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Pour un milieu culturel mis à mal, la relance sera « lente et pleine de défis »

« On a assisté à beaucoup de changements de carrière et ça, ça nous inquiète au plus haut point. »

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Spectacle de la Fanfare Gipsy Pigs à Rimouski

À quel moment le public pourra-t-il à nouveau se rassembler ainsi, autour d'un spectacle festif? (Archives)

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

Si la mise en place des mesures sanitaires dans la dernière année a fragilisé une industrie culturelle déjà précaire, de nombreux artistes, organismes, techniciens et diffuseurs de l’Est-du-Québec travaillent sans relâche pour reprendre leurs activités le plus rapidement possible.

Ce qu’on constate, c’est que l’ensemble du cycle de la vitalité culturelle a été frappé fortement par la situation de crise dans laquelle on est présentement, lance de prime abord Dominique Lapointe, directrice générale de Culture Bas-Saint-Laurent.

Les arts vivants ont été les premiers touchés par le confinement annoncé par le gouvernement Legault au mois de mars dernier, mais tout ce qui touche la production, la création et la formation a également été happé par la suite, explique Mme Lapointe.

La crise a exacerbé la fragilité du milieu culturel, affirme-t-elle. C’est un son de cloche important pour nous, de se dire qu’on a besoin d’un coussin, d’un air lousse, comme on dit, qu’on n’avait déjà pas et là, la pandémie permet de voir à quel point le milieu de la création est fragile.

Il y a beaucoup beaucoup d’artistes en ce moment qui sont en réorientation professionnelle, qui quittent le secteur.

Dominique Lapointe, directrice générale de Culture Bas-Saint-Laurent
Dominique Lapointe, agente de développement à Culture Bas-Saint-Laurent

Dominique Lapointe, directrice de Culture Bas-Saint-Laurent (archives)

Photo : Radio-Canada

On a aussi témoigné avec beaucoup d’inquiétude du sort de nos artistes, on a assisté à beaucoup de changements de carrière et ça, ça nous inquiète au plus haut point, déclare dans le même sens Frédéric Lagacé, directeur du Réseau des Organisateurs de Spectacles de l'Est-du-Québec (ROSEQ).

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De leur côté, les diffuseurs ont tout de même pu relever le défi à travers toute cette adversité, croit Frédéric Lagacé. Ce qui a été particulièrement difficile, ç'a été de tenter de se projeter, plusieurs semaines, plusieurs mois à l’avance afin d’être en mesure de planifier des activités qui allaient pouvoir fonctionner, explique-t-il.

Mais un des plus grands enjeux, selon le directeur du ROSEQ, a été de préserver les relations d’affaires reliant toute cette chaîne d’intervenants qui travaillent derrière les spectacles : artistes, agents, techniciens, producteurs...

Lorsqu’il n’y a plus de ventes de billets de spectacle, c’est toute une chaîne qui en souffre, donc 2020 a pu exacerber la fragilité de ce modèle d’affaires. Il faut réfléchir pour améliorer ce mode de fonctionnement, affirme M. Lagacé.

Deux artistes chantent sur scène.

La formation Plan Neige lors d'une vitrine offerte à la Rencontre d'automne du ROSEQ.

Photo : Radio-Canada / Nadia Ross

L’imprévisibilité soulevée par Frédéric Lagacé continuera d’avoir des répercussions sur de nombreux acteurs de l’industrie, bien qu’ils mettent tout en œuvre pour s’adapter et reprendre leurs activités.

On planifie déjà le 11 janvier, les programmations sont sorties, mais est-ce que les milieux rouvriront? On travaille, alors qu’on ne sait jamais à quel moment ça va reprendre ou pas, et si oui, de quelle manière… Comment va-t-on faire une relance éventuelle, avec un double, triple booking?, illustre la directrice générale de Culture Bas-Saint-Laurent.

C’est extrêmement difficile et lourd à porter, et c’est aussi beaucoup d'investissement des milieux alors qu’ils sont déjà fragilisés.

Dominique Lapointe, directrice générale de Culture Bas-Saint-Laurent

Une aide gouvernementale bienvenue… mais à ajuster

Frédéric Lagacé et Dominique Lapointe saluent tous deux les mesures d’aide gouvernementales proposées à l’industrie culturelle. Je pense qu’on peut se réjouir que les gouvernements aient eu cette sensibilité d’investir dans différents secteurs socioéconomiques, dont celui des arts et de la culture, mentionne le directeur du ROSEQ.

Mais certaines décisions, notamment celles touchant les différentes formations en arts, soulèvent des questionnements.

