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Comment mettre fin au travail de 152 millions d’enfants à travers le monde?

Un ancien enfant-soldat lance une mise en garde sur les conséquences du travail des enfants.

Un jeune garçon dans la montagne.

Un enfant sépare du minerai de la roche et du sable près de la mine de Mudere, dans la région de Rubaya, en RDC, le 28 mai 2013.

Photo : Getty Images / Junior D. Kannah

2021 est l’Année internationale de l’élimination du travail des enfants, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants-soldats, comme l’a proclamé l’Organisation des Nations unies (ONU). Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), 152 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans sont forcés de travailler.

Qu’ils soient associés aux groupes armés ou qu’ils travaillent dans des mines, des usines, des chantiers de construction ou dans l’agriculture, des enfants qui sont victimes d’exploitation ont souvent du mal à oublier la souffrance et d’autres atrocités subies.

L’Ontarien Junior Nzita Nsuami, un ex-enfant-soldat qui a combattu dans un ancien mouvement rebelle en République démocratique du Congo, se souvient encore de sa douloureuse vie d’enfant-soldat.

Junior Nzita en tenue militaire tient une arme en main.

En 2018 le nombre d'enfants présents dans les groupes armés en RDC était estimé à 4000, selon le site Internet de l'ONG Bureau international catholique de l'enfance.

Photo : Collection privée de Junior Nzita

C’était une vie de torture et de traumatisme au quotidien. Du début à la fin c'était douloureux. Il n'y a pas un seul chapitre de bonheur quand on est enfant-soldat.

Une citation de :Junior Nzita Nsuami

Junior Nzita Nsuami était en septième année lorsque les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) l’ont pris de force avec ses condisciples en 1996, alors qu’ils étaient dans l’enceinte de leur école à Kiondo, une cité dans la province du Sud-Kivu à l’est du Congo.

300 000 enfants-soldats dans le monde, selon une ONG

M. Nzita était âgé de 12 ans lorsqu’il a appris à manier les armes à feu et à être un soldat.

Lui et les autres enfants soldats ont été conduits dans un conteneur fermé au centre de formation de l’AFDL pour ne plus retourner dans leurs familles, dit-il. C'était douloureux pour des familles, déclare l’Ontarien.

Dans la rébellion, Junior Nzita n’était pas considéré comme un enfant, mais plutôt comme un soldat au même titre que les combattants adultes.

Lorsqu’on donne une arme à un enfant, on le considère comme un adulte. Pour motiver les enfants, les belligérants leur disent qu’ils sont des héros et invulnérables aux balles, regrette M. Nzita, actuellement ambassadeur de l’ONU sur la question des enfants-soldats.

En 2019, le nombre d’enfants-soldats dans le monde était estimé à 300 000, mentionne le site Internet de l’ONG Vision du monde.

Des séquelles jusqu’à l'âge adulte

Un enfant soldat en Afrique.

Les enfants-soldats sont régulièrement utilisés dans les conflits africains.

Photo : AFP / (Archives)

Même s’il a pardonné à ceux qui l'ont enrôlé de force, Junior Nzita affirme garder encore des séquelles. La plaie est tellement grande que seule la grâce divine peut aider à sortir de ce traumatisme. Ça laisse des traumatismes à vie, dit-il.

Des enfants astreints à des travaux dangereux connaissent des séquelles aussi bien sur le plan psychologique et physique que social. Il y a des conséquences sociales sur leur vie. Ils auront moins de chance d'obtenir un travail décent à l'âge adulte et seront exposés à la pauvreté, explique Mona Paré, professeure à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa.

Le Canada concerné indirectement

Mona Paré devant la caméra.

La professeure Mona Paré est aussi la fondatrice du laboratoire de recherche interdisciplinaire sur les droits de l'enfant.

Photo : Collection privée de Mona Paré

Le Canada est l’un des pays au monde qui veillent à la protection des enfants du travail néfaste.

De manière générale au Canada, on a des lois aux niveaux provincial et fédéral qui protègent les enfants. Par exemple, ils ne sont pas autorisés à travailler pendant les heures d'école ou la nuit, explique la professeure Mona Paré. Elle attire l’attention sur la différence à établir entre le travail néfaste et le travail léger. 

