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Le Royaume-Uni a entamé sa nouvelle vie de l'après-Brexit

Après quatre ans de rebondissements, le Brexit est devenu réalité le 1er janvier 2021.

Promenade post-Brexit, le 1er janvier 2021, à Douvres.

Promenade post-Brexit, le 1er janvier 2021, à Douvres.

Photo : Reuters / Peter Cziborra

Agence France-Presse

Tournant le dos à près d'un demi-siècle dans le giron européen, le Royaume-Uni a entamé vendredi, en même temps que 2021, sa nouvelle vie d'après-Brexit, sans perturbations immédiates, mais avec de nombreuses inconnues.

Quatre ans et demi après le référendum de 2016, le Brexit, officiel depuis fin janvier, est devenu définitif à 23 h, jeudi, quand le pays a quitté le marché unique et l'union douanière à l'issue d'une période transitoire destinée à amortir le choc.

Dans le Daily Telegraph, le premier ministre Boris Johnson, grand artisan du Brexit, assure que 2021 sera une année de changement et d'espoir, vantant l'accord de libre-échange conclu juste avant Noël avec Bruxelles.

Vendredi matin, alors que les premiers traversiers partaient vers la France, le port anglais de Douvres est resté plongé dans le calme, sans les encombrements tant redoutés en raison des nouvelles formalités douanières et inspections entrées en vigueur. Des policiers vérifient que les routiers sont en règle et qu'ils obtiennent un test négatif au coronavirus avant de les laisser poursuivre leur route.

À son arrivée à Calais, le Pride of Kent de la compagnie P&O Ferries, a déversé 36 camions sur les quais, dont trois ont été orientés vers des contrôles supplémentaires, les autres étant autorisés à poursuivre leur route, a constaté l'AFP.

Les entreprises doivent désormais se soumettre à des formalités dans les deux sens et déclarer aux douanes françaises leurs marchandises à l'avance sur Internet, au moyen d'un système informatique baptisé frontière intelligente.

Le train à l'entrée du tunnel repeinte comme une paire de jumelles géantes.

Cette fresque peinte, commandée pour les 25 ans de l'Eurotunnel en 2019, a été réalisée par l'artiste franco-britannique Yseult Digan, alias Yz.

Photo : Reuters / Pascal Rossignol

Près de 200 camions ont aussi emprunté le tunnel sous la Manche dans la nuit, sans aucun problème malgré le rétablissement de formalités douanières, selon son exploitant Getlink.

Les nouvelles formalités sont entrées en vigueur dès minuit, avec l'arrivée sur le pit stop (point de contrôle des camions en partance pour le Royaume-Uni) d'un premier poids lourd venant de Roumanie, transportant courrier et colis.

Je suis très heureux, c'est un privilège pour moi, a déclaré son chauffeur, Toma Moise, 62 ans, avant que la maire de Calais, Natacha Bouchart, n'appuie symboliquement sur le bouton autorisant son départ.

Si elle y a vu un moment historique, elle a aussi regretté 48 ans de retour en arrière avec des conséquences pour lesquelles nous n'avons pas encore tous les contours.

Nouvelles procédures

Matt Smith, directeur général d'une entreprise de transport de produits frais, HSF Logistics, établie dans le nord-est de l'Angleterre, a expliqué à l'AFP avoir affronté une Saint-Sylvestre extrêmement chargée avec plus d'une douzaine de chargements expédiés vers l'UE avant l'entrée en vigueur des nouvelles règles.

La paperasse qui s'annonce désormais s'apparente à un casse-tête, regrette-t-il.

Pour être autorisés à rouler dans le Kent, les routiers à destination de l'Europe doivent disposer d'une autorisation, délivrée électroniquement, prouvant qu'ils ont préalablement accompli les formalités qui s'imposent. Les contrevenants risquent des amendes s'élevant à 522 $.

