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Exemption du couvre-feu réclamée pour les itinérants et les intervenants

Deux hommes de dos sur un trottoir.

Le reportage de Kassandra Lamarche-Nadeau

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des organismes québécois qui viennent en aide aux personnes en situation d’itinérance demandent que le couvre-feu ne s’applique pas à ceux qui vivent dans la rue ni aux intervenants communautaires.

Le Regroupement pour l’aide aux itinérants de Québec représente une quarantaine d’organismes dans la Capitale-Nationale. Il estime que le gouvernement fait fausse route quand il affirme qu’il y aura une place à l’intérieur pour chaque personne entre 20 h et 5 h, durant le couvre-feu.

Il balaie du revers de la main toutes les personnes qui s'excluent elles-mêmes des ressources d'hébergement d'urgence, explique le responsable des communications du Regroupement, Maxime Couillard.

Le responsable des communications du Regroupement pour l'aide aux itinérants de Québec, Maxime Couillard.

Le responsable des communications du Regroupement pour l'aide aux itinérants de Québec, Maxime Couillard.

Photo : Radio-Canada/Hadi Hassin

Impact pour les femmes

Il craint également que les femmes en situation d’itinérance subissent les contrecoups de la mesure qui sera imposée dès samedi par Québec.

Ce sont les femmes qui sont le plus souvent refusées à l'entrée des ressources d'hébergement d'urgence par manque de place. Pratiquement chaque jour, il y a des femmes qui se font refuser. On est souvent à plus de 100 % de capacité. Dire que tout le monde va pouvoir y aller, c'est un peu naïf. Ce n'est pas la réalité, soutient Maxime Couillard.

La directrice de l'hébergement du YWCA de Québec témoigne elle aussi que la demande est plus forte que l'offre.

Depuis les quatre dernières années au moins, tous les jours on refuse entre cinq et dix femmes en hébergement d'urgence parce qu'on manque de place. L'année dernière, on a dû refuser 2600 demandes d'hébergement, affirme Stéphanie Lampron.

Judiciarisation

Le Regroupement pour l’aide aux itinérants de Québec redoute également la judiciarisation des personnes en situation d'itinérance qui refuseraient de collaborer avec les autorités. Plusieurs sont intoxiqués ou éprouvent des problèmes de santé mentale. 

Elles ne sont pas non plus en mesure de payer des amendes de 1000 $ à 6000 $.

Même son de cloche du côté de la métropole. Le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) émet plusieurs craintes face à la situation des personnes qui vivent dans la rue.

On espère qu'on ne tombera pas dans la judiciarisation, donc ça prend une amnistie automatique en place dès maintenant pour les personnes en situation d'itinérance, explique Annie Savage, directrice du RAPSIM.

Geneviève Guilbault en conférence de presse.

La vice-première ministre Geneviève Guilbault a énoncé les détails d'application du couvre-feu qui entrera en vigueur le 9 janvier.

Photo : Radio-Canada

Discernement et tolérance

La vice-première ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, répète que l'objectif premier est de trouver un refuge pour chaque personne dans le besoin.

Toutefois, elle assure que les policiers feront preuve de discernement envers les personnes en situation d'itinérance qui demeureront dans la rue.

On veut aider, on veut accompagner la clientèle itinérante et pas les inonder de contraventions. La tolérance sera de mise, soutient Geneviève Guilbault.

Problèmes exacerbés

Depuis le début de la pandémie, les intervenants du milieu communautaire observent une augmentation importante de la violence et des problèmes de consommation chez les personnes qui vivent dans la rue.

C’est pourquoi ils souhaitent eux aussi pouvoir poursuivre leurs activités durant les heures du couvre-feu.

Il y en a beaucoup qui travaillent au-delà de l'heure qui va être imposée par le couvre-feu. On est convaincus que leur soutien doit être maintenu auprès des personnes en situation d'itinérance, martèle Maxime Couillard.

Jeudi, la vice-première ministre Guilbault a répondu à cet enjeu. Elle estime que les personnes qui travaillent auprès des personnes en situation d'itinérance ne devraient pas s'inquiéter et qu'elles ont des raisons valables de se trouver à l'extérieur après 20 h.

Le Regroupement demande une rencontre avec la santé publique afin de pouvoir élaborer un plan d’action concret et les mesures qui devraient être mises en place concernant les itinérants.

On espère qu'on ne va pas forcer les gens à entrer dans un endroit clos, créer de la tension et les judiciariser. Ça ne fonctionnera pas, conclut Maxime Couillard.

Avec la collaboration de Hadi Hassin.

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