Lorsqu’on parle du travail des enfants, on ne parle pas généralement du travail léger qui est très commun partout, y compris au Canada. Le cas de l’aide à des tâches ménagères ou lorsque les enfants travaillent quelques heures par semaine pour se faire de l’argent

Une citation de :Mona Paré, professeure de droit à l'Université d'Ottawa

Par contre, le travail des enfants désigne généralement un travail néfaste pour les enfants, poursuit la professeure. Le travail des enfants est tout travail dangereux, celui qu’effectuent des enfants de moins de 12 ans à peu près, le travail qui interfère avec la scolarisation des enfants ou qui nuit à leur santé physique ou morale, dit-elle.

En Ontario, travailler pendant des heures de l’école n’est pas permis lorsque la personne est âgée de moins 16 ans, explique Irwin Elman, ancien intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l'Ontario. Selon lui, de manière formelle, le travail des enfants n’est pas possible en Ontario et au Canada.

Irwin Elman a des cheveux gris, des lunettes à monture noire, il a les yeux bleu clair

Irwin Elman, l'ancien premier intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

Même si au Canada la protection des enfants au travail néfaste est garantie, Mona Paré estime cependant que le pays est indirectement concerné par la problématique du travail des enfants. On a des multinationales qui travaillent avec des fournisseurs ou des filiales qui vont employer des enfants dans d’autres pays. On nous offre [dans certains cas] des biens qui sont certainement le résultat du travail des enfants. Elle cite l’exemple de l’industrie du vêtement et le secteur agricole.

2021 ne doit pas être un simple slogan de plus

Junior Nzita assis s'exprime au micro

Avec son association Paix pour l'enfance, Junior Nzita Nsuami se sert de différentes tribunes pour sensibiliser sur la question des enfants-soldats.

Photo : Collection privée de Junior Nzita

Depuis plusieurs années, des États dont le Canada ainsi que des multinationales ont pris plusieurs engagements pour mettre fin au travail des enfants.

En plus des instruments juridiques internationaux, plusieurs entreprises ont également adopté leurs propres politiques de responsabilité sociale. La plupart de ces codes incluent le fait que ces entreprises ne tolèrent pas le travail des enfants, ce qui n’est pas une garantie, pense la professeure Mona Paré.

C'est sûr que ça donne une bonne image aux États et aux entreprises. Mais ce n’est pas suffisant, parce qu'aucune de ces initiatives n'a un caractère contraignant. Il n’y a aucune conséquence pour ces entreprises de la violation de ces principes.

Une citation de :Mona Paré

À cela s'ajoute la structure complexe des multinationales. On peut bien dire qu’une multinationale canadienne par exemple a un beau code de conduite qui interdit le travail des enfants, mais c’est aussi facile pour cette entreprise de dire qu’elle n’a pas un contrôle entier sur qui est employé par ses filiales dans certains pays, dit Mme Paré.

Des enfants travaillent dans une usine de broderie à New Delhi, en Inde, en septembre 2013.

Des enfants travaillent dans une usine de broderie à New Delhi, en Inde, en septembre 2013.

Photo : Reuters / Anindito Mukherjee

Junior Nzita Nsuami exhorte les États et les multinationales à concrétiser les différents engagements pris en faveur de l'éradication du travail des enfants. C’est bien de choisir un thème, mais c’est aussi important d'opérer des changements réels en matière des politiques et de sanctionner ceux qui font travailler des enfants dans des mines ou ailleurs, suggère-t-il.

C’est ce qui va aider le monde pour qu’on parle de zéro enfant dans les mines, de zéro enfant-soldat ou de zéro enfant travailleur

Une citation de :Junior Nzita Nsuami

La professeure Mona Paré précise toutefois que, les dernières années, la sensibilisation du public au sujet des scandales des grandes marques qui permettaient le travail des enfants a contribué à améliorer tout de même la situation en matière de travail des enfants dans le monde.

Entre 2000 et 2016, le taux de travail des enfants a connu une réduction de plus de 38 %, d'après une étude conjointe de l’OIT et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).

Mais avec la COVID-19 la tendance pourrait s’inverser, car la pandémie a un impact négatif sur le travail des enfants, estime Mme Paré. Des ménages ont perdu des emplois et donc des revenus. À cause de ça, plusieurs enfants ont dû aller travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles, déclare-t-elle.

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