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Premières Nations : la deuxième vague frappe plus fort

La directrice du centre hospitalier Kateri-Memorial Tehsakotitsen:Tha de Kahnawake, Lisa Westaway, discute avec des employées.

La directrice du centre hospitalier Kateri-Memorial Tehsakotitsen:Tha de Kahnawake, Lisa Westaway, discute avec des employées.

Photo : Radio-Canada / Cécile Archer

Malgré les mesures plus strictes imposées par Québec à la mi-décembre, le nombre de cas de COVID-19 augmente de façon fulgurante à l’échelle de la province depuis deux semaines, et les Premières Nations n'y font pas exception. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs ajouté de nouvelles restrictions pour limiter l’ampleur des éclosions naissantes.

Au 4 janvier, les Premières Nations du Québec comptaient 313 personnes infectées par la COVID-19, soit le double du nombre de cas détectés entre mars et novembre.

Trois communautés font face à d’importantes éclosions, soit Opitciwan, Manawan et Kahnawake, selon Marjolaine Siouï, directrice générale de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL).

L’intensité de la récente éclosion dans la communauté d’Opitciwan a placé la Première Nation atikamekw en tête de liste des priorités pour l’obtention des premières doses du vaccin de Moderna au Québec. On y compte 109 cas de COVID-19, dont 75 toujours actifs.

Jean-Claude Méquish devant une murale.

Le chef de la communauté atikamekw d’Opitciwan, Jean-Claude Méquish, a été parmi les premiers à recevoir le vaccin de Moderna au Québec.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

La communauté a d’ailleurs interdit à ses membres de faire du covoiturage avec d'autres ménages ou avec des visiteurs jusqu'à nouvel ordre afin de briser la chaîne de transmission.

Opitciwan a reçu 1200 doses dimanche par hélicoptère. Et d’autres doses du vaccin de Moderna doivent arriver d’ici peu à Wemotaci et à Manawan, en Haute-Mauricie, a annoncé Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw (CNA). Nous sommes très heureux que les gouvernements nous considèrent comme des personnes vulnérables à cause des risques de complications, admet-il.

Fermeture des entreprises non essentielles

La communauté mohawk de Kahnawake, au sud de Montréal, a signalé neuf cas actifs lundi, et l'équipe du COVID-19 Task Force est à pied d'œuvre pour trouver les contacts potentiels.

Ce n'est pas le nombre de nouveaux cas qui m’inquiète, c'est la quantité de contacts qu'il y a pour chacun de ces cas. Car plus on transmet le virus, moins on a de contrôle pour minimiser le risque pour nos personnes les plus vulnérables.

Une citation de :Lisa Westaway, codirectrice du Groupe de travail sur la COVID-19 de Kahnawake

La gestionnaire rappelle qu’il n'y a eu aucune hospitalisation ni aucun décès dans la communauté, ainsi que très peu de transmission communautaire dans les écoles ou les CHSLD. Elle estime que les éclosions survenues récemment sont attribuables à des rassemblements privés.

Un panneau sur le bord de la route indique « Pas de tabac vendu à Kahnawake ».

Le Groupe de travail sur la COVID-19 de Kahnawake a ordonné la fermeture de toutes les entreprises non essentielles, y compris les magasins de tabac, pour le mois de janvier.

Photo : CBC

Le groupe de travail a fermé les entreprises non essentielles jusqu'au 31 janvier à titre préventif après les rassemblements des vacances de Noël. On s’attendait à voir une augmentation après les Fêtes, admet-elle.

Mais la communauté n’a pas fermé ses portes ou installé de guérites pour surveiller les allées et venues. Nos entreprises sont fermées, donc les gens n’ont aucune raison de venir ici, estime Lisa Westaway. On préfère éduquer la population à rester dans leur propre région.

Et pendant ce temps, plus de 100 travailleurs de la santé de Kahnawake ont déjà reçu leur première dose du vaccin Pfizer-BioNTech, tandis que les résidents des foyers de soins de longue durée de la communauté doivent recevoir le vaccin Moderna cette semaine.

Les priorités de vaccination établies à Kahnawake sont similaires à celles de tous les milieux urbains québécois, étant donné sa proximité avec Montréal.

