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Concerts en 2021 : verra-t-on un retour à la normale?

Des artistes jouent sur une scène devant un public.

Quand pourra-t-on se rassembler à nouveau dans une salle de spectacle?

Photo : Unsplash / Sean Lee

Radio-Canada

CHRONIQUE– Difficile d’imaginer une situation plus imprévisible que celle qui prévaut pour les calendriers de concerts à venir en ce début d’année. Oui, il y aura des concerts en 2021. Mais comment allons-nous les voir et les entendre? Bref, à quoi s’attendre pour la scène musicale sur le territoire du Québec?

Une chronique de Philippe Rezzonico

La réponse dépendra de la progression du coronavirus, de l’efficacité des vaccins et des décisions des gouvernements. Pour l’instant, artistes, producteurs et organisateurs d’événement musicaux naviguent à l’estimation, mais on peut envisager certains scénarios en fonction de ce que nous avons vécu en 2020.

Donc, trois questions.

1 – À quand la réouverture des salles de spectacle?

Quand on regarde dans le rétroviseur, on réalise que les salles n’auront été ouvertes que moins de 15 semaines depuis mars. Et encore, avec des contraintes : maximum de 250 personnes sur place, distanciation de 2 mètres, etc.

Lorsque la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a annoncé le 16 juin, au terme de la première vague de COVID-19, que les salles allaient ouvrir la semaine suivante, le Québec dénombrait 92 nouvelles infections par jour. À la réouverture, le 22 juin, on n’en comptait que 69, soit le plus petit nombre depuis mars.

L’espoir fut de courte durée... Le 28 septembre, le premier ministre François Legault a annoncé la fermeture des salles pour le 1er octobre. Le Québec a surpassé les 1000 cas d’infections (1052) le matin du 2 octobre (données du 1er) pour la première fois depuis le début mai.

Relativisons. Les commerces jugés non essentiels sont fermés depuis le 25 décembre. Les salles de spectacle, elles, sont fermées depuis plus de trois mois.

Cela fait plus de 2 semaines que l’on dénombre plus de 2000 nouvelles infections sur une base quotidienne, c’est-à-dire, de 25 à 30 fois plus d’infections journalières que lors de la réouverture des salles en juin! Et on a confirmé ces derniers jours l’arrivée de la nouvelle souche de coronavirus au Canada et au Québec…

Photo en noir et blanc de sièges vides.

Fermées depuis le 1er octobre, les salles de spectacle et de cinéma situées en zone rouge resteront vides jusqu'au 11 janvier minimum.

Photo : Unsplash / Alex Avalos

Si le gouvernement québécois attend une spirale à la baisse et un nombre d’infections quotidiennes, disons, inférieur à 100 cas pour permettre l’ouverture des salles, il va falloir une arrivée de vaccins bien supérieure aux projections faites par le gouvernement canadien pour renverser la tendance au cours des prochains mois.

Les lieux de diffusion de la musique ont été parmi les premiers à fermer. Ils seront parmi les derniers à ouvrir. Une réouverture des salles d’ici la fin de l’hiver ou même d’ici la fin du printemps est hautement improbable.

Des dizaines d’artistes du Québec ont reporté leurs concerts de l’automne prévus aux quatre coins de la province pour les premiers mois de 2021. On va devoir les reporter. Encore une fois…

2 – Comment sauver la saison des festivals?

Outre la progression ou le recul de la pandémie et les décisions gouvernementales, divers éléments peuvent apporter des pistes de réponse à cette question : la dimension du festival, son lieu de diffusion, la date de sa tenue et le profil des artistes qui y participent.

D’emblée, je me dis qu’un festival de musique prévu à la fin d'août ou au début de septembre aura de meilleures chances d’être présenté – peu importe sa forme – qu’un autre à la mi-juin. Plus de gens seront vaccinés et nous serons peut-être dans un creux de vague, comme l’été dernier.

Vue aérienne d'une foule sur la place des Festivals, par un soir d'été.

Quand pourra-t-on revoir autant de monde sur la place des Festivals à Montréal?

Photo : Festival international de jazz de Montréal

Accessoirement, on voit sur le site web des Francos de Montréal que les dates pour 2021 ne sont pas confirmées. Il faudrait peut-être songer à déplacer l’événement en août, comme ce fut le cas jusqu’en 2009, hormis une poignée d’années. Deux mois de plus pourraient faire toute une différence en 2021, même si ça n’aide en rien le casse-tête de programmation auquel fait face l'organisation.

Présumons – je me sens très optimiste en écrivant ça – que nous aurons droit à une réouverture des salles durant l’été, mais uniquement en mode distanciation. Si tel est le cas, peut-on imaginer qu’un festival va offrir une programmation d’une semaine ou de dix jours avec des salles aux trois-quarts vides?