Il y a des brèches, des manques qui ne sont pas vus. J’ai l’impression qu’il y a une méconnaissance du milieu culturel, exacerbée par la crise de cette année.

Dominique Lapointe, directrice générale de Culture Bas-Saint-Laurent

Par exemple, en zone rouge, les écoles de musique sont fermées. Mais en réalité, les écoles de musique, c’est pas du loisir culturel, c’est nos lieux de formation. Pour devenir musicien, il faut souvent passer par les écoles de musique.

Cette restriction a un impact immense sur les musiciens, qui ne peuvent non seulement plus donner de spectacles, mais ne peuvent plus enseigner non plus, explique-t-elle.

Le duo Beto et Boca jouent sur le quai de Rimouski.

Le duo Beto et Boca en prestation dans le cadre du Festi Jazz, en 2019.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

Elle rappelle la précarité de ces artistes qui sont pour la plupart des travailleurs autonomes et qui, à ce moment-ci, maintenant que la PCU est terminée, n’ont pas accès au chômage, n’ont pas accès non plus à des soutiens. Donc c’est sûr que c’est majeur.

Frédéric Lagacé, de son côté, souhaiterait voir des mesures qui correspondraient davantage aux différentes réalités de l’écosystème de diffusion en arts de la scène, ce qui viendrait aider, stimuler encore plus notre milieu.

Aucune éclosion n'est survenue dans des salles de spectacle, souligne M. Lagacé, qui espère que leurs protocoles sanitaires extrêmement solides et qui ont fait leurs preuves pèseront dans la balance quand le gouvernement prendra des décisions quant à la relance.

Les yeux rivés sur 2021

Le conteur et dramaturge madelinot Cédric Landry s’est, de son côté, soumis au repos forcé du printemps dernier. J’avais de belles tournées au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, en Ontario, en France... C’est la première fois que je commençais vraiment à rayonner à l’étranger, et ça s’est arrêté d’un coup sec.

Le conteur madelinot Cédric Landry

Le conteur madelinot Cédric Landry

Photo : Photo offerte par Cédric Landry

Ayant pu tout de même remonter sur les planches à quelques occasions cet automne, il dit apprécier d’autant plus la richesse et la magie qu’apportent les rencontre entre l’artiste et son public.

Quand on pouvait donner un spectacle, on voyait vraiment qu’on était chanceux de le faire et que les gens étaient contents d’être là, on dirait que ça rendait un peu plus sacré, encore plus important ce qu’on faisait.

Cédric Landry, artiste

Il estime que même si les manifestations virtuelles l’ont d’abord refroidi, elles ont eu beaucoup de bon, si ce n’est que pour toucher de plus larges publics, et pousser encore plus loin la créativité des artistes.

Mais le numérique ne pourra pas complètement remplacer les arts de la scène, croit-il. Ça va prendre un équilibre dans tout ça.

Le spectacle va reprendre la place qu’il a toujours eue dans le cœur de la population, pense Frédéric Lagacé. Pas juste au bénéfice de toute l’industrie, mais aussi au bénéfice des gens eux-mêmes, parce qu’à travers les spectacles, à travers l’art en général, ça nous fait revoir le beau.

C’est un espace de paix, d’émerveillement et d’apprentissage, et je pense qu’on voit dans les spectacles ce que l’humain fait de plus beau.

Frédéric Lagacé, directeur du ROSEQ
Des jeunes exécutent un numéro de danse.

Dominique Lapointe déplore le fait que les écoles de musique et de danse, par exemple, semblent être considérées comme des « loisirs culturels ».

Photo : East Side Dance Festival

Les artistes ont hâte, ont besoin de leur public pour pouvoir faire leur travail, présenter leur création, soutient Dominique Lapointe. Mais la relance sera lente et pleine de défis.

Je pense qu’on va devoir se pencher aussi sur les conditions de travail en culture, réfléchir aussi [aux efforts nécessaires] pour reconnaître le potentiel de la vitalité culturelle en développement régional. Une région qui a une vitalité culturelle en santé, c’est une région qui est attractive, qu’on a envie d’habiter.

Autant la solidarité s’est manifestée à de nombreux égards pour soutenir les travailleurs culturels, autant il faudra encore tenir bon.

Je sais pas pour vous, mais [avec ce] temps des Fêtes à la maison, sans neige, moi, sans les livres, sans la musique, sans les films, mes vacances auraient été tout autres, mon moral aurait été tout autre. On a vraiment besoin des œuvres d’art en ce moment, plus que jamais, et on a besoin des œuvres d’art d’ici, conclut la directrice de Culture Bas-Saint-Laurent.

Avec la collaboration de Michaële Perron-Langlais

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