Or, le conseil de bande fait tout de même pression sur Québec pour passer dans les catégories prioritaires. On est plus vulnérables, notamment à cause du taux de diabète et d’autres facteurs liés à la santé, mais aussi à cause du facteur de proximité dans les maisons multigénérationnelles, explique Lisa Westaway.

On fait de notre mieux pour garder le contrôle

La communauté de Listuguj, l’une des trois communautés micmaques de la Gaspésie, est elle aussi témoin d’une éclosion depuis la fin de l’année 2020. On y compte 13 cas actifs, dont une hospitalisation, mais la direction de la santé de la Première Nation dit s’attendre à ce que le nombre de cas continue d’augmenter dans les prochains jours.

Listuguj a d’ailleurs fermé toutes les entreprises non essentielles jusqu'à la fin du mois. Il y a un peu d'inquiétude et d'anxiété dans la communauté, et nous faisons de notre mieux pour nous assurer de garder le contrôle, a déclaré Darcy Gray, chef du gouvernement micmac.

La source de l'épidémie proviendrait de jeunes de la communauté qui étudiaient dans une zone rouge et qui n’ont pas respecté la quatorzaine, selon le chef.

Le chef de Listuguj, Darcy Gray.

Le chef de Listuguj, Darcy Gray

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Cette nouvelle éclosion n’a pas eu de conséquence dans la communauté de Gesgapegiag, à une heure de route à l’est de Listuguj, qui n’a eu aucun cas de COVID-19 depuis mars.

Les services de santé de Listuguj et de Gesgapegiag ont une excellente coopération, et le chef [Darcy] Gray et moi-même échangeons davantage depuis l'éclosion à Listuguj, qui n'a eu aucun impact signalé à Gesgapegiag à ce jour.

Une citation de :Le chef de Gesgapegiag, John Martin, par courriel

John Martin ajoute que l'arrivée du vaccin ne réglera pas tous les maux. Nous ne pouvons compter que sur le sens des responsabilités des gens jusqu'à ce que tout le monde soit vacciné.

Apprendre de la crise du printemps dernier

Les Premières Nations innues, de la Côte-Nord, n’ont pas été touchées aussi durement par la première vague.

Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, a été témoin de la première éclosion au sein d’une communauté autochtone au Québec au printemps, rappelle Jean-Claude Therrien Pinette, responsable des communications au comité des mesures d’urgence. Et c’est ce qui a sensibilisé la population à être prudente tout en mettant en œuvre des mesures encore plus sévères que celle de la santé publique du Québec.

On est très conscients de nos vulnérabilités, et toutes les mesures qu’on instaure, c'est pour protéger nos aînés, envers qui on a énormément de respect. C’est une responsabilité humaine qu’on a de se protéger et de s'entraîner.

Une citation de :Jean-Claude Therrien Pinette

Nombre de communautés ont par exemple placé des guérites à l’entrée de leurs territoires pour maîtriser les allées et venues et, surtout, pour imposer une quarantaine obligatoire à ceux qui arrivent de zones à risque.

Les gens pensent qu’on est chanceux

Les communautés cries du Québec ont elles aussi réussi à conserver un nombre limité d’infections, notamment grâce à la quatorzaine obligatoire au retour des régions désignées à risque par le conseil de bande.

Nos mesures sont très sévères, admet Paul John Murdoch, secrétaire et négociateur au Grand Conseil des Cris. Les gens pensent qu’on est chanceux, mais les Cris ont payé très cher pour avoir les chiffres qu’on a.

Il donne l’exemple des travailleurs miniers, qui passent deux semaines à la mine puis ont deux semaines de congé, pendant lesquelles ils doivent s’isoler. On a des personnes qui ont passé dix semaines sans voir leur famille à cause de ces règles-là.

Deux autres mesures ont aidé à la réussite de la Nation crie, selon lui.

D’abord, les autorités mettent en ligne un registre public des gens qui doivent être en quarantaine pour chaque communauté. La police n’avait pas besoin d’intervenir, parce que tout le monde se surveillait, explique-t-il. Et un couvre-feu a été imposé dans la plupart des communautés à 22 h depuis l’été.

Avec les informations de CBC

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