Ça semble impensable. Tout le monde y perdrait sa chemise : promoteurs, artistes et gens à la technique.

Encore faut-il voir les artistes qui pourront s’y produire. Des festivals qui misent exclusivement sur des artistes de chez nous pourront peut-être bâtir une programmation entièrement québécoise. À la limite, des Francos 100 % Québec, pourquoi pas? Mais pour le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), le Festival d’été de Québec (FEQ), le Blues Fest d’Ottawa ou n’importe quel événement annuel qui mise sur des vedettes internationales, ça ne tient pas la route.

Des personnes dans la foule lèvent les bras.

Slipknot sur la scène Bell du Festival d'été de Québec en 2019

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Environ 70 % de la programmation en salle du FIJM, en 2019, reposait sur des artistes d'ailleurs. De plus, si les quarantaines sont encore en vigueur cet été, il ne faut pas s’attendre à la venue d’artistes des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France sur notre sol. Et la situation sera la même pour les programmations en plein air. Imaginez le volet extérieur du FEQ – sur les plaines d’Abraham – sans vedettes internationales. Et que dire de celui du Festival Osheaga…

Certains festivals, plus modestes de par leur taille, pourraient-ils reprendre la formule proposée avec succès du FME en Abitibi-Témiscamingue en septembre dernier, à savoir un partage entre spectacles en salle et concerts extérieurs, dans les deux cas, avec distanciation?

En théorie, ce n’est pas exclu. Mais à quel coût? La rentabilité pourrait, encore une fois, ne pas être au rendez-vous.

Des collaborations entre des festivals et des vedettes internationales pour des diffusions numériques en direct seraient-elles possibles? Sur le plan de la technologie, aucun doute là-dessus. La majorité d'entre nous a assisté à quelques prestations numériques provenant d’un peu partout sur la planète l’an dernier.

Dave Grohl, chanteur et fondateur des Foo Fighters

Dave Grohl, chanteur et fondateur des Foo Fighters

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Exemple concret : les Foo Fighters sont attendus le vendredi 30 juillet à Montréal, à Osheaga. S’ils ne peuvent se présenter au Canada en raison d’une fermeture de la frontière canado-américaine ou d’une quarantaine obligatoire, pourraient-ils proposer un concert payant diffusé des États-Unis, mais passant par l’entremise d’une plateforme payante liée au festival montréalais?

Comme vous le constatez, il y a une foule de points d’interrogation dans ce texte. Normal. Tout le monde est dans le brouillard. Mais disons que la perspective de voir une saison festivalière précoronavirus, sans contraintes ou restrictions, comme en 2019, est exclue.

On reverra peut-être des concerts dans les ciné-parcs, certains festivals vont carrément passer leur tour, d’autres vont proposer des programmations hybrides avec des offres en présentiel et en numérique. Globalement, ça risque de ressembler à du cas par cas et l’écosystème musical va en ressortir plus fragilisé que jamais.

3 – Les spectacles virtuels vont-ils se poursuivre?

C’est probablement la seule certitude de cette année 2021 placée sous le signe de l’incertitude.

L’offre virtuelle va se poursuivre d’ici la fin de la pandémie, mais elle ne disparaîtra pas par la suite. En partie parce qu’il s’agit d’une avenue technologique bien de son temps qui vient de faire ses preuves, mais aussi parce qu’elle pourra être complémentaire de la scène vivante.

Des silhouettes de personnes dansant dans une boîte de nuit.

Si ces spectacles virtuels attirent des centaines de milliers, voire des millions de gens, ils génèrent aussi beaucoup d’argent.

Photo : getty images/istockphoto / shironosov

Imaginons un groupe ou artiste qui propose l’interprétation intégrale de son disque fétiche paru il y a 10, 15 ou 20 ans. Le concert est donné dans une salle de 3000 personnes avec clientèle payante et est diffusé en même temps sur une plateforme numérique (à un prix moindre) pour des milliers de fans partout au Québec et au Canada. Coup double.

C'est le genre d’initiative dont nos artistes auront bien besoin au sortir de cette pandémie.

En dépit de la pandémie qui a mené à la fermeture des salles de spectacles et autres lieux de diffusion culturelle, les artistes et les membres de l’industrie musicale ont rivalisé d’ingéniosité et de ténacité afin que les concerts vivants se rendent jusqu’à nous : concerts en salle avec public restreint et distanciation, retransmissions en direct provenant de salles désertes, événements extérieurs dans des ciné-parcs ainsi que toutes les plateformes numériques existantes ont été mises à contribution.

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