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Confinement jusqu’au 8 février : des craintes pour les personnes en détresse

Une femme est assise sur un lit et regarde la fenêtre.

Un confinement plus strict sera annoncé mercredi à 17 h par le gouvernement Legault, selon des sources de Radio-Canada (archives).

Photo : Shutterstock

Radio-Canada

Un confinement plus strict sera annoncé mercredi à 17 h par le gouvernement Legault, selon des sources de Radio-Canada. Des maisons d’hébergement pour femmes craignent une fois de plus que les victimes de violence conjugale soient isolées avec leur conjoint violent.

Dans son plus récent rapport, Hébergement femmes Canada indique que sur les plus de 550 maisons d’hébergement que l’organisme soutient, la majorité ont signalé une diminution des appels au début de la pandémie.

Or, une fois les mesures de confinement relâchées, plus de la moitié de ces maisons ont vu le nombre d’appels bondir.

Quelquefois, le taux d’occupation va augmenter, les demandes vont augmenter, mais par la suite, ça va diminuer. Ça, pour nous, c’est préoccupant, parce c’est un signe que les femmes ont de la difficulté à entrer en contact avec nos services parce qu’elles sont constamment avec leur conjoint violent [en période de confinement], explique la directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes du Québec, Manon Monastesse.

Cette dernière qualifie le taux d’occupation actuel de montagnes russes, ce qui la préoccupe parce que, habituellement, ces taux se maintiennent presque à 100 %. Elle soutient que les victimes ont très peu d’opportunités pour aller chercher de l’aide puisqu’elles sont confinées avec leur conjoint violent.

On a constaté qu’en cette ère de pandémie, les femmes qui arrivent aussi dans nos maisons d’hébergement, beaucoup sont accompagnées par des policiers, alors elles ont appelé aussi le 911, raconte Mme Monastesse.

On a constaté qu’elles ont vécu des formes de violence très sévères, quelque chose qu’on voyait beaucoup moins depuis plusieurs années, alors […] c’est le résultat d’être justement confinée et de ne pas avoir accès à nos services, déplore-t-elle en rappelant que des enfants peuvent aussi faire partie des victimes.

Manon Monastesse

Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« La pandémie […], avec le confinement et le reconfinement, a fait en sorte que ça a donnée des armes aux conjoints violents en termes de vraiment contrôler leur conjointe et, par le fait même, pouvoir exercer plus de violence. »

— Une citation de  Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des Maisons d’hébergement pour femmes du Québec

Le confinement plus strict ne sera pas le premier, et les maisons d'hébergement ont mis au point des stratégies pour s’adapter à la nouvelle réalité des victimes.

Les campagnes publicitaires et de sensibilisation se sont d’ailleurs multipliées au cours des derniers mois, raconte la directrice générale. Les épiceries et les pharmacies ont été invitées à donner l’accès à un téléphone pour que les femmes puissent prendre contact avec de telles maisons.

Mme Monastesse souligne que les femmes entrent davantage en contact avec les maisons d'hébergement au moyen des réseaux sociaux qu’avec le téléphone.

Mais en milieu rural, l’accès aux ressources peut être plus difficile, selon la directrice générale de la Maison Interlude, dans l’est ontarien.

L’accès aux services, le transport en commun, la distance et même les systèmes de médias sociaux, l’Internet et tout ça, c’est problématique dans notre région rurale où, maintenant, on est forcés d’utiliser encore plus les réseaux, l’Internet et tout ça pour avoir accès aux services, explique Muriel Lalonde.

Une application a ainsi été lancée à la fin de l’année 2020 pour donner plus de moyens aux femmes d’aller chercher de l’aide. On a mis à la disposition de notre clientèle une application, ou un lien […], où les femmes peuvent nous rejoindre par chat, donc c’est un peu plus confidentiel, […] moins apparent, met de l’avant Mme Lalonde. C’est un service qui est né dans la région d’Ottawa.

La directrice générale souhaite faire connaître les services de l’organisme et les ressources disponibles pour venir en aide aux femmes.

La Maison Interlude se décrit sur son site web (Nouvelle fenêtre) comme un organisme francophone sans but lucratif ayant pour mission notamment de soutenir et d’outiller les femmes et leurs personnes à charge victimes de violence. La Maison offre des services autant en français qu’en anglais.

« Plus les gens sont confinés, plus les problématiques au niveau de la santé mentale, au niveau de la consommation, s’ajoutent à la problématique ou amplifient encore plus la problématique de la violence faite aux femmes. »

— Une citation de  Muriel Lalonde, directrice générale de la Maison Interlude.
Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

L’Association québécoise de prévention du suicide s’adapte

À l’Association québécoise de prévention du suicide, il a aussi fallu s’adapter à la pandémie. Depuis le 15 octobre, une plateforme de clavardage est disponible sur le site www.suicide.ca (Nouvelle fenêtre). Un service de texto sera également offert bientôt.

Déjà, ça nous a permis de rejoindre des gens qui nous disent : "je n’aurais pas appelé une ligne d’intervention" [et] "je suis content contente d’avoir accès à un service qui permet d’écrire", souligne la responsable clinique de l’intervention numérique à l’Association, Françoise Roy.

Pour les personnes qui ne peuvent pas parler, ce service est très apprécié et se veut rassurant, selon elle.

Les services numériques de l’Association sont par ailleurs beaucoup sollicités par les jeunes dans la vingtaine, ajoute Mme Roy.

Il y a beaucoup d’organismes qui témoignent qu’ils ont eu une augmentation des demandes d’aide, ce qui est une bonne nouvelle, parce qu’on peut penser que le contexte dans lequel on est peut faire vivre de la détresse pour certaines personnes, indique-t-elle. L’Association offre aussi ses services pour les proches de personnes suicidaires ou encore les personnes endeuillées.

La pandémie force la population à s’adapter, croit Mme Roy. Ça nous amène du stress; le stress nous amène à se réorganiser, à faire appel à nos mécanismes d’adaptation qui, pour la majorité des gens, fonctionnent. Pour certaines personnes, le stress continue de les amener à être en détresse, et certaines personnes en détresse vont aussi penser au suicide, soutient-elle, mais ça ne peut pas faire le lien de cause à effet que la pandémie mène au suicide.

La psychologue et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Geneviève Beaulieu-Pelletier a proposé une réelle prise de conscience de la situation actuelle en entrevue à l'émission Les matins d'ici.

Plus on est conscient que c’est là pour un temps, plus on se protège dans un sens. On voit à l’avance venir les choses, a-t-elle dit. C’est important de garder espoir, par contre; il ne faut pas que ça nous empêche de voir la réalité, qui est une réalité qui va s’étirer sur plusieurs mois.

Mme Beaulieu-Pelletier convient que la situation actuelle est remplie d’incertitude, mais elle estime que cette prise de conscience permet d’adopter une attitude différente. Quand je comprends la situation, ça me permet [...] davantage de respecter cette consigne, mais surtout de la prendre avec une attitude qui est vraiment différente, plutôt que de le sentir comme un élément plus contrôlant.

Avec les informations de Stéphane Leclerc et Philippe Marcoux

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