•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Critiques contre l’octroi de 1000 $ aux voyageurs de retour au pays

Un voyageur entre dans l'aéroport, chargé de bagages et poussant un chariot.

Un rare voyageur arrive à l'aéroport Montréal-Trudeau pendant la deuxième vague de COVID-19 dans la métropole.

Photo : Ivanoh Demers

Des partis d’opposition aux Communes dénoncent la décision du gouvernement Trudeau d’autoriser le versement de la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE) aux Canadiens qui rentrent au pays après un voyage d’agrément. Le ministère de l’Emploi dit s'affairer à trouver des moyens pour résoudre ce problème.

La PCMRE fournit une aide financière de 500 $ par semaine, pour un maximum de deux semaines, à toute personne salariée ou travailleuse indépendante qui est incapable de travailler parce qu'elle est malade, qu'elle doit s'isoler en raison de la COVID-19 ou qui a un problème de santé sous-jacent qui la met plus à risque de contracter la COVID-19, selon ce qu'indique le gouvernement fédéral sur la page web du programme.

Celui-ci vise à compenser le manque de revenus pendant cette pause forcée.

Incidemment, les voyageurs canadiens revenant au pays après un séjour à l'étranger pourraient être admissibles à cette prestation.

Pour ce faire, les demandeurs doivent remplir certaines conditions, comme ne pas avoir reçu de congé payé de leur employeur pendant la période, être dans l’incapacité de travailler au moins 50 % de la semaine prévue pendant l’isolement, être présents au Canada pendant la durée de la prestation et avoir 15 ans et plus.

Aucune distinction n’est faite quant au type de voyage (affaires, essentiel, agrément) si les demandeurs ont voyagé à l'extérieur du pays, et aucune restriction ne s’applique.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Des chèques du fédéral pour les voyageurs

« Pas le bon signal », déplore le Bloc

Pour le Bloc québécois, les libéraux encouragent les contrevenants avec cette prestation qui inclut les voyages pour le plaisir.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a déclaré : Si quelqu’un voyage parce que c’est essentiel pour son travail, on peut croire qu’il ne perdra pas de revenus, et si quelqu’un voyage par plaisir, on lui recommande déjà de ne pas voyager. C’est absurde dans la plupart des cas. Absurde ou électoral.

Yves-François Blanchet affiche une mine déçue.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval, porte-parole en matière de transports, considère que le fédéral envoie un mauvais message en subventionnant la quarantaine de certains voyageurs partis en vacances, alors que bon nombre de citoyens ont décidé de faire des efforts pour ne pas voyager et ne pas aller voir leurs proches.

Il faut se préoccuper d’envoyer les signaux qui correspondent à la volonté de ce qu’on veut qui arrive. Si on dit aux gens "si vous voyagez, on va vous récompenser en vous donnant 1000 $", ce n’est clairement pas le bon signal qui est envoyé, a-t-il déclaré.

Une « incohérence », selon les conservateurs

De son côté, le député conservateur Alain Rayes a décrié sur Twitter cette mesure qu’il juge incroyable. Le gouvernement de Justin Trudeau nous dit que nous ne devons pas voyager à l’extérieur du pays, mais si vous y allez, on vous offre une aide de 1000 $ pour votre quarantaine, a-t-il écrit.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, porte-parole en matière de services publics et d’approvisionnement, parle quant à lui d’une incohérence complètement incroyable.

Nous, on s’oppose à ce que les gens puissent avoir cet argent-là, parce que le voyage est un choix personnel, un voyage de vacances qui n’a rien à voir avec un voyage à cause du travail, par exemple.

Pierre Paul-Hus, député conservateur

Si on ne fait rien, si le gouvernement ne bouge pas, il y a des millions de dollars, des milliards de dollars qui seront en jeu… Des gens qui n’auraient pas le droit en temps normal de recevoir [la PCMRE] la recevront parce que c’est mal fait, mal réfléchi, mal appliqué dans la loi, a-t-il poursuivi.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, lors d'une intervention en Chambre

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Au Québec, Ewan Sauves, l’attaché de presse du premier ministre François Legault, affirme : Cette prestation relève effectivement du gouvernement fédéral. Nous jugeons toutefois qu’elle n’a pas lieu d’être et que la situation doit être rectifiée. Les voyages non essentiels en cette deuxième vague doivent être évités à tout prix. Maintenant, des discussions sont en cours avec le gouvernement fédéral.

Il ajoute : Notre réseau de santé est déjà très fragile et chacun doit faire sa part pour le préserver et freiner cette deuxième vague.

Une incitation à voyager

André Desmarais, président sortant de la section Québec de l’Association canadienne des agences de voyages, estime que la position du gouvernement est ambiguë. C’est quand même assez spécial qu’un gouvernement décourage les voyages, mais en même temps les encourage d’une autre façon. C’est du double message, affirme-t-il.

Il croit que cette mesure risque d’encourager certaines personnes qui hésitaient à partir en voyage à le faire, car le programme est attractif, fait-il remarquer.

On n’a pas une quantité faramineuse de voyageurs. On ne peut pas dire que c’est la manne. Il se peut qu'en plus du 10 % de voyageurs qu’on a présentement, il y ait peut-être un 0,5 % de personnes qui vont décider finalement de voyager parce qu’un programme va leur permettre à leur retour, durant leur quarantaine, d’avoir un subside, estime-t-il.

Ottawa se défend

Des pétitions demandant à Ottawa de cesser de verser cette aide financière circulent sur le web et ont déjà amassé des près de 50 000 signatures.

Marielle Hossack, attachée de presse de la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées, Carla Qualtrough, a affirmé que le gouvernement dit se pencher sur la question. Nous examinons activement toutes les options disponibles pour résoudre ce problème, a-t-elle déclaré.

La PCMRE n'a jamais eu pour but d'inciter ou d'encourager les Canadiens à ne pas suivre les directives de santé publique ou de voyage international. Nous continuons à fortement recommander à tous les Canadiens d'éviter les voyages non essentiels, a-t-elle expliqué.

Mme Hossack a rappelé que la loi encadrant la PCMRE a été adoptée à l'unanimité par tous les partis politiques à la Chambre des communes, en septembre.

Avec les informations de Sarah Molkhou et de Marie-Josée Paquette-Comeau

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !