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Des experts en santé publique recommandent un confinement strict au Québec

Un ambulancier s'occupe d'un patient allongé sur une civière près d'une ambulance dont la porte arrière est ouverte.

Des experts en santé publique recommandent à Québec d’adopter des mesures beaucoup plus strictes en raison de la hausse des cas et des hospitalisations.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les experts en santé publique, préoccupés par l’importante hausse des hospitalisations et des décès liés à la COVID-19 qui sont enregistrés depuis le début du temps des Fêtes, recommandent au gouvernement du Québec d’adopter des mesures beaucoup plus strictes pour limiter au minimum les contacts sociaux, afin de briser la chaîne de la transmission communautaire.

Tous ceux qui ont été interrogés par Radio-Canada s’entendent pour dire que les mesures prises jusqu’à maintenant ne fonctionnent pas et pensent qu’il faut prendre le taureau par les cornes et obliger la population à suivre des règles plus sévères qui pourraient s’apparenter à celles qu’on a connues au début du printemps dernier.

Le 1er octobre, le 1er novembre, on était à 1000 [nouveaux] cas par jour, on était sur un plateau. Le 1er décembre, on était à 1500, et là, on approche 3000, déplore Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, au micro de Tout un matin.

Au vu de ces chiffres, M. Mâsse pense que le gouvernement n’a maintenant plus de marge de manoeuvre pour accueillir plus de malades de la COVID-19 dans les hôpitaux et qu’il doit prendre les décisions qui s’imposent, même si ce sont des choix déchirants.

On doit s’assurer que la décision qui va être prise cette semaine créera le moins d’incertitude possible. Elle doit fonctionner, elle doit réduire les cas. On ne peut plus dire qu’on va essayer quelque chose et qu'on va voir si ça va fonctionner.

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Roxane Borgès Da Silva, elle aussi professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, pense de même et suggère d’y aller de mesures encore plus radicales qu’au printemps. Il faut réduire tous les contacts possibles, dit-elle.

Il faudrait tout fermer pour isoler tout le monde et éviter que la contamination continue. Il faudrait peut-être même penser à des mesures comme le couvre-feu, comme ç'a été fait en France, puisqu'on voit que le simple fait de demander aux gens de ne pas se rassembler ne semble pas suffisant. On n’a plus le choix au point où on est rendus.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Mme Borgès Da Silva, tout comme Benoît Mâsse, propose de fermer toutes les entreprises, comme au printemps dernier, ainsi que les écoles secondaires, et ce, pour une période minimale d’un mois, jusqu’à la fin de janvier.

Deux semaines ne seraient pas suffisantes. Ça permettrait de freiner un peu la transmission communautaire, mais pas de la circonscrire. […] Il va falloir mettre pour quatre semaines des mesures strictes qui vont avoir un réel effet, croit-elle.

L’experte en santé publique pense qu’une courte fermeture de l’économie ne devrait pas être trop dommageable.

Il n’y a pas de reprise économique sans une population en santé. On ne pourra pas continuer à faire rouler l’économie dans un contexte où on a de l’absentéisme et des gens malades, avance-t-elle.

Pour sa part, la chef du département de médecine préventive et de santé publique au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Marie-France Raynault, ne va pas jusqu’à suggérer la fermeture complète de l’économie.

Elle considère toutefois que la stratégie actuelle du gouvernement est un échec partiel et qu’il pourrait faire beaucoup plus pour assurer le respect des règles.

À Midi info, Mme Raynault a recommandé notamment que la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) serre la vis dans les milieux où il y a beaucoup de transmission, entre autres dans les milieux de soins.

Elle propose de faire de même dans les résidences pour personnes âgées, où, note-t-elle, ont toujours lieu des activités et des repas communautaires.

Peut-être qu’on pourrait, temporairement, serrer la vis de façon importante, commente-t-elle.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

La situation s'aggrave malgré la pause des fêtes

Vers la fermeture complète des écoles?

Quant à la fermeture des écoles, qui seraient responsables d’environ 30 % des éclosions de COVID-19, elle serait aussi nécessaire pour éviter d’augmenter les contacts, affirment les experts.

Cependant, seules les écoles secondaires devraient être fermées, allègue Roxane Borgès Da Silva, selon qui les élèves du secondaire sont plus autonomes et peuvent plus facilement suivre un enseignement en ligne, alors qu'il est préférable pour le développement de ceux du primaire qu’ils se présentent à l’école.

Il faut toujours faire un équilibre entre l’impact de la transmission et le besoin d’apprentissage des enfants, leur isolement social, leur développement et leur bien-être. Donc, dans ce contexte, j’essaierais de maintenir ouvertes le plus possible les écoles primaires.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Elle rappelle également que les jeunes enfants sont reconnus pour être des vecteurs de propagation de la COVID-19 beaucoup moins importants que les adolescents.

Marie-France Raynault se prononce elle aussi catégoriquement contre la fermeture des écoles primaires et conseille qu’au secondaire, à défaut de fermer complètement les écoles, on oblige le port de masques chirurgicaux et non plus de simples couvre-visages, beaucoup moins efficaces.

Marie-France Raynault et Benoît Mâsse insistent sur le fait qu’il n’y en a plus pour longtemps et que la vaccination des populations à risque devrait nous permettre d’assouplir les mesures en place d’ici la fin de l’hiver.

Les deux prochains mois, ce que doivent faire les Québécois, c’est gagner du temps en réduisant les contacts. Gagner du temps pour permettre à la campagne de vaccination d’aller vacciner dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés [RPA] et les 80 ans et plus, fait valoir M. Mâsse.

On est dans les derniers milles. D’ici la fin de février, les gens les plus en danger auront été vaccinés.

Marie-France Raynault, chef du département de médecine préventive et de santé publique au CHUM

Lundi, le ministère de la Santé du Québec a déclaré 2546 nouveaux cas de COVID-19 et 32 décès supplémentaires attribuables à la maladie. Le nombre d'hospitalisations s'élève à 1294, en hausse de 69.

Le premier ministre François Legault devait s'adresser aux Québécois mardi, à 17 h, lors d'un point de presse virtuel, mais lundi soir, son cabinet a fait savoir que ledit point de presse était annulé et reporté à la même heure mercredi.

Selon nos sources, les membres du gouvernement veulent se donner plus de temps pour peaufiner les détails de l'annonce à venir, les scénarios évoqués impliquant de nombreux chambardements.

Avec les informations de Sébastien Bovet

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