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Des doses de vaccin dorment-elles dans des congélateurs?

« D’ici une bonne dizaine de jours, tous les usagers en CHSLD partout au Québec vont avoir été vaccinés » prévoit le directeur de la campagne de vaccination provinciale.

Les vaccins sont arrivés lundi matin

Livraison de vaccins de Pfizer-BioNTech au CHSLD Saint-Antoine, le 14 décembre dernier.

Photo : Radio-Canada / Hadi hassin

Il est inexact de croire que des doses des vaccins contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech ou Moderna « dorment » dans des congélateurs, affirme le directeur de la campagne de vaccination pour le Québec, Daniel Paré.

Il est simplement normal, a-t-il expliqué en entrevue à Tout un matin, que les doses reçues du gouvernement fédéral soient entreposées quelques jours, le temps que les rendez-vous soient donnés, et les doses, administrées.

Autrement dit, toutes les doses de vaccin reçues une semaine donnée sont essentiellement administrées la semaine suivante, assure-t-il.

Cela se vérifiera même si Québec a décidé le 31 décembre de ne plus prévoir une deuxième dose du vaccin pour le moment, étant donné que l’efficacité d’une seule et unique dose apparaît suffisamment probante.

L’objectif de décembre, c’était 27 000 doses [administrées parce qu’]on gardait la deuxième dose. On avait 54 000 doses reçues; on donnait 27 000 doses. Objectif atteint. C’était ça, résume Daniel Paré.

Le 31 décembre, on a décidé de ne plus garder la deuxième dose, et les vaccins de Moderna sont arrivés aussi, ce qui a nécessité une formation des vaccinateurs, sans compter les enjeux de transport vers les sites de vaccination en pleine période des fêtes.

C’est pour ça que ça prend quelques jours. Ce qui arrive ne peut pas être injecté dans le bras à la minute près. Ça prend toujours quelques jours pour diviser les vaccins [une fiole contient plusieurs doses, NDLR] et les envoyer aux établissements.

Une citation de :Daniel Paré, directeur de la campagne québécoise de vaccination

Les établissements, de leur côté, eux, ont à prendre des rendez-vous pour les gens et après ça s’assurer d’avoir les bons vaccinateurs. Ça fait qu’il y aura toujours un délai entre ce qui entre et ce qui est donné, résume-t-il.

Selon lui, l’écart actuel entre les quelque 88 000 doses reçues jusqu’ici par Québec et les 38 000 qui avaient été données, selon ce qui était rapporté mercredi soir, apparaît important parce que ces chiffres sont petits. Selon lui, les doses non administrées finiront par l’être en majorité d’ici la fin de la semaine.

Jeudi matin, Québec rapportait d'ailleurs que 48 632 personnes avaient été vaccinées, soit 10 000 de plus que la veille.

D’ici une bonne dizaine de jours, tous les usagers en CHSLD partout au Québec vont avoir été vaccinés. Ça, ça va être une bonne chose. On a déjà débuté notre vaccination auprès des employés du réseau de la santé. Ça aussi c’est un gros groupe. […] Après, ça va être nos autres personnes âgées qui sont en résidences [...] dès la fin janvier.

Une citation de :Daniel Paré, directeur de la campagne québécoise de vaccination

La journée qu’on aura [reçu] 1 million de vaccins, vous allez voir […], il y en aura quelque 900 000 de donnés, parce qu’il va toujours y avoir des vaccins qui vont être en transit dans nos sites. Si je veux m’assurer que des gens soient vaccinés demain, vous comprendrez que ça prend des vaccins dans le congélateur dans le site.

Une guerre de mots entre Ottawa et Québec

Depuis le début de la semaine, le rythme de la campagne de vaccination donne lieu à une guerre de mots entre le gouvernement fédéral et des provinces, dont l’Ontario et le Québec.

Mardi, le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est dit « frustré » par une campagne qu’il juge trop lente. Tous les Canadiens, moi y compris, sont frustrés de voir des vaccins dans des congélateurs plutôt que dans les bras des gens, a-t-il dit.

Visiblement piqué au vif, le premier ministre du Québec, François Legault, et son ministre de la Santé, Christian Dubé, ont assuré mercredi que le réseau québécois pouvait livrer la marchandise et l’ont invité à se concentrer sur les questions d’approvisionnement.

Contrairement à ce que dit Justin Trudeau, tous les vaccins qu’on reçoit chaque semaine sont utilisés chaque semaine, a plaidé le premier. Ils peuvent en envoyer, des doses, au fédéral; on est capables de les prendre, a ajouté le second.

Le lieutenant de M. Trudeau au Québec, Pablo Rodriguez, a renchéri sur Twitter en soirée. Près de 50 000 doses de vaccin dorment dans des congélateurs au Québec. C’est plus de la moitié des doses livrées. Les livraisons s’accélèrent. On doit accélérer la cadence, a-t-il écrit.

