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Un dernier salut à Adobe Flash avant sa mort

Le logo rouge de Flash en avant-plan avec des images d'animation en arrière-plan.

Le logiciel Adobe Flash Player sera débranché dans les prochains jours.

Photo : Adobe

Stéphanie Dupuis

Si de pouvoir regarder des vidéos en ligne, contempler des animations et jouer à des jeux vidéo à même son navigateur web est banal en 2020, en 1993, c’était une véritable révolution signée Flash. Retour sur la vie tumultueuse de ce lecteur multimédia, à l’aube de sa mort annoncée.

Vous n’avez pas la dernière version de Flash pour exécuter ce programme. Si cette phrase ne vous sonne aucune cloche, c’est que vous n’avez probablement jamais surfé sur Internet.

Mais cette époque où vous étiez constamment dérangé par ces avis sur votre fureteur sera définitivement révolue, car Flash rendra l’âme dans les prochains jours.

Une petite révolution

Je me rappelle quand Flash est sorti. C’était la grosse affaire. On se disait : "Wow! on peut mettre des vidéos sur le web", raconte André Mondoux, professeur à l'École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Lire aisément et avec qualité des dessins vectoriels et animations à même son navigateur web, sans téléchargement, et ce, sans avoir besoin d’une connexion Internet à haute vitesse, était une révolution aux balbutiements d’Internet.

À l’époque, on fonctionnait plutôt avec Java, RealNetworks et Windows Media Player [pour lire les contenus]

André Mondoux

Flash a donc supplanté la poignée de lecteurs multimédias nécessaires pour lire les différents types de contenus.

Lancé d’abord sous le nom de SmartSketch, alors qu’il appartenait à la compagnie de développement de logiciels FutureWave, ce n’est qu’après avoir été acquis par Macromedia en 1996 que le logiciel a adopté le nom Flash. En 2005, le lecteur multimédia passe finalement aux mains d’Adobe.

Les développeurs, novices comme professionnels, ont été nombreux à se ruer sur l’outil pour lancer leurs jeux vidéo et œuvres interactives accessibles sur des fureteurs tels Netscape, Opera, Internet Explorer et, plus tard, Firefox ou encore Chrome.

Jeu vidéo dans lequel de petits personnages s'affrontent dans une bataille de boules de neige.

Flash Player était utilisé pour faire fonctionner de nombreux jeux en ligne, dont celui-ci, « SnowCraft », de l'agence Nicholson NY.

Photo : Nicholson NY

De Miniclip à Newgrounds, en passant par Armor Games et Kongregate, les plateformes web dédiées aux jeux vidéo en Flash se sont décuplées et popularisées. On situe leur âge d’or vers la fin des années 2000.

Des coups durs

Pour André Mondoux, la mort de Flash n’est pas vraiment une surprise. Car si Adobe a déclaré en 2017 son souhait de le débrancher définitivement, les nombreux coups durs encaissés dans la dernière décennie prédisaient ce dénouement.

Cela a commencé en 2010, lorsqu’Apple a annoncé que ses appareils ne prendraient plus en charge Flash. Steve Jobs avait même publié un billet de blogue pointant du doigt les faiblesses du logiciel et en quoi il serait un obstacle pour le futur technologique. Ce dernier mentionnait notamment que Flash avait été conçu pour PC et que son talon d’Achille se situait au niveau des appareils mobiles et du tactile, ce qu’il prédisait être l’avenir.

Steve Jobs tient un iPad dans ses mains sur scène.

L'ancien PDG d'Apple, Steve Jobs, dévoile l'iPad en 2011.

Photo : afp via getty images / AFP

Cette déclaration du défunt cofondateur d’Apple avait mis Flash sur le respirateur artificiel, à un tel point qu’Adobe avait dû arrêter le développement de son logiciel pour mobile moins d’un an plus tard. Le géant du logiciel avait alors décidé de concentrer ses énergies sur le HTML5.

Un choix logique, selon le professeur à l'École des médias, car ce langage reflète mieux les tendances et préoccupations contemporaines.

On avait besoin de normes universelles interopérables, soit des balises qui permettraient de manipuler le texte automatiquement d’une machine à une autre. Le HTML5 est plus propice à des applications interplateformes mobiles comme la tablette et le téléphone intelligent.

André Mondoux

Et avec des géants du web tels Apple, Google, Mozilla et Microsoft derrière lui, ce n’est pas étonnant que le HTML5 soit devenu la nouvelle norme pour les développeurs.

Failles de sécurité

Lors de cette annonce en 2011, Flash tenait encore – mais difficilement – debout. Mais l’année 2014 a été marquée par la découverte d’une série de failles de sécurité, dont une importante brèche qui permettait à des pirates de subtiliser les témoins de navigation des internautes sur une centaine de sites dont Tumblr, Twitter et Ebay.

Les pirates ont vu en Flash une cible facile, à un point tel que Google a banni les publicités construites avec ce langage en 2016. Firefox a emboîté le pas l’année suivante en désactivant les utilisations non essentielles de l’extension sur son fureteur.

Si cette longue agonie pour Flash s’achève, elle laisse tout de même derrière elle une foule d'œuvres interactives et de jeux vidéo qui ont marqué toute une génération.

Le site Internet Archives a lancé une initiative en novembre dernier dans l’espoir d’en préserver le plus possible. Déjà, des animations telles la célèbre Loituma  (Nouvelle fenêtre)ou encore le mème  All Your Base Are Belong to Us (Nouvelle fenêtre), cette mauvaise traduction d’une publicité pour le lancement du Mega Drive/Genesis en 1992, s’y retrouvent, de même que les jeux Helicopter Game (Nouvelle fenêtre) et Don’t shoot the Puppy (Nouvelle fenêtre).

Les nostalgiques des contenus en Flash pourront donc, à l’aide d’un émulateur, continuer à voir ces œuvres après le grand débranchement prévu le 31 décembre prochain.

Avec les informations de Gizmodo, Le Monde, et Engadget

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