Les autorités ont indiqué jeudi que presque 500 de ces permis – valables 24 heures – ont été délivrés pour le 1er janvier, anticipant un total de 800.

Rétablissement des frontières

Si l'accord commercial conclu in extremis avec Bruxelles ne prévoit ni quota ni droits de douane et évite un no deal désastreux, le bouleversement est réel.

La libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière a cessé – sauf entre l'Espagne et l'enclave britannique de Gibraltar, ainsi qu'entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

Pour cette transition, les outils informatiques ont parfaitement fonctionné, s'est réjoui Jean Michel Thillier, directeur interrégional des Douanes.

Ce sont trois ans de travail qui voient leur concrétisation avec un système informatique complètement nouveau, et de gros aménagements en termes d'infrastructures.

Une citation de :Jean Michel Thillier, directeur interrégional des Douanes

On s'y prépare depuis trois ans, a fait écho le président du port de Calais, Jean-Marc Puissesseau, tout en notant que l'atmosphère sentimentale a un peu changé.

Nous étions tellement habitués à aller [en Angleterre] comme en prenant le métro, avec une carte d'identité, a-t-il comparé.

Mais si le Royaume-Uni redevient un pays étranger, un pays tiers, [nous] avons quand même une grande amitié avec eux, a-t-il souligné, avant de lancer, en anglais : That is life ! The show must go on !

Boris Johson gesticule lors d'une conférence de presse.

Le premier ministre britannique Boris Johnson.

Photo : Getty Images / WPA Pool

Malgré ces nouvelles contraintes avec le principal marché du Royaume-Uni, le conservateur Boris Johnson a promis à ses compatriotes une nouvelle ère pleine de promesses et une place renforcée dans le monde pour son pays, comme champion du libre-échange.

Des accords commerciaux ont déjà été signés avec une soixantaine de pays, dont le Japon, mais le compromis tant convoité avec les États-Unis pourrait buter sur le départ de Donald Trump, Brexiter convaincu, contrairement à son successeur à la Maison-Blanche, Joe Biden.

Dans l'immédiat, c'est un pays gravement endeuillé par la pandémie – plus de 73 500 morts, l'un des pires bilans en Europe – et frappé par sa pire crise économique en trois siècles qui a quitté l'orbite européenne.

Boris Johnson doit aussi tourner la page d'une saga orageuse qui l'a emmené au plus haut de l'échelle politique, mais a déchiré les Britanniques. L'unité du Royaume est fissurée, en particulier du côté de l'Écosse qui a voté à une large majorité pour rester dans l'UE et rêve d'indépendance.

Renforcement des contrôles d'ici juillet

Si le calme règne vendredi, des perturbations autour des ports sont anticipées avec la reprise d'activité à plein régime la semaine prochaine, si les nouvelles formalités ralentissent la circulation et allongent les files de camions.

Ainsi, le port de Holyhead, important terminal au Pays de Galles, proche de l'Irlande, pourrait connaître des retards au cours des prochaines semaines, a prévenu sur Twitter le centre d'information routière gallois. Six chargements y ont été refusés vendredi, car ils n'étaient pas en règle.

Vue sur le port de Holyhead, avec un traversier en arrière plan.

Le port de Holyhead est situé dans la région d'Anglesey, au nord du Pays de Galles.

Photo : Reuters / Phil Noble

Nous allons désormais voir les 80 milliards d'euros d'échanges commerciaux à travers la mer d'Irlande entre le Royaume-Uni et l'Irlande perturbés par beaucoup plus de contrôles et de déclarations, de la bureaucratie et de la paperasserie, et des coûts et retards, a regretté le chef de la diplomatie irlandaise, Simon Coveney, sur la BBC.

Contrairement à l'UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en œuvre graduellement les contrôles douaniers, qui ne concerneront toutes les marchandises qu'à partir de juillet.

L'accord de libre-échange prévoit aussi, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non-respect de ses règles en matière d'aides d'État, d'environnement, de droit du travail et de fiscalité.

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