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Des députés prêts à laisser la partisanerie au vestiaire

La grande salle du salon bleu est vide.

Au Québec, c’est au Salon bleu que le parti au pouvoir et les partis d’opposition siègent.

Photo : Assemblée nationale du Québec / Claude Mathieu

Les débats houleux et les attaques partisanes sont indissociables de l'image que projette la vie politique. Pourtant une tendance à la collaboration se dessine au Québec depuis la dernière élection. La moyenne d'âge des députés et l'élection d'un nombre record de femmes au dernier scrutin y sont pour quelque chose.

En 2020, cinq commissions et comités spéciaux transpartisans ont déposé leurs rapports à l'Assemblée nationale. De plus en plus d'élus laissent leur identité politique au vestiaire pour travailler avec leurs adversaires même si l'exercice n'est pas toujours facile.

Mourir dans la dignité

La députée Véronique Hivon défend les travaux transpartisans depuis qu'elle a fait ses premières armes en politique, mais admet que ça demande énormément de maturité et de sagesse.

En 2009, un an à peine après avoir été élue à l'Assemblée nationale, elle convainc le gouvernement libéral de mettre sur pied la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, réunissant des députés de tous les partis.

Je pense que c’était la première de ce genre, se souvient-elle. Pourtant, ils n'étaient pas nombreux au départ à croire que les travaux de la commission Mourir dans la dignité allaient aboutir.

Les gens me trouvaient très naïve de penser qu'on allait réussir à passer à travers toutes les étapes en gardant toujours cette collégialité et cette collaboration. Il y avait beaucoup de prophètes de malheur.

Véronique Hivon

L'histoire a prouvé le contraire et en 2013, Véronique Hivon, devenue ministre, dépose un projet de loi pour encadrer les soins de fin de vie. Un an plus tard, alors que le Parti québécois se retrouve à nouveau dans l'opposition, la pièce législative est remise au feuilleton par l'ex-ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette et est adoptée.

Accompagnement des victimes d'agressions sexuelles

Depuis, la députée de Joliette n'hésite pas à saisir la main tendue par ses adversaires. Lorsque le débat faisait rage sur l'accompagnement des victimes d'agressions sexuelles dans la foulée du mouvement #MoiAussi par exemple, elle a accepté l’invitation de Sonia Lebel, alors ministre de la Justice.

Cette dernière a réuni la députée libérale Hélène David, la solidaire Christine Labrie et la péquiste Véronique Hivon pour piloter les travaux d'un comité d'experts, le Comité d’experts sur l’accompagnement des personnes victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, qui a d’ailleurs déposé son rapport en décembre 2020.

En matière d'agressions sexuelles, c'était tellement une conversation active au sein de la société qu'il était temps d'agir. En tout cas pour nous quatre, ça a été naturel de mettre nos couleurs de côté.

Sonia Lebel

Moi j'y vois un très grand avantage pour la confiance du citoyen face au travail que l'on fait, avance Sonia Lebel, présidente du Conseil du trésor.

Plus de jeunes et plus de femmes

Ce n'est pas un hasard si le travail transpartisan prend plus de place depuis la dernière élection. On assiste à l'Assemblée nationale à un changement de génération.

La moyenne d'âge des députés est maintenant de 51 ans et cela explique en partie cette ouverture au travail transpartisan, selon le professeur de sciences politiques de l'Université Laval Éric Montigny.

On a vu un changement générationnel à Québec, c'est la génération X qui domine et qui a remplacé celle du baby boom en 2018. Ça peut amener un changement de culture politique.

Éric Montigny

Et 44 % des élues sont désormais des femmes, ce qui n'est pas étranger non plus à cette tendance. Les femmes sont d'ailleurs plus nombreuses que les hommes dans les comités transpartisans.

Dans les études que j'ai faites sur le rôle des députés [...], les femmes se voient comme des travailleuses sociales pour régler des problèmes sociaux, alors les hommes se voient comme des agents de développement économique. Ce sont beaucoup des enjeux sociaux qui sont propices aux travaux transpartisans où les femmes s'illustrent davantage, poursuit le professeur de sciences politiques.

Des rapports dissidents

Mais la collaboration ne porte pas toujours fruit. C'est ce qui est arrivé l'an dernier à l'issue des travaux des commissions sur les pesticides et celle sur l'avenir des médias. Dans les deux cas, l'ensemble des élus ne sont pas parvenus à s'entendre et des députés ont déposé des rapports dissidents.

À l'inverse, la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs a déposé un rapport unanime, mais encore faut-il que cela donne des résultats, rappelle le député solidaire Alexandre Leduc. Il en était d’ailleurs à sa première expérience de transpartisanerie.

C'est une chose d'avoir un beau rapport transpartisan, mais s'il est tabletté et qu'il n'y a rien qui se fait dans les prochaines semaines, on aura fait un exercice de spectacle.

Alexandre Leduc

C'est un peu acte de foi et tu avances là-dedans, des fois ça marche... des fois ça ne marche pas, conclut Véronique Hivon.

La députée est toujours aussi convaincue que le travail transpartisan incarne précisément ce que la population attend de ses élus. Et tous les politiciens consultés s'entendent pour dire que c'est le meilleur remède contre le cynisme des Québécois face à la classe politique.

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