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Bilan de santé 2020 : la crise des opioïdes dans le Nord de l'Ontario

Des croix blanches sont plantées dans la neige avec des roses et le nom des défunts.

Des croix ont été plantées à Timmins à la mémoire des disparus de la crise des opioïdes.

Photo : Radio-Canada / Avec l'autorisation de @NO MORE

Ezra Belotte-Cousineau

Alors que la communauté internationale a son attention rivée sur la COVID-19, les surdoses d'opioïdes ont fauché plus de vies dans le Nord de l'Ontario l'an dernier.

Même si le nouveau coronavirus a accaparé la grande majorité de l'espace médiatique, la crise des opioïdes a pris de l'ampleur dans plusieurs régions.

Tableau de comparaison entre les décès dus à la COVID-19 et ceux par surdoses d'opioïdes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tableau de comparaison entre les décès dus à la COVID-19 et ceux par surdoses d'opioïdes.

Photo : Radio-Canada

Patrick Nowak, infirmier en santé publique du Bureau de santé de Porcupine, confirme que 2020 a été une année difficile. Selon lui, l'augmentation du nombre des surdoses a précédé la pandémie.

Une augmentation considérable de distribution des trousses de naloxone a été observée depuis 2017 dans les différentes régions du Nord de l'Ontario, souligne toutefois M. Nowak.

Davantage de citoyens ont administré en 2020 le médicament par eux-mêmes à un individu en détresse avant l'arrivée des ambulanciers, ce qui démontre que les campagnes de sensibilisation fonctionnent, d'après l'infirmier.

2020, début d'une collaboration

Malgré les chiffres et les tendances alarmantes, Patrick Nowak rappelle que certaines étapes importantes à ses yeux ont été franchies durant l'année, afin de mieux coordonner les efforts dans la lutte contre cette crise.

2020 est aussi l'année où plusieurs de nos collaborateurs se sont rassemblés pour chercher des solutions et trouver ce qui pouvait être fait de plus.

Une citation de :Patrick Nowak, infirmier en santé publique du Bureau de santé de Porcupine
Une trousse de naloxone, l'antidote aux surdoses d'opioïdes

Des trousses de naloxone comme celle-ci contiennent trois fioles de l'antidote aux surdoses d'opioïde (archives).

Photo : Radio-Canada

Des rencontres à huis clos ont notamment été tenues avec les élus de tous les ordres gouvernementaux de la ville de Timmins ainsi que des intervenants du milieu de la santé.

Plusieurs d'entre eux ont affirmé à l'époque avoir été choqués par ces rencontres et ont affirmé vouloir mettre en place une procédure mieux coordonnée.

La ministre de la Santé muette

Lors de ces rencontres, les experts de la santé, dont la Dre Julie Samson, urgentologue à l’hôpital de Timmins, ont fait valoir que la priorité était de bâtir une approche qui considérerait les toxicomanes comme des malades et non des criminels.

La ministre de la Santé, Christine Elliott, n'a pas répondu à nos multiples demandes de commentaires sur la question de savoir si elle adhérait ou non à cette notion et si elle avait le soutien de ses collègues à Queen's Park.

La ministre de la Santé, Christine Elliott, a répondu aux questions des journalistes, mardi.

La ministre de la Santé, Christine Elliott

Photo : Chaîne de l'Assemblée législative de l'Ontario

Son ministère n'a pas non plus communiqué à Radio-Canada ses objectifs pour l'année 2021 quant à la gestion de la crise des opioïdes dans le Nord de l'Ontario.

Des citoyens à bout de souffle

À Timmins, municipalité qui est fortement touchée par l'épidémie de surdose, un groupe de pression a été créé sur Facebook en 2020 afin d'organiser des manifestations devant les résidences de revendeurs de drogue suspectés.

La police de Timmins a affirmé lors d'un entretien qu'elle n'encourageait pas ces actions, et a souligné qu'une confrontation avec un revendeur de drogue pourrait mal se terminer.

Plus de 2400 personnes ont adhéré au groupe No More en quelques mois, explique Louise Lefebvre, une ancienne toxicomane qui a participé à la fondation du groupe.

Louise Lefebvre tient une pancarte antidrogue dehors l'hiver devant un poste de police.

Louise Lefebvre a aussi manifesté en 2020 devant les bureaux de la Police provinciale de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Avec l'autorisation de @NO MORE

Si elle se permet de croire que leurs manifestations ont encouragé la police à intervenir et à procéder à des arrestations de revendeurs, elle remarque que son groupe est aussi devenu un forum d'échange et d'entraide pour quiconque est aux prises avec la drogue.

Nous avons fait une cérémonie avec des croix [...] en l'honneur de tous ceux que nous avons perdus à la toxicomanie. Ç’a été vraiment beau, ça nous a beaucoup aidés. Nous avons pleuré ensemble et ça nous a montré [qu'on n’est pas tout seuls].

Une citation de :Louise Lefebvre, fondatrice du groupe No More

En faveur d'un centre de désintoxication

Outre son action contre les revendeurs de drogue, Mme Lefebvre milite maintenant pour l'ouverture de nouvelles places dans les centres de désintoxication.

À Timmins, il y a 3 ou 4 personnes qui sont mortes en attendant, parce qu'on n’a pas de lits. À Timmins, 5 lits, c'est une blague quand on considère tout ce qui se passe aux alentours.

Une citation de :Louise Lefebvre, fondatrice du groupe No More
Lits au centre de Recovery Point, qui offre des cures de désintoxication.

Des lits dans un centre de désintoxication (archives)

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Louise Lefebvre explique que les 30 premiers jours sont les plus difficiles pour un toxicomane qui tente de s'en sortir et, selon elle, ces personnes doivent être prises en charge immédiatement.

C'est difficile de dire à un toxicomane, arrête de prendre de la drogue pendant 30 jours, et après je vais t'aider.

Une citation de :Louise Lefebvre, fondatrice du groupe No More

Inquiétudes face à 2021

Pour sa part, Patrick Nowak se dit inquiet face à la perspective de 2021, mais ses collègues et lui ont des solutions à mettre en œuvre, notamment une campagne pour réduire la stigmatisation face à la toxicomanie.

Portrait de Patrick Nowak.

Patrick Nowak est infirmier en santé publique pour le bureau de santé de Porcupine.

Photo : Radio-Canada

La stigmatisation est un énorme obstacle pour les toxicomanes. Cela peut les empêcher d'aller chercher de l'aide de peur [d'être jugés].

Une citation de :Patrick Nowak, infirmier en santé publique du Bureau de santé de Porcupine

Toutefois, l'infirmier en santé publique conclut que ce problème complexe ne pourra être résolu qu'avec la coopération de tous les intervenants de tous les milieux visés par la crise des opioïdes.

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