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Confusion sur un raid aérien français au Mali

Un hélicoptère militaire NH90 Caïman près d'une base d'opérations avancée temporaire (BOT) pendant l'opération Barkhane à Ndaki, au Mali, le 29 juillet 2019.

Un hélicoptère de combat français au Mali

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Agence France-Presse

Que s'est-il passé dimanche près de Douentza, dans le centre du Mali en pleine tourmente sécuritaire? L'armée française dit que ses avions ont éliminé des dizaines de djihadistes, tandis que des villageois rapportent la mort de plusieurs civils dans la frappe d'un hélicoptère non identifié.

Les messages ont proliféré sur les réseaux sociaux depuis dimanche au sujet des événements survenus dans le village de Bounti, dans le centre du Mali, qui est l'un des principaux foyers de violence au Sahel.

Le silence observé par les autorités maliennes et par la force antidjihadiste française Barkhane a laissé le champ libre à un flot de spéculations, difficilement vérifiables dans une zone éloignée dont l'accès est rendu très compliqué par la forte présence des djihadistes. Il n'y a guère que l'armée nationale et Barkhane pour opérer offensivement dans le ciel malien.

Tabital Pulakuu, une association pour la promotion de la culture de l'ethnie peule, a fait état la première d'une frappe aérienne [ayant] coûté la vie à une vingtaine de personnes civiles au moins au cours d'un mariage. Des témoignages de villageois recueillis par l'AFP ont accrédité ce récit.

L'armée française a fini par s'exprimer mardi. Dimanche, a dit l'état-major français à l'AFP, une patrouille d'avions de chasse a frappé à l'ouest d'Hombori (donc, dans le même secteur) un rassemblement de djihadistes préalablement repérés après une opération de renseignement de plusieurs jours. Elle a neutralisé plusieurs dizaines d'entre eux, a-t-il ajouté par euphémisme.

Le comportement des individus, leur équipement et le recoupement du renseignement excluent autre chose qu'un rassemblement djihadiste comme Barkhane en frappe régulièrement, a-t-il dit. Il ne peut y avoir de doute et d'ambiguïté : il n'y avait pas de mariage, a assuré un responsable militaire français.

La version des villageois

Des villageois joints sur place livrent une autre version. Celle-ci est si différente, et l'indigence d'informations est si importante que, parmi de multiples conjectures, l'hypothèse d'évènements concomitants dans le même secteur ne peut être totalement exclue.

Les villageois ont relaté une frappe d'hélicoptère en plein jour semant la panique dans une foule assemblée, selon eux, pour des noces.

Cela a été le sauve-qui-peut. Je me suis retrouvé en brousse, mais j'ai perdu deux frères, a dit Ahmadou Ghana.

L'hélicoptère volait très bas, au point qu'on croyait qu'il allait survoler le village, a abondé un autre villageois, Mady Dicko.

Depuis dimanche, nous n'avons vu aucun représentant des autorités. Alors, ce matin, on a creusé une fosse pour mettre les corps, qui sont restés là depuis dimanche sans que personne n'y touche , a dit Mady Dicko.

Les corps ne sont pas identifiables, ce sont des restes de corps, des morceaux de corps humains éparpillés, a rapporté un autre villageois, Hamdoun Baouro Sy. Nous aimerions que les autorités viennent au moins nous dire à qui appartient l'hélicoptère, qui a tué nos parents.

Mutisme des autorités maliennes

Sollicitées à maintes reprises, les autorités maliennes dominées par les militaires depuis le putsch du 18 août sont restées silencieuses.

La force des Nations unies (MINUSMA) a affirmé qu'elle n'était pas impliquée dans les événements survenus récemment dans la zone de Bounti. La division des droits de l'Homme de la MINUSMA a initié une enquête, a indiqué un porte-parole.

Les faits survenus à Bounti sont une nouvelle manifestation de l'âpreté du théâtre sahélien. Samedi, 100 civils ont été tués dans deux villages de l'ouest du Niger, lors de l'attaque djihadiste considérée comme la plus meurtrière contre des non-belligérants au Sahel.

La France vient de perdre coup sur coup cinq soldats tués au Mali par des engins explosifs improvisés. Elle examine actuellement l'évolution de son engagement en cours depuis 2013 au Sahel, où elle déploie 5100 soldats.

Quant aux militaires qui ont pris le pouvoir en août à Bamako et promettent de le rendre aux civils, ils doivent montrer qu'ils sont capables de stopper la descente aux enfers en cours depuis des années.

La région de Mopti, où se trouve Bounti, à quelque 600 kilomètres de Bamako, est l'un des principaux foyers des violences parties du nord en 2012. Depuis que les groupes armés, à commencer par celui de l'imam radical peul Amadou Koufa affilié à Al-Qaïda, y ont pris pied en 2015, le centre est le théâtre d'exactions de toutes sortes : attaques contre le peu qu'il reste de l'État, massacres, représailles et actes crapuleux.

Les violences ont pris un caractère communautaire accru, surtout entre Dogons et Peuls, souvent assimilés aux djihadistes. À ces violences s'ajoutent les exactions des forces de sécurité maliennes contre les civils.

Les violences au Sahel ont fait des milliers de morts depuis 2012.

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