la secrétaire aux Transports, Elaine Chao, qui est la femme du leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, puis, selon CNN, la secrétaire à l'Éducation, Betsy Devos.

Pour la première fois, le président Trump a par ailleurs reconnu publiquement, dans une vidéo publiée sur Twitter, qu'il n'exercera pas un deuxième mandat.

Menace d'une nouvelle procédure de destitution

Le recours au 25e amendement serait l'option la plus rapide et la plus efficace pour écarter le président Trump du pouvoir, a argué M. Schumer, qui a cependant brandi la possibilité de le mettre en accusation une deuxième fois. Mme Pelosi a par la suite fait écho à ses propos.

Selon CNN, les démocrates envisagent sérieusement le lancement rapide d'une telle procédure si Mike Pence ne va pas de l'avant pour remplacer le patron qu'il a fidèlement servi.

Le président du Comité judiciaire de la Chambre, Jerry Nadler, qui avait été l'un des plus fervents partisans de la procédure en destitution lancée l'an dernier, a d'ailleurs plaidé dans un communiqué pour la mise en accusation immédiate du président.

Il lui a reproché d'être à l'origine de l'insurrection menée par des terroristes par ses appels séditieux à l'action et son refus égoïste d'accepter sa défaite électorale.

Au lendemain de cette attaque meurtrière contre le Capitole, face à cette insurrection, nous devons agir. Il doit y avoir des conséquences. Ces conséquences doivent être à la mesure de l'offense, et elles doivent commencer par le président des États-Unis.

Jerry Nadler, président du Comité judiciaire de la Chambre des représentants

La représentante Ilhan Omar a écrit sur Twitter qu'elle avait commencé à rédiger les articles de mise en accusation. L'acte d'accusation, dont elle a publié un extrait en ligne, est parrainé par 13 de ses collègues, dont Alexandria Ocasio-Cortez et Ayanna Pressley.

Dans un tweet subséquent publié en fin de soirée, elle a indiqué que le dépôt des chefs d'accusation se ferait probablement vendredi. On ignore cependant si son initiative a l'aval de Nancy Pelosi, d'autant plus que la représentante du Minnesota ne fait pas partie du Comité judiciaire de la Chambre, habituellement responsable de ce type de démarche.

Mme Omar a en outre précisé que sa démarche recueillait l'appui de près de 60 représentants, un nombre nettement insuffisant pour pouvoir aller de l'avant.

Sans surprise, le Lincoln Project, un groupe militant formé de républicains anti-Trump, a lui aussi plaidé pour sa mise en accusation.

Accusé d'avoir mis en péril la sécurité nationale pour son bénéfice personnel, Donald Trump avait déjà fait l'objet d'une procédure de destitution lancée par la Chambre à l'automne 2019. Il avait plus précisément été accusé d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès à la suite de présumées pressions sur son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Donald Trump avait été le quatrième président menacé par une procédure de destitution, après Andrew Johnson, en 1869, Bill Clinton, en 1998, et Richard Nixon, en 1974. Les deux premiers ont été acquittés par le Sénat, et le troisième a préféré démissionner avant que la Chambre ne se prononce sur les chefs d'accusation.

Aucun président n'a jamais été mis en accusation deux fois.

Critiques républicaines

Dans les faits, les deux scénarios semblent avoir peu de chances d'aboutir, mais Donald Trump semble désormais avoir une emprise moins grande sur le Parti républicain qu'il avait réussi à mettre à sa main au cours des quatre dernières années.

Le représentant Adam Kinzinger, une des rares voix républicaines à s'être montrées depuis plusieurs mois très critiques envers le président Trump, a réclamé publiquement le recours au 25e amendement.

Tout indique que le président s'est détaché non seulement de son devoir ou même de son serment [à l'égard de la Constitution], mais aussi de la réalité elle-même, a déclaré jeudi le représentant dans une vidéo publiée sur Twitter, au cours de laquelle il a accusé le président de mettre en danger les Américains.

Hier, il est devenu évident que le président a non seulement abdiqué son devoir de protéger le peuple et la maison du peuple, mais aussi [...] attisé des passions qui n'ont fait qu'alimenter l'insurrection que nous avons vue ici.

Adam Kinzinger, représentant républicain de l'Illinois

En coulisses, certains responsables de la Maison-Blanche et de divers départements ont également des discussions en ce sens, selon plusieurs médias américains.

En entrevue à CNN, John Kelley, ancien secrétaire à la Sécurité intérieure, puis chef de cabinet de la Maison-Blanche, a indiqué qu'il appuierait le recours au 25e amendement s'il siégeait toujours dans le Cabinet de Donald Trump. Lui reprochant sa rhétorique et les allégations de fraudes électorales, il a dénoncé son comportement tout simplement scandaleux.

Sans aller aussi loin, des républicains ont eux aussi critiqué le président, l'appelant à condamner plus fermement la violence et à reconnaître sa défaite.

Peu l'ont fait avec des termes aussi durs que le sénateur Mitt Romney qui, lors de la séance du Congrès visant à comptabiliser les voix du Collège électoral, a déploré une insurrection provoquée par un homme égoïste à l'orgueil blessé.

Seul élu de son camp à avoir voté en faveur de la destitution du président en février dernier, il a cependant indiqué jeudi ne pas appuyer cette option. Je pense que nous devons simplement retenir notre souffle jusqu'à la fin de son mandat, a-t-il dit aux journalistes.

L'ex-procureur général Bill Barr, qui a farouchement défendu Donald Trump pendant tout le temps qu'il a été en poste, a pour sa part associé sa conduite de mercredi à une trahison de sa fonction et de ses partisans.

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