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Archives

Les valises rouges des sœurs Lévesque

Le présentateur Bernard Derome animant un Téléjournal avec en mortaise des photos des soeurs Lévesque.

L'affaire des sœurs Lévesque a fait l'objet d'une grande attention médiatique en 1986.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 7 janvier 1986, deux sœurs saguenéennes, Micheline et Laurence Lévesque, sont arrêtées à l’aéroport de Rome. Dans leurs valises rouges, les douaniers ont trouvé six kilos et demi d'héroïne pure. Nos archives retracent le fil de ce feuilleton judiciaire.

L’annonce de l’arrestation des sœurs Lévesque crée la stupéfaction au Saguenay et dans tout le Québec.

Les deux femmes dans la cinquantaine qui ont longtemps enseigné à la polyvalente de Jonquière n’ont pas vraiment le profil type du trafiquant de drogue.

Téléjournal, 8 janvier 1986

Au Téléjournal du 8 janvier 1986, l’information est encore parcellaire. Personne n’a pu communiquer avec les deux Québécoises depuis leur arrestation, explique l’animateur Bernard Derome.

On sait toutefois qu’elles ont été inculpées de possession d’héroïne et qu’elles subiront sous peu leur premier interrogatoire avec le juge d’instruction italien.

De Rome, le journaliste Michel Miato s’entretient avec Wilfrid Licari, de l’ambassade canadienne, qui a été informée rapidement de la situation par les autorités italiennes, signe de la bonne relation entre les deux pays.

« On n'y croit tout simplement pas! »

— Une citation de  La journaliste Louise Lafontaine

À Jonquière, la journaliste Louise Lafontaine tente d’en savoir plus sur les deux femmes, en apparence rangées et sans histoire.

À part les commentaires de quelques collègues de la polyvalente qui les croient innocentes, la journaliste ne parvient pas à en apprendre beaucoup plus. La consigne de ne pas faire de commentaires a déjà circulé dans l’entourage des deux sœurs.

Aussi incroyable que cette histoire puisse paraître, on cherche avant tout à ne pas leur nuire, résume la journaliste.

Vers la prison de Rebibbia

Au moment de leur arrestation, les deux sœurs Lévesque revenaient d’un séjour de trois semaines en Inde et ne faisaient que transiter par l’aéroport de Rome.

Dans leur déposition, elles affirment avoir rencontré un agent de voyage québécois, un certain Sylvain Roy, qui leur aurait procuré des billets bon marché pour New Delhi et qui aurait gardé leurs valises en consigne lors d'une expédition. C'est lui qu'elles accusent du méfait.

Le Point, 21 janvier 1986

À l’émission Le Point du 21 janvier 1986, l’animateur Simon Durivage s’entretient avec le chef de la douane de l’aéroport de Fiumicino.

Le capitaine Renato Vanni explique que ce sont des chiens renifleurs qui ont trouvé la drogue dans les valises rouges de Micheline Lévesque.

La colle était encore fraîche dans le double fond des valises. Comme si les six kilogrammes d’héroïne y avaient été dissimulés à peine quelques heures plus tôt.

À l’aéroport de Fiumicino, les saisies de drogue sont quotidiennes, mais celle des sœurs Lévesque est la troisième en importance depuis 1985, note le douanier.

Les sœurs Lévesque semblaient-elles conscientes? Étaient-elles agitées? demande l’animateur Simon Durivage.

« Elles ont semblé très étonnées de notre découverte, puis elles se sont fermées dans un silence », affirme le capitaine Renato Vanni.

Micheline et Laurence Lévesque ont simplement demandé aux douaniers s’il y avait eu un contrôle spécial pour elles, puis quel allait être leur sort.

Vers une résidence surveillée

Le Point, 24 avril 1986

«  107 jours ont passé depuis qu'ont été arrêtées à l'aéroport de Rome les sœurs Laurence et Micheline Lévesque de Jonquière. »

— Une citation de  L’animateur Pierre Nadeau

Au printemps 1986, les sœurs Lévesque sont toujours incarcérées en Italie, mais elles apprennent que le juge d’instruction leur consent un arrêt domiciliaire.

En attente de leur procès, elles pourront vivre dans une résidence surveillée à Rome plutôt qu’être détenues à la prison de Rebibbia.

Pour l’émission Le Point du 24 avril 1986, la journaliste Marcelle Padovani recueille leurs impressions à la suite de cette annonce.

