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Joely BigEagle-Kequahtooway, une vie dédiée au bison

Joely BigEagle-Kequahtooway bras au ciel, sur un rocher, dans le Parc national des Prairies.

Joely BigEagle-Kequahtooway a dédié sa vie à la résurgence du bison et de la culture qui l'entoure.

Photo : Common Weal Community Arts

Bien que Joely BigEagle-Kequahtooway ait fait carrière dans les sciences, c’est au bison des plaines qu’elle a consacré sa vie. Pour partager les savoirs autochtones traditionnels à propos de l’animal, elle a fondé le Buffalo People Arts Institute, un organisme consacré à la résurgence du bison et de la culture qui l'entoure.

Notre mission est de ramener le bison mentalement, physiquement, spirituellement et émotionnellement.

Joely BigEagle-Kequahtooway, artiste multidisciplinaire

Joely BigEagle-Kequahtooway est convaincue qu’elle existe sur Terre pour prendre soin du grand ruminant. La preuve, son nom spirituel en langue Dakota est Umba Zitkana Hau Wasté, il se traduit en français par Oiseau du matin à la bonne voix. Un nom qui lui a été donné par une aînée Dakota.

Mon destin, c'est d'être cet oiseau qui prend soin des bisons en nettoyant leur pelage.

Joely BigEagle-Kequahtooway, artiste multidisciplinaire

Une extermination, un traumatisme

Avant l'arrivée des Européens, des dizaines de millions de bisons peuplaient les plaines de l'Amérique du Nord avant d'y être pratiquement exterminés au cours du 19e siècle. L’existence des Premières Nations tournait entièrement autour de l’énorme mammifère. Il comblait tous les besoins : nourriture, abris, vêtements, mais aussi de façon spirituelle, note-t-elle.

Une photo noir et blanc d'archive montre un petit troupeau de bisons.

Le bison est passé bien près de disparaître, en 1889 une étude estimait la population au Canada a 550 individus.

Photo : Steele and Company

Les bisons étaient tout, nous en faisions nos tipis, nos vêtements. Nous mangions du pemmican. Nous en étions si dépendants qu'ils sont devenus comme nos parents.

Joely BigEagle-Kequahtooway, artiste multidisciplinaire

Pour elle la disparition du bison a créé un véritable traumatisme. Nous avons perdu quelqu'un qui était si important qu'il y a eu un énorme trou dans nos vies, confie-t-elle.

Une blessure si profonde qu’elle n’a jamais pu être guérie, selon elle. Nous avons fait face à un traumatisme après l'autre, après que les bisons ont été tués, nous avons eu le système de réserve, les pensionnats et la rafle des années 60, et même aujourd'hui, c'est le suicide parmi nos jeunes, assure-t-elle.

Pour Joely BigEagle-Kequahtooway cette connexion avec le bison est un signe de la résilience autochtone. Quand je parle de ramener le bison, c'est pour montrer que nous avons un lien avec cet être ancestral, un lien si fort que nous devons trouver un moyen de surmonter notre traumatisme collectif pour continuer à avancer, insiste-t-elle.

Le souvenir sous la peau

Son organisme, le Buffalo People Arts Institute, offre donc des ateliers de tannage de peau de bison tant dans des communautés urbaines et rurales qu'auprès des réserves autochtones. Nous obtenons les peaux à l’état brut des ranchs ou même des abattoirs, précise-t-elle.

Pour Joely BigEagle-Kequahtooway, ce travail avec la peau de bison est une façon de tisser des liens entre les différentes communautés qui composent la Saskatchewan.

Lorne Kequahtooway assis sur une peau enseigne un atelier à un groupe de jeunes.

Joely BigEagle-Kequahtooway et son mari Lorne Kequahtooway ont créé le Buffalo People Arts Institute ensemble.

Photo : Common Weal Community Arts

Il s'agit d'une occasion pour elle de raconter l’histoire du bison à de nouvelles générations et un moment pour de nombreux participants autochtones pour redécouvrir cette pratique culturelle qui se perd. C'est tout un processus pour réapprendre parce que nous n'avons pas eu de bisons dans nos communautés depuis si longtemps, spécifie-t-elle.

La peau du bison porte en elle l’esprit de l’animal.

Joely BigEagle-Kequahtooway

À l'occasion, simplement toucher la peau du bison déclenche toutes sortes de souvenirs enfouis chez les participants. Parfois, nous restons silencieux pour que les gens absorbent l'énergie du moment et vivent leur propre expérience avec l'esprit du bison, explique-t-elle.

Selon Joely BigEagle-Kequahtooway, perdre les savoirs traditionnels est une perte du Soi. Une part de notre travail consiste à traiter ce traumatisme et à leur rappeler simplement qui ils sont, confie-t-elle.

En attendant le jour où le bison galopera à nouveau, libre sur la prairie, Joely BigEagle-Kequahtooway est sereine. Car elle sait qu’elle libère, une peau à la fois, les esprits.

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