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Non, il n’y a pas eu moins de mortalité au Québec en 2020

Il y aurait plutôt une surmortalité d'environ 12 % au Québec en 2020 par rapport aux cinq années précédentes.

Capture d'écran d'une publication Facebook dans laquelle il est écrit  : "Elle est où la TABARNAK de PANDÉMIE pour détruire notre QUÉBEC PAR L'ÉGO et ses acolytes....". Une image présentant les statistiques de mortalité annuelles au Québec de 2010 à 2020 accompagne la publication. Le mot ATTENTION est superposé sur l'image.

Cette publication avait été partagée plus de 1400 fois au moment de mettre cet article en ligne.

Photo : Capture d'écran Facebook

Une image qui compare de manière trompeuse le nombre de décès au Québec en 2020 à ceux de la dernière décennie est devenue virale sur Facebook cette semaine, recueillant plus de 1300 partages en moins de 48 heures. Si la photo semble indiquer que les statistiques de mortalité de 2020 sont moins importantes que celles des années précédentes, la réalité est tout autre.

Elle est où la TARBARNAK de PANDÉMIE pour détruire notre QUÉBEC, peut-on lire dans cette publication d’une internaute québécoise datée du 3 janvier.

Les statistiques de mortalité totale au Québec de 2010 à 2020 (du 1er janvier au 1er novembre pour 2020). Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La photo contenue dans la publication virale.

Photo : Capture d'écran Facebook

L’image qui accompagne la publication montre qu’il y a eu 61 550 décès au Québec pour la période du 1er janvier au 1er novembre 2020. C’est un nombre moins élevé que celui des six années précédentes, selon ce qu’on peut voir sur la photo.

Les données sont bel et bien réelles, et proviennent de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Par contre, la manière dont elles sont présentées est trompeuse.

On compare 10 mois avec 12 mois des années précédentes, donc c’est tout à fait malhonnête, tranche le démographe Robert Choinière, expert-conseil en santé des populations et ancien directeur adjoint aux affaires scientifiques de l’Institut national de santé publique du Québec.

À partir de données publiques, M. Choinière documente indépendamment sur son site web (Nouvelle fenêtre) la surmortalité en 2020 au Québec et ailleurs dans le monde depuis plusieurs mois. Selon ses calculs, en date du 21 novembre, la pandémie s’est en fait traduite par une surmortalité de 12 % au Québec par rapport aux cinq années précédentes.

Une surmortalité de 12 %, c’est énorme. C’est du jamais-vu, résume-t-il.

Une première vague meurtrière

Toujours selon les calculs de M. Choinière, la surmortalité a atteint 64 % dans l’ensemble de la province et 193 % dans la région Laval-Montréal dans les semaines où la pandémie était à son plus fort, ce printemps.

En consultant le site web de l’ISQ (Nouvelle fenêtre), on observe d’ailleurs qu’il y a eu 21 050 morts au Québec dans la période allant d’avril à juin 2020. C’est une hausse de plus de 25 % par rapport à cette même période l’année précédente (16 800 morts), un indicateur clair de la surmortalité attribuable à la pandémie de COVID-19.

Et d’ailleurs, si l’on prend seulement en compte la période allant de janvier en octobre, on observe également une surmortalité importante en 2020.

Données incomplètes

Il est important de noter que les données de l’ISQ ne sont pas encore définitives. L’Institut explique sur son site web que le nombre de décès du mois le plus récent est produit à partir d'une méthode développée pour permettre l'estimation provisoire du nombre de décès par semaine.

Le portrait de la surmortalité au Québec en 2020 devrait donc de plus en plus se clarifier dans les prochaines semaines et les prochains mois, à mesure que l’Institut reçoit de plus en plus de bulletins de décès.

Tout compte fait, les statistiques de mortalité définitives peuvent prendre plus d’un an à être finalisées. L’ISQ mentionne sur son site web que même les statistiques de 2019 sont encore provisoires pour l’instant.

C’est très nouveau qu’on ait des statistiques récentes aussi rapidement, avec trois ou quatre semaines de délai, en 2020. L’ISQ a décidé de faire de même à cause de la COVID, explique Robert Choinière.

Selon les estimations du démographe, le Québec est en milieu de peloton à l’échelle mondiale en ce qui concerne la surmortalité en 2020. L’Espagne est par exemple l’un des pays les plus durement frappés par la pandémie, avec une surmortalité de 24 %, tandis que la surmortalité se situe à 17 % aux États-Unis. Le Danemark et l’Allemagne sont parmi les pays qui s’en sortent le mieux, ayant respectivement une surmortalité de moins de 1 % et de 2 %.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.
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