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Peut-on réinventer les flirts en temps de pandémie?

Entre solitude et exaspération, des Manitobaines tentent de faire preuve de créativité pour poursuivre leurs rencontres amoureuses malgré les restrictions sanitaires. Y arrivent-elles? Témoignages.

Deux personnes pédalent sur un tandem, elles sont suffisamment loin l'une de l'autre pour assurer la distanciation physique.

Bars fermés, distanciation physique et masques imposés, interdiction de se rassembler : les restrictions sanitaires ont réduit à néant les possibilités de rencontres sociales.

Photo : Radio-Canada

Minimes et stressants. Voilà comment Mélissa résumerait ses rendez-vous amoureux des derniers mois.

Travailleuse du secteur de la santé, cette Winnipégoise a dû considérablement limiter ses contacts sociaux pendant la pandémie. Pour tromper sa solitude, la trentenaire – à qui Radio-Canada a accepté de donner un nom fictif pour respecter sa vie privée – continue de se laisser tenter par l’application de rencontre en ligne Bumble.

Depuis le mois de juin, cette dernière est allée à une quinzaine de rendez-vous avec une dizaine de Manitobains différents, en extérieur pour la plupart. Mélissa habite seule et peut donc avoir un visiteur désigné, qu’elle voit régulièrement.

Tu as l'impression de jouer à un jeu bizarre comme The Bachelorette, lance-t-elle, pour expliquer son impression de devoir rapidement restreindre le panel de prétendants pour choisir l'heureux élu.

La pandémie transforme aussi la façon dont se déroulent les rencontres.

Il y a beaucoup de pression, parce qu’on doit presque se précipiter dans une relation tout de suite. On doit se demander : OK, comment est-ce qu'on fait ça, quelles précautions prend-on, qui d’autre as-tu vu, etc.

Et caché derrière son masque, à deux mètres de distance, autour de conversations basées sur la pandémie, il est difficile de savoir s’il se crée ne serait-ce qu’une alchimie pendant ces rencontres, explique-t-elle.

Image de deux personnes portant un masque, assises chacune sur un banc, dans un parc enneigé.

Mélissa confie avoir choisi de filtrer tous les profils qui ne recherchent pas de relation sérieuse, car elle juge que ces personnes prennent trop de risques.

Photo : Radio-Canada

C’est risqué, confirme Margaux Miller, qui s'est elle aussi laissée tenter par des rencontres en ligne au début de la pandémie.

Comment savoir si votre rencard ne voit pas 10 personnes en même temps? Comment être sûre que votre rencontre ne va pas aboutir à une éclosion?, se demande-t-elle.

Je sais que je peux mettre mes patients à risque, les personnes que je vois à risque et moi aussi, renchérit Mélissa. J’essaye vraiment de garder mes distances et de m’assurer de vraiment apprécier une personne avant de la rencontrer.

Et pour cette habituée du port d'équipement de protection individuelle, un simple faux pas sur l'utilisation de masque ou de désinfectant pour les mains peut donner lieu à un non catégorique.

Quand je vois à quel point les personnes que je rencontre touchent leur masque tout le temps, ça m'angoisse.

Mélissa

Si c’est comme ça qu’ils se protègent, je me dis tout de suite que ça va être un problème, poursuit-elle.

Rencontres virtuelles, rencontres masquées

Il y a un mois, Mélissa s’est décidée à inviter chez elle l’un de ces rencards, après plusieurs rencontres dans un parc à chien. Pas de nourriture, pas de boisson; elle a même dû réorganiser son salon pour l’occasion.

On était assis à six pieds et on a gardé nos masques tout le temps, raconte-t-elle. On a posé la télévision sur la table pour avoir l’écran suffisamment loin de nous. On a regardé le film comme ça. C'était un peu ridicule.

À la fin du rendez-vous, tu es comme : "Bon, c’était sympathique", puis il y a un blanc. Normalement, c’est le moment où tu t'enlaces, où tu t’embrasses. Eh bien là, tu es juste comme : "OK, bye! Joyeuse pandémie!”

Mélissa
Illustration de deux écrans de téléphone desquels sortent les silhouettes d'un homme et d'une femme qui se touchent.

La pandémie change les règles du jeu lors des rendez-vous avec des personnes trouvées sur un site de rencontre en ligne.

Photo : iStock

Moins risqués, les rendez-vous par vidéoconférence peuvent eux aussi créer leurs lots de moments cocasses.

Si les rencontres virtuelles sont vues comme une occasion d’apprendre à se connaître davantage, Margaux Miller considère qu'elles demandent davantage d’effort, pour aucune récompense.

Je n’avais pas de connexion avec la personne, j’ai juste dit que j’avais un autre appel à prendre et j’ai coupé la vidéoconférence. What are they gonna do?

Margaux Miller

En personne, un rendez-vous raté demande au moins une ou deux heures avant de pouvoir s'échapper, raconte Margaux Miller. Voilà au moins un bon côté!

Mains liées

Mes amies sont découragées, lance toutefois Margaux Miller. Je leur ai demandé comment leur dating life allait, deux m'ont répondu : ''Non existante''. Trois ont dit : ''Plate, plate, plate''. Et la dernière a dit : ''Je continue des conversations par message, juste parce que je n’ai rien d’autre à faire''.

Quand on ne cherche rien de très sérieux, c’est difficile, reconnaît Jordana Hague, conseillère de vie et en relations amoureuses. À part si vous voulez enfreindre les restrictions, vous avez les mains liées.

Mélissa révèle de son côté avoir signalé l’un des profils de l’application Bumble qui stipulait être à la recherche d’une personne à câliner pendant la pandémie; chose qu’elle jugeait trop risquée.

Malgré tout, la quantité d'utilisateurs de sites de rencontre est telle ces derniers temps – par manque d’autres options – que le moment est idéal pour rencontrer quelqu’un, s'enthousiasme Jordana Hague.

Il faut être créatif et avoir un esprit ouvert. Il faut avoir conscience que les rendez-vous seront différents, mais que ce n’est pas bien grave.

Jordana Hague, conseillère de vie et en relations amoureuses

Jeux en ligne, visites virtuelles de musées : les possibilités d’activités en ligne sont multiples pour diversifier les rendez-vous.

On peut remettre d’actualité les appels téléphoniques, c’est quelque chose qu’on a perdu au fil des années, mais moi je trouve ça formidable!, lance-t-elle.

Un cap à passer

Margaux Miller s’estime chanceuse : après quelques rendez-vous ratés, les applications de rencontres en ligne lui ont permis de renouer avec un garçon qu’elle connaissait. Grâce aux restrictions, leur couple a rapidement évolué.

Pour moi, le dating ça a toujours été difficile, parce que je ne donnais jamais assez de temps et de focus. Là, on avait le temps et pas d’autres tentations, on ne pouvait voir personne d’autre, raconte-t-elle.

Tout le monde est un peu bored et exaspéré. À la fin de la journée, c’est difficile. Mais c’est un cap à passer. Quand tu as une connexion, ça peut évoluer rapidement, ajoute Margaux Miller.

Dans tous les cas, Jordana Hague espère que la pandémie permettra aux gens de prendre plus au sérieux les sites de rencontre en ligne. Elle encourage également les Manitobains à se questionner sur leurs priorités pendant la pandémie.

Beaucoup de gens considèrent que rencontrer quelqu’un n’est pas aussi important que ce qui se passe dans le monde en ce moment, mais moi je trouve que si, dit-elle. Pour ceux qui sont comme moi, il y a des possibilités.

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