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Analyse

Confinement et couvre-feu : quel effet économique faut-il prévoir?

François Legault, de profil, porte un masque.

Le premier ministre François Legault a annoncé l'imposition d'un couvre-feu pour tenter de freiner la propagation de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il est à espérer que l’imposition d’un couvre-feu et le prolongement du confinement auront un effet réel sur les courbes d’infections, d’hospitalisations et de décès au Québec puisque les mesures annoncées par le gouvernement Legault depuis la fin septembre n’ont pas eu les résultats escomptés.

En misant sur un couvre-feu, le gouvernement adopte une nouvelle stratégie qui fera beaucoup moins mal à l'économie, aux entrepreneurs et aux travailleurs, et qui pourrait avoir une incidence plus efficace sur la réduction de la transmission communautaire. Voilà une décision « équilibrée » et « nuancée », selon l'économiste Clément Gignac, qui était l'invité de Zone économie mercredi soir.

François Legault a besoin d'une stratégie gagnante. Le Québec est revenu, dans les derniers jours, au premier rang des provinces canadiennes pour ce qui est des taux d’infection et de mortalité attribuables à la COVID-19.

Le Québec est à 300 cas par million d’habitants sur la moyenne de sept jours, devant l’Alberta (à 234 cas) et l’Ontario (à 222 cas). Le niveau relatif d’infection au Québec demeure plus faible que les États américains voisins, mais plus élevé que le Mexique (73), la Norvège (104), la Belgique (140), l’Allemagne (210), la France (231), l’Afrique du Sud (259) et l’Italie (269).

Les pays les plus frappés à l'heure actuelle sont le Royaume-Uni (824), Israël (734), les États-Unis (666), la Suède (583) et le Portugal (511).

Le Québec arrive à ces niveaux de contamination malgré l’adoption de nouvelles mesures de restriction l’été dernier, marquées par un code de couleurs. Dès le 1er octobre, les restaurants, les bars, les salles de cinéma et les musées ont dû fermer leurs portes à la demande du premier ministre, même si le directeur de santé publique du Québec, Horacio Arruda, n’en faisant pas la recommandation précise.

Plusieurs régions sont passées en zone rouge au cours de l’automne, avant que le gouvernement en vienne à annoncer de nouvelles mesures pour le temps des Fêtes, notamment la fermeture des commerces de détail jugés non essentiels.

Un bilan décevant depuis le 1er octobre

Ces épisodes de semi-confinement n’ont pas été suffisants; on le constate après coup. Les éclosions demeurent importantes dans le secteur manufacturier, dans les écoles et dans la sphère privée. Des citoyens, des travailleurs et des employeurs subissent les contrecoups des mesures de confinement sans que la société en tire un bénéfice apparent.

Peut-être le Québec aurait-il dû suivre plus rapidement le couvre-feu de la France, qui a réussi à casser la dernière vague, comme l’a expliqué mon collègue Yanik Dumont Baron à Paris. Peut-être aurait-il été avisé aussi d’imposer un confinement total plus rapidement, comme en Israël, par exemple, qui est parvenu à faire baisser sa courbe de contamination.

La COVID-19 est toutefois de retour en forte hausse depuis quelque temps, à un moment où Israël arrive tout de même à vacciner très rapidement sa population; plus rapidement que n’importe qui sur la planète, dont le Canada en particulier.

Un effet économique réel, mais moins prononcé qu’au printemps

Il est facile de dire, après coup, que les choses auraient dû se passer autrement. Ce qui apparaît certain aujourd’hui, c’est que les nouvelles mesures annoncées n’auront pas le même effet sur l’économie que celles du printemps 2020.

Selon plusieurs économistes, nous sommes mieux préparés à vivre le confinement actuel, et ce, pour trois raisons.

D’abord, des programmes d’aide sont déjà en place. Le gouvernement fédéral a annoncé le maintien de la subvention salariale jusqu’à l’été prochain pour les entreprises qui choisissent de maintenir leurs employés en poste. Ottawa a aussi allégé l’accès à l’assurance-emploi, en plus de créer de nouvelles prestations, dont la désormais célèbre Prestation canadienne de maladie.

C’est surtout la Prestation canadienne de relance économique qui peut s’avérer la plus utile pour les citoyens. Celle-ci permet d’obtenir 1000 $ par tranche de deux semaines pour les personnes qui sont sans emploi ou qui ont vu leurs revenus chuter de 50 % en raison de la COVID-19.

Ensuite, bien des entreprises ont développé leurs ventes en ligne et mis sur pied des comptoirs de collecte ainsi que des services de livraison. Les entreprises sont mieux armées pour vivre cette nouvelle situation, bien que plusieurs entrepreneurs soient déçus, exaspérés et fatigués de poursuivre leurs activités dans un contexte de survie.

Et puis la distribution du vaccin qui est en cours, même si elle ne se déroule pas aussi rapidement qu’on le souhaiterait, devrait maintenir un certain niveau de confiance chez les consommateurs. Le niveau d’épargne générale et les revenus disponibles ont augmenté au cours de la dernière année en raison des soutiens gouvernementaux et de la réduction des dépenses des citoyens.

Plus de 820 000 emplois ont été perdus au printemps dernier, au Québec, dans la foulée du premier confinement. Il y a encore plus de 110 000 emplois manquants pour revenir au niveau d’avant-pandémie. Le taux de chômage est passé de 17 % en avril à 7,2 % en novembre. Il était de 4,5 % en février.

Il ne faut pas s’attendre à des chutes aussi prononcées, puisque les activités manufacturières et celles dans le secteur de la construction vont se poursuivre. Or il faut espérer que ces nouvelles mesures permettront de ralentir sérieusement la COVID-19 pendant qu’on poursuivra la vaccination des personnes les plus vulnérables.

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