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COVID-19 : le Québec s'apprête à faire des choix déchirants

Une infirmière dans un hôpital, à côté d'un patient sous aide respiratoire.

Les hôpitaux du Québec se préparent au pire.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Les autorités craignent que 2021 débute avec des débordements dans les hôpitaux qui forceraient le personnel soignant à faire des choix déchirants, alors que le Québec a terminé l'année avec un record de nouveaux cas de COVID-19.

C'est dans la région de Montréal que la situation est la plus critique. L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) s'attend à une augmentation marquée des hospitalisations au cours des prochaines semaines, selon son dernier rapport publié jeudi.

Pour la première fois, un dépassement des capacités dédiées d'ici les trois prochaines semaines est vraisemblable à plus de 50 %.

Une citation de :L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux

Ailleurs au Québec, le nombre de nouvelles hospitalisations devrait demeurer stable, selon les projections. Mais l'INESSS rappelle que près de 60 % des lits dédiés aux patients atteints de la COVID-19 sont toujours occupés. L'Institut indique par ailleurs que des dépassements de capacité dans les hôpitaux ne peuvent pas être exclus dans certains hôpitaux régionaux.

Crainte de débordements dans les hôpitaux

Le Dr François Marquis, chef de l'unité des soins intensifs de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, ne cache pas son inquiétude face à l'augmentation constante des cas. La possibilité d'un point de rupture est relativement élevée, s'alarme-t-il, notamment en raison de la pénurie du personnel.

Le Dr Marquis craint que le retour des voyageurs au Québec et des rassemblements du temps des Fêtes ne mènent le Québec au bord de la rupture. Selon lui, le scénario vécu par les Italiens lors de la première vague est plausible dans la province dans quelques jours, voire quelques semaines.

Le Dr Gilbert Boucher, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence au Québec, partage les craintes du Dr Marquis. Selon lui, plusieurs jeunes, qui viennent aux urgences en raison de la COVID-19, avouent participer à des rassemblements.

Quand on leur pose des questions, il y en a énormément qui ont eu des rassemblements un peu avant le temps des Fêtes.

Une citation de :Le Dr Gilbert Boucher, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence au Québec

Ça nous déçoit plus qu’autre chose, explique le Dr Boucher, qui espère que ces écarts ne seront pas généralisés. Les gens qui se présentent en ce moment ce sont vraiment les gens qui ont le début des symptômes, sans complication, mais on a peur qu'il y ait plus de gens infectés et qu'on ait beaucoup plus d’hospitalisations dans quatre à cinq jours, explique-t-il.

Les jeunes et ceux avec une plus grande chance de survie priorisés

Dans cette perspective, les hôpitaux de la province se préparent au pire. Un protocole de priorisation aux soins intensifs a été mis à jour en novembre par le ministère de la Santé. Il stipule que les patients les plus jeunes et avec les plus grandes chances de survie seront priorisés si les soins intensifs sont débordés dans la province.

Avant sa révision en novembre, le protocole de priorisation aux soins intensifs incluait encore des critères extrêmement controversés comme le handicap et la déficience intellectuelle, explique la professeure en bioéthique au département de médecine sociale et préventive de l'École de santé publique de l'Université de Montréal, Vardit Ravitsky.

Selon elle, la révision du protocole permet aussi d'éliminer la discrimination, rendue possible par l'ancienne version. Mais la professeure rappelle que le triage est un processus déchirant et que l'on doit à tout prix éviter d'en arriver là.

Ce sont des situations tragiques pour nous tous. Ça peut être un membre de notre famille qui va être exclu des soins intensifs.

Une citation de :Vardit Ravitsky, professeure en bioéthique

L'éthicien René Villemure est d'accord. En amont, il faut que les citoyens comprennent bien que leurs actions, leurs observances ou non des consignes, ont des conséquences. S'ils ne [respectent] pas les consignes, il y a du monde qui va mourir en bout de ligne, dit-il.

Avec les informations de Marie-Pier Mercier.

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