Les deux sœurs Lévesque commentent leur séjour à la prison de Rebibbia et leur difficulté à s’acclimater à ce milieu et à « l’exubérance méditerranéenne ».

Je sortirai sans doute différente que lorsque je suis entrée, témoigne Laurence Lévesque, parce que ça porte à réfléchir que de passer un certain temps dans un milieu qui nous était complétement étranger.

« Je pense que je m'intéresserai aux gens qui sont incarcérés à l'avenir. »

— Une citation de  Laurence Lévesque

Quand je vais sortir d'ici – si jamais je sors un jour – j'ai l'impression que je vais avoir énormément plus de compréhension, d’indulgence, exprime à son tour Micheline Lévesque.

« Je vais peut-être réfléchir davantage avant de poser un jugement, qui parfois est un jugement téméraire. Je m'en rends compte maintenant. »

— Une citation de  Micheline Lévesque

Au moment de discuter de la défense qu’elles entendent produire lors de leur procès pour possession d’héroïne, les deux femmes sont beaucoup moins volubiles.

Est-ce que vous continuez à soutenir votre extériorité totale à cette affaire? Est-ce que vous avez été manipulées? demande la journaliste Marcelle Padovani.

Il est impensable que deux personnes le moindrement intelligentes, à la retraite ou à la veille de l’être, aient pu faire un geste aussi stupide, déclare Micheline Lévesque.

Le procureur italien, rappelle la journaliste, croit plutôt que Micheline Lévesque protège sa fille, Sylvie Roy, qui pourrait être mêlée à l'affaire en raison de sa consommation de cocaïne.

Car du mystérieux Sylvain Roy, l’agent de voyage québécois qu’elles mettent en cause, on n’a jamais trouvé la moindre preuve d’existence.

Vers la liberté

« Elles ont vécu plus de treize mois en rêvant que ce jour viendrait, mais quand leur acquittement a été prononcé en fin d'après-midi au tribunal de Rome, il y avait chez Micheline et Laurence plus d'émotion que d'exubérance. »

— Une citation de  Le journaliste Jean-François Lépine

Téléjournal, 12 février 1987

Après une attente de plus d’un an, les sœurs Micheline et Laurence Lévesque sont acquittées le 12 février 1987 par la justice italienne.

De Rome, le journaliste Jean-François Lépine raconte au Téléjournal cette journée décisive pour les deux accusées québécoises.

Les sœurs Lévesque ont reçu des trois juges de la cour italienne un verdict d’acquittement en raison de l'insuffisance de preuve.

Aux prises avec un dossier qui de leur aveu même était truffé de mystère, les juges ont choisi de laisser les deux accusées quitter le tribunal en toute liberté, explique Jean-François Lépine.

Le procureur du gouvernement italien demandait une peine de six ans de prison.

Il avait obtenu la preuve que Micheline Lévesque avait menti à la justice. Avec sa fille Sylvie Roy, elle avait bien rencontré le trafiquant de drogue André Ghanime à Montréal.

En riposte de dernière minute, l’avocat de la défense avait démontré que quelqu’un avait payé les billets d’avion et fabriqué des doubles des clés des fameuses valises rouges.

« Personnellement, je pense que je les laisserais aller se faire pendre ailleurs. »

— Une citation de  Micheline Lévesque

C’était suffisant pour brouiller les pistes. La justice italienne ne détenait plus suffisamment d’éléments pour condamner les deux sœurs québécoises.

Cette histoire se termine bien pour elles, conclut le journaliste Jean-François Lépine dans son reportage de Rome. Une histoire dont la seule donnée claire fut à l'origine la découverte de drogue dans une valise.

À Mirabel

Téléjournal, 27 février 1987

Le 27 février 1987, c’est une foule dense qui accueille les deux sœurs Lévesque à leur arrivée à l’aéroport de Mirabel.

J'ai hâte de retrouver mes affaires, lance Laurence Lévesque au journaliste Alexandre Dumas qui couvre ce grand déploiement médiatique pour le Téléjournal.

Sous les flashes des photographes, Micheline Lévesque parvient à se frayer un chemin pour embrasser sa fille Sylvie.

La cause de Micheline Lévesque ne sera pas portée en appel par le procureur du gouvernement italien. Un mandat d’extradition sera toutefois lancé pour sa fille Sylvie Roy.

En novembre 1991, elle sera arrêtée à l’aéroport de Bruxelles, puis sera acquittée quelques mois plus tard par la justice italienne pour preuve insuffisante.

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