Les doses ne dorment pas. Elles sont déployées et seront toutes utilisées. Vous pouvez nous en envoyer le triple. On va toutes les utiliser très rapidement, lui a répliqué le ministre de la Santé Christian Dubé.

Cela laisse présager des discussions musclées lors de la prochaine rencontre du premier ministre Trudeau avec ses homologues provinciaux, prévue jeudi en fin de journée.

Le rythme va s'adapter

M. Paré donne l’exemple d’un proche travaillant dans le domaine de la santé qui l’a prévenu mercredi qu’il serait vacciné dimanche. Ça, c’est le vaccin qui est dans notre congélateur aujourd’hui, mais qui va être donné. Parce que je n’ai pas d’entrée d’autres vaccins avant la semaine prochaine, observe-t-il.

Les vaccins qui sont dans des congélateurs, c’est notre inventaire qu’on va administrer et on donne des rendez-vous.

Pour janvier, on m’annonce 233 000 [doses de] vaccins. Nous, on va ajuster notre cadence pour ce nombre, tout simplement. Et chaque mois, on va ajuster notre personnel et nos sites de vaccination en lien avec ce qui est entré.

Le rythme va s’adapter au nombre de vaccins qui vont entrer. Aujourd’hui, on a une cadence de 6000, 7000 [vaccins administrés] par jour, parce qu’on se base sur ce qui est rentré. Quand on va arriver au mois de mai, juin, ça va être 300 000, 350 000, 400 000 personnes par semaine qui vont être vaccinées parce qu’on va avoir les vaccins.

Une citation de :Daniel Paré, directeur de la campagne québécoise de vaccination

C’est pour ça qu’on ne peut pas faire une règle de trois simple : aujourd’hui on en fait 6000, et à ce rythme-là, ça va prendre 4 ans. Le rythme va s’ajuster au nombre de vaccins qui va arriver, plaide-t-il.

M. Paré rappelle que l’objectif de la grande campagne de vaccination pour le Québec consiste à administrer 12 millions de doses au cours des huit ou neuf prochains mois. Aujourd’hui, on a reçu moins de 1 % des doses de vaccin. […] Mais c’est tellement de petits chiffres aujourd’hui. C’est pour ça que je vous parle de relativiser tout ça.

Le point qui va retarder la vaccination, c’est d’abord l’approvisionnement, croit également Gaston De Serres, épidémiologiste à l'Institut national de santé publique du Québec.

Mettre sur pied des équipes qui peuvent vacciner de grands nombres de personnes si le nombre de doses disponibles est très limité, ça ne vaut pas la peine, dit-il, d’autant plus que les ressources du réseau de la santé sont actuellement très limitées.

M. De Serres souligne aussi que, contrairement aux campagnes de vaccination annuelles contre l’influenza, il importe de s’assurer que les lieux de vaccination ne deviennent pas des lieux de transmission de la maladie.

Les doutes du Dr Weiss

Tous ne sont cependant pas rassurés par ces explications. Le Dr Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l'Hôpital général juif à Montréal, doute de l'efficacité de la campagne de vaccination, qu'il croit ralentie pour des raisons bureaucratiques.

Ça ne va pas assez vite parce qu’il y a beaucoup de vaccins qu’on a reçus et qu’on n’a pas administrés. On a la capacité de vacciner beaucoup mieux et beaucoup plus. Il faut être plus imaginatif, a-t-il fait valoir.

Je pense que tout le monde s’entend au niveau gouvernemental pour dire que plus on donne de vaccins, mieux c’est, parce que c'est le seul outil qu’on a pour sortir de cette crise, ajoute-t-il. Mais au niveau bureaucratique on est dans un espace de carcan qui est parfois difficile à comprendre. Il faut sortir de tout ça et donner une impulsion importante à la campagne de vaccination, pour que les gens puissent être vaccinés plus rapidement.

Le Dr Weiss s'étonne par exemple qu'il n'ait pas encore été vacciné, alors que son hôpital a été le premier hôpital désigné pour recevoir les patients atteints de la COVID-19. Je suis encore sur une liste d’attente, je suis bon soldat, j’attends mon tour, mais c’est clair qu’il faut accélérer le processus, note-t-il.

Le microbiologiste et infectiologue estime en outre que l'administration des vaccins n'est pas homogène sur le territoire québécois.

Il y a des endroits où ça va beaucoup mieux, il y a des endroits où ça va beaucoup moins bien. Il y a une espèce de géométrie variable avec laquelle on vaccine les travailleurs de la santé. Ce n’est pas homogène, et ça aussi il faut aussi avoir des mesures qui permettent de mettre des mesures au même palier, affirme-t-il.

Rappelons que Québec veut vacciner les résidents des CHSLD et des ressources intermédiaires et de type familial (RI-RTF) avant les travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux qui sont en contact avec des